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Brest : La science à l’écoute des crustacés

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« Langoustes et homards peuvent être bavards », assure Youenn Jézéquel, thésard au Laboratoire des sciences de l’environnement marin (Lemar), à Brest, qui enregistre les sons émis par ces deux crustacés pour créer un outil d’étude du comportement de ces espèces bretonnes.

Le monde sous-marin n’est pas silencieux, contrairement à ce que laissait penser le titre du film de Jacques-Yves Cousteau « Le monde du silence », sorti en 1954. « Si l’on plonge un hydrophone en mer d’Iroise, le résultat peut être très bruyant mais on ne saura pas qui a fait quoi ! », s’amuse Youenn Jézéquel. Il est depuis un an à l’écoute des sons émis par les langoustes et les homards. Deux sujets d’étude qui ne doivent rien au hasard.

Nouveaux outils pour l’écologie

« Le Lemar du CNRS porte notre Laboratoire international associé (LIA) Bebest, construit avec des Québécois, dont l’objectif est d’élaborer de nouvelles méthodes de qualification de l’état de santé des systèmes côtiers, en faisant appel aux sciences de l’ingénieur. On cherche de nouveaux outils pour l’écologie. L’idée de ce projet est de voir, si, comme sur terre, une écoute du milieu marin pourrait permettre de dire s’il y a une diminution ou une augmentation de la biodiversité », explique Laurent Chauvaud, directeur de recherche CNRS UBO-IUEM-Lemar-LIA Bebest qui dirige la thèse de Youenn Jézéquel, coencadrée par une chercheuse américaine de l’UBO-LIA Bebest, Jennifer Coston-Guarini.

Côté sciences de l’ingénieur, c’est Julien Bonnel, chercheur acousticien à l’Ensta qui est venu aider Youenn Jézéquel, le biologiste, à capturer les sons des crustacés. Une précédente thèse au LIA Bebest avait permis de cibler les bons candidats parmi tous les habitants de la grande bleue. L’idée était de constituer une carte d’identité sonore des différents animaux marins… s’ils émettaient des sons. De l’oursin à l’araignée, en passant par les crépidules ou coquilles Saint-Jacques, une trentaine d’espèces ont été écoutées séparément en aquarium durant une semaine. « Ce sont les crustacés qui ont émis le plus de bruits tout en variant leurs comportements, ils devenaient un modèle biologique intéressant. Il s’agissait, de plus, d’espèces à intérêt commercial », souligne Laurent Chauvaud.

Le buzz du homard

L’arrivée de Youenn Jézéquel, passionné par le homard et la langouste, a décidé du choix final, un vrai pari pour un laboratoire qui travaille principalement sur les mollusques, notamment la coquille Saint-Jacques. Avant même un master de biologie marine à l’Institut universitaire européen de la mer (IUEM), Youenn était passionné par ces espèces. « J’ai une bonne expérience en plongée et j’aime observer le comportement de ces deux espèces. On savait que la langouste stridule grâce à une contraction très rapide de muscles situés à la base des antennes mais le homard n’avait jamais été étudié. Maintenant on sait qu’il buzze ». Si le homard est plutôt solitaire et très territorial, défendant son espace contre d’autres congénères, la langouste, en revanche, est grégaire et partage souvent sa cachette avec d’autres.

Enregistrement en mer en avril

Grâce à une autorisation spéciale, 17 jeunes langoustes - qui font leur grand retour en mer d’Iroise après avoir disparu du fait de la surpêche des années 50 - ont été capturées en mer lors de deux plongées avec bouteilles. Les homards ont été plus facilement capturés par Youenn en chasse sous-marine. Les premières expérimentations ont été faites dans une salle d’Océanopolis, qui fait partie intégrante du laboratoire Bebest. Il fallait pouvoir fermer climatisation et arrivée d’eau pour éviter tout bruit parasite durant l’enregistrement de chaque espèce. Une première étude sur le son du homard européen a été publiée l’an dernier. Une seconde sur la langouste va suivre mais il faudra attendre sa publication pour écouter le son plus aigu de la belle rouge.

Des expérimentations en mer vont débuter en avril prochain, pour supprimer les problèmes techniques de la réverbération de son sur les parois des aquariums. « Les crustacés seront dans des grandes cages et on va essayer de comprendre pourquoi et dans quels contextes, ils émettent des sons. On va entrer dans l’étude du comportement. Notre hypothèse de base est que ces sons servent de communication entre individus de la même espèce ou avec d’autres espèces, comme les prédateurs que sont les poulpes et les congres ».

Un article de la rédaction du Télégramme