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Brest : Le Captain Tsarev devrait être vendu à la démolition

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Brest : Le Captain Tsarev devrait être vendu à la démolition

Amarré depuis six ans et demi à Brest, le cargo Captain-Tsarev (153 m) devrait bientôt être vendu et partir à la démolition. La CCI a enfin pris les choses en main par le biais d'une vente judiciaire, au terme d'un interminable feuilleton entre créanciers.

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L'État, qui avait organisé le traitement du Matterhorn et de bien d'autres cargos encombrants à Brest, a dit stop pour le vieux Captain-Tsarev. Pas question de s'en occuper ! Ce serait un signe d'encouragement pour tous les armateurs véreux cherchant à se débarrasser d'une coque compliquée à démanteler.

Pourquoi avoir attendu autant de temps pour trouver une solution ? « Nous avions bien trouvé des ferrailleurs intéressés par cette coque, explique Hervé Thomas, directeur délégué à la mer et au littoral dans le Finistère. Mais les créanciers ne se sont jamais mis d'accord pour accepter la transaction fixée autour de 600.000 € ».

Il a fallu une intervention du conseil régional pour débloquer la situation. La CCI va bien lancer une saisie-exécution, afin de récupérer, à la vente du navire, une partie des dettes dues par l'armateur grec (Chester Shipping, comptant deux autres navires à son actif) qui n'a plus donné signe de vie depuis des années.

En panne au large de Brest

Le navire était arrivé en avarie de propulsion derrière l'Abeille-Bourbon, alors qu'il naviguait à vide au large de la Bretagne, le 25 novembre 2008. La facture du remorquage a bien été honorée mais les choses se  sont compliquées au moment de prendre en charge les 300.000 à 400.000 € de frais de réparation mécanique (arbre-manivelle). L'assureur ne voulant pas couvrir cette dépense, les travaux n'ont jamais été commandés. C'est l'État français qui, par le biais de l'Agism, a réglé une partie des salaires impayés des neufs marins ainsi que les billets d'avion de retour (22.500 €). Idem pour les deux marins appelés en renfort pour les suppléer quelques semaines plus tard.

Des millions en souffrance

Depuis, l'armateur a disparu des écrans mais ses anciens marins ukrainiens lui réclament toujours 92.000 €. Le noeud du problème s'est justement focalisé autour des sommes impayées. Les marins se  sont ajoutés à la banque grecque ayant financé le bateau (entre 2 et 3 millions de livres sterling), l'ardoise du shipchandler grec (100.000 €) et les 700.000 € de stationnement exigés par le port de Brest (10.000 € par mois). Une facture ramenée à 500.000 € pour mieux faire passer la pilule. Au final, lorsque les ferrailleurs ont estimé la valeur du bateau pour démolition, les créanciers ont bien cru s'étouffer vu le montant cumulé des créances.

Arrivé en assez bon état, le vraquier mixte (vrac et conteneurs) avait plutôt fière allure avec sa coque renforcée pour affronter les glaces et un avenir encore possible. Six ans plus tard, la donne a changé. Le bateau affiche 33 ans au compteur (1982) et intéresse seulement les démolisseurs.

Les créanciers retomberont-ils sur leurs pattes ? « Ils auront du mal à récupérer l'intégralité de leur argent », estime le représentant de l'État, Hervé Thomas. Le juge redistribuera la somme récupérée par ordre de priorité, les frais de port devant intervenir aux première loges, aux côtés des salaires des marins, devant le shipchandler et la banque, qui devrait être la grande perdante de l'affaire.

Terminée dans un an ?

« J'ose espérer que l'affaire sera soldée dans un an, le navire étant vendu aux enchères à un spécialiste de la déconstruction », précise Hervé Thomas. La coque partira donc au plus offrant. Les entreprises Bartin Recycling à Bordeaux et Topp Decide opérant à la Seyne-sur-Mer devraient encore être sur les rangs. Les Recycleurs bretons (démantèlement à flot) et dans une moindre mesure Guyot jetteront, eux aussi, un oeil attentif. L'État veillera à ce que le navire parte vers un pays de l'OCDE assurant un niveau de traitement, environnemental et social, acceptable.


Un article de la rédaction du Télégramme

 

 

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