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Brest : Construire des éoliennes flottantes sans fragiliser la réparation navale
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Brest : Construire des éoliennes flottantes sans fragiliser la réparation navale

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Energies Marines

Dans le cadre du projet de ferme pilote entre Groix et Belle-Ile, Brest est pressenti pour assurer la réalisation et l’assemblage des machines, en particulier leurs imposantes fondations. Chaque éolienne reposera en effet sur une structure en forme de « Y » de 60 à 70 mètres de côté, pour un poids compris entre 7000 et 8000 tonnes.

6 à 8 mois de travaux

L’une des solutions envisagées, et même présentée ces derniers mois par certains acteurs du dossier comme l’option privilégiée, est le recours à une cale sèche, en l’occurrence la grande forme 3 du port de commerce de Brest. Avec ses 420 mètres de long et ses 80 mètres de large, elle permettrait en effet de réaliser simultanément les quatre fondations du parc de Groix. Toutefois, même si les mâts, turbines et pales d’éoliennes sont installés ultérieurement (une fois les fondations à flot), la construction des structures nécessiterait une occupation de la forme estimée entre 6 et 8 mois.

 

Le projet de parc pilote de Groix et Belle-Ile (© : NAVAL ENERGIES)

Le projet de parc pilote de Groix et Belle-Ile (© : NAVAL ENERGIES)

 

Peu ou pas de retombées pour Damen

Ce qui inquiète les professionnels de la réparation navale, dont l’activité demeure fragile et très fluctuante en raison de la crise toujours persistante du secteur pétrolier. Pour Damen, qui exploite les formes du port de commerce, le parc de Groix était pourtant séduisant au départ puisqu’il était prévu à l’origine des flotteurs en acier. Le chantier de réparation navale discutait donc avec le consortium chargé du projet pour employer ses compétences en matière de structures métalliques. Avec à la clé un plan de charge intéressant. Mais suite à la décision de réaliser finalement une fondation hybride, en grande partie faite de béton, l’implication potentielle de Damen s’est significativement réduite. Le chantier, qui dépense actuellement beaucoup d’énergie pour faire venir dans un marché difficile plus de bateaux à la pointe Bretagne, est donc forcément moins enclin à laisser sa plus grande forme occupée pendant des mois sans pouvoir y mettre de navire. Car le risque est de passer à côté d’important contrats, certains arrêts techniques étant décidés avec un faible préavis.

Enjeux industriels, sociaux et politiques

Il y a donc des enjeux industriels et sociaux importants autour du choix à venir du montage industriel inhérent à la construction des quatre éoliennes flottantes. Mais aussi une dimension politique puisque la région pousse au maximum pour faire de Brest un grand pôle dédié aux énergies marines. C’est l’un des objectifs du fameux polder, dont l’aménagement représente un investissement de plus de 200 millions d’euros. Or, les projets concrets d’activités liées aux EMR à court termes ne sont pas légion et si Brest n’est pas encore contractuellement choisi pour l’assemblage des éoliennes de Groix, il est évident que cet emplacement sera autant que possible privilégié. Les alternatives, compte tenu de la taille des fondations, sont de toute façon peu nombreuses si l’on veut jouer la carte de la proximité géographique.  

Des décisions qui se font attendre

Il faudrait donc des décisions rapides pour donner de la visibilité et permettre aux différentes filières de s’organiser afin de gérer au mieux les retombées de ce projet, sans que cela se fasse au détriment de tel ou tel acteur. Mais les choix se font attendre alors que la construction est sensée débuter à partir de 2019, c’est-à-dire demain. Interrogé par Mer et marine sur ce sujet, le consortium en charge du développement du parc éolien rappelle que « la ferme de Groix & Belle-Ile est un projet pilote dont les contours techniques ne sont pas encore validés. La stratégie industrielle qui en découle et l’utilisation des infrastructures brestoises ne sont donc pas encore arrêtées. A date, nous n’avons fait aucune réservation de bassin ». Eolfi se dit cependant bien conscient des enjeux autour des cales brestoises : « Nous sommes en relation régulière avec la région Bretagne et Damen sur ce sujet et sommes tout à fait conscients de l’importance de la réparation navale sur le port de Brest et de la nécessité de pérenniser ces activités historiques. Notre volonté est avant tout de permettre le maintien des activités préexistantes tout en permettant le développement de nouvelles activités à travers les filières EMR ».

 

Paquebot dans la forme 3 (© : DAMEN)

Paquebot dans la forme 3 (© : DAMEN)

 

D’autres options à l’étude

Du coup, le consortium travaille sur différentes options : « Plusieurs scénarios sont encore étudiés.  Nos réflexions conduisent à limiter l’utilisation des formes de réparation et à trouver des alternatives ». Cela pourrait être, par exemple, une construction sur barges des flotteurs avec une simple utilisation de cale sèche pour la mise à l’eau, comme cela a été fait à Saint-Nazaire avec le démonstrateur Floatgen.

Il est en tous cas clair que des alternatives pourraient devenir d’autant plus nécessaires que, les mois filant, Damen prend des contrats de réservation des formes, avec déjà plusieurs arrêts techniques programmés pour 2019 et 2020, notamment de paquebots.

 

 

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