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Brest: Deux avisos tirent leur révérence

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L’heure de la retraite a sonné pour deux des cinq derniers avisos du type A69 basés à Brest. Vendredi 29 juin, le Lieutenant de Vaisseau Lavallée et le Commandant L’Herminier ont effectué leur dernière sortie à la mer. Comme le veut la tradition, les anciens pachas étaient invités à bord pour l'occasion.

Le Lavallée est allé mouiller à Camaret tandis que le L’Herminier s'est éloigné un peu plus vers le large, son ultime sortie servant au passage d’entrainement aux Rafale Marine de Landivisiau, qui ont réalisé plusieurs simulations d’attaque sur le bâtiment.


Le Lieutenant de Vaisseau Lavallée (© MICHEL FLOCH)

Le Lieutenant de Vaisseau Lavallée (© MICHEL FLOCH)

 

 

Salué par le bateau-pompe Douffine, les deux bateaux sont ensuite revenus à la base navale, où va maintenant commencer la procédure de retrait du service actif et la préparation en vue de leur désarmement. On notera, pour le L’Herminier, que c’est son premier commandant qui a eu l’honneur de prononcer le dernier « Terminé barre et machine ».

 

Le Commandant L'Herminier (© MICHEL FLOCH)

Le Commandant L'Herminier (© MICHEL FLOCH)

Le Commandant L'Herminier (© MICHEL FLOCH)

Le Commandant L'Herminier (© MICHEL FLOCH)

 

Respectivement mis sur cale à Lorient en novembre 1977 et mai 1979, le Lieutenant de Vaisseau Lavallée et le Commandant L’Herminier ont été mis à l’eau en mai 1979 et mars 1981. Le premier est rapidement entré en service, en octobre 1980, alors que le second devra attendre janvier 1986 pour être déclaré complètement opérationnel par la Marine nationale. Ce sera d’ailleurs le dernier bâtiment de ce type à voir son ASA prononcée. Ce délai beaucoup plus long que pour ses sisterships est lié au fait que le Commandant L’Herminier, bien connu d'ailleurs pour ses panaches de fumée, a été doté d’un système propulsif différent, avec des moteurs diesels à bas taux de compression, dont la mise au point fut laborieuse et retarda la mise en service. 

Longs de 80.5 mètres pour une largeur de 10.3 mètres et un déplacement en charge de 1250 tonnes, les Lieutenant de Vaisseau Lavallée et Commandant L’Herminier étaient armés par un équipage de 80 marins. Initialement conçus pour la lutte anti-sous-marine côtière, ils étaient équipés à l’origine de quatre tubes lance-torpilles, un lance-roquettes ASM sextuple de 375mm, une tourelle de 100mm, des canons de 20mm et des mitrailleuses. Ils ont ensuite reçu quatre missiles antinavire Exocet MM40. Après le reclassement des avisos en patrouilleurs de haute mer en 2009, seule l’artillerie fut conservée, les ex-avisos gardant toutefois leur sonar de coque pour participer à la détection de sous-marins. Pour les déploiements en zones sensibles, un système surface-air Simbad pouvait également être embarqué.

Les Lieutenant de Vaisseau Lavallée et Commandant L’Herminier font partie d’une série de 20 unités, mises en service entre 1976 et 1986. Deux de ces bâtiments ont été commandés au départ par l’Afrique du sud mais placés sous embargo en 1977 et finalement revendus à l’Argentine, qui en a fait construire un troisième. Les Drummond (1978), Guerrico (1978) et Granville (1981) sont toujours en activité.

Côté français, la flotte des A69 a été quasiment réduite de moitié à la fin des années 1990, en raison de restrictions budgétaires. Huit unités ont ainsi été retirées prématurément du service. Le Détroyat (1977) l’a été dès 1997. Puis, en 1999, ce fut au tour du D’Estienne d’Orves (1976), de l’Amyot d’Inville (1976) et du Jean Moulin (1977). Ont suivi en 2000 le Drogou (1976), le Quartier-maître Anquetil (1978) et le Commandant de Pimodan (1978). Puis, en 2002, le Second-maître Le Bihan (1979). Les Détroyat et Jean Moulin ont été définitivement désarmés puis déconstruits dans le port belge de Gand en 2015.

 

L'ex-Jean Moulin partant pour le chantier de déconstruction de Gand en 2015 (© MICHEL FLOCH)

L'ex-Jean Moulin partant pour le chantier de déconstruction de Gand en 2015 (© MICHEL FLOCH)

 

Les six autres ont été vendus à la Turquie et naviguent toujours sous les noms de Bozcaada (ex-Pimodan), Bodrum (ex-Drogou), Bandirma (ex-Anquetil), Beykos (ex-D’Estienne d’Orves), Bartin (ex-Amyot d’Inville) et Bafra (ex-Le Bihan).

Le nombre d’A69 dont dispose la Marine nationale tombe donc cet été à sept unités. Ne reste plus à Brest que les Lieutenant de Vaisseau Le Hénaff (1980), Premier-maître L’Her (1981) et Commandant Blaison (1982), les quatre autres étant basés à Toulon : Enseigne de Vaisseau Jacoubet (1982), Commandant Ducuing (1983), Commandant Birot (1984) et Commandant Bouan (1984).

 

Les avisos toulonnais (© MARINE NATIONALE)

Les avisos toulonnais (© MARINE NATIONALE)

 

Le prochain à être désarmé sera le Lieutenant de Vaisseau Le Hénaff, son retrait du service étant prévu en 2020. Les autres doivent suivre entre 2023 et 2028. 

Les A69 devaient être remplacés nombre pour nombre par une version action vers la terre (AVT) des frégates multi-missions, dont 8 autres exemplaires étaient prévus pour la lutte anti-sous-marine afin de succéder aux frégates des types F67 et F70 ASM. C’est ce qui était acté lors du lancement du programme FREMM en 2005. La version AVT fut toutefois abandonnée en 2008 et le nombre de ces frégates de nouvelle génération réduit d’abord de 17 à 11, puis à seulement 8, dont deux unités avec des capacités antiaériennes renforcées pour remplacer en 2021 et 2022 les Cassard et Jean Bart (type F70 AA) suite à l'abandon de la construction des troisième et quatrième Horizon. 

Les anciens avisos, ainsi que les trois patrouilleurs de service public du type Cormaran basés à Cherbourg doivent, désormais, voir leur succession assurée par 10 nouveaux patrouilleurs de haute mer (PHM), dont les deux premiers sont attendus en 2024/2025.

 

(© MARINE NATIONALE)

(© MARINE NATIONALE)

(© MARINE NATIONALE)

(© MARINE NATIONALE)

 

Endurant et très robustes, les A69, dont les multiples sorties en Atlantique par tous les temps leur ont valu le surnom de « sous-marins de surface », vont pour les derniers d'entre eux continuer de servir au sein de la marine pendant encore près de 10 ans, dépassant l’âge de 40 ans. Chargés aujourd’hui de la surveillance des approches maritimes françaises, ils continuent par ailleurs à être employés dans des missions plus lointaines, par exemple en Afrique de l’ouest, où ils se succèdent en Corymbe, assurant notamment l’escorte des bâtiments de projection et de commandement (BPC). On les trouve aussi engagés dans les missions de lutte contre l’immigration clandestine, la police des pêches et les trafics illicites en Méditerranée. Et, comme ce fut le cas en 2011 en Libye, ils sont encore susceptibles d’être engagés dans des opérations militaires importantes, par exemple pour fournir un appui d’artillerie sur le littoral.

 

Avec le Charles de Gaulle au large de la Libye en 2011 (© MARINE NATIONALE)

Avec le Charles de Gaulle au large de la Libye en 2011 (© MARINE NATIONALE)

Escorte de BPC en mission Corymbe (© MARINE NATIONALE)

Escorte de BPC en mission Corymbe (© MARINE NATIONALE)

Sauvetage de migrants ehn Méditerranée (© MARINE NATIONALE)

Sauvetage de migrants ehn Méditerranée (© MARINE NATIONALE)

Marine nationale