Marine Marchande

Actualité

Brest : L'Onyx rejoignait-il discrètement les chantiers de démolition turcs ?

Marine Marchande

Assiste-t-on à une nouvelle tentative d'envoyer, en catimini, un vieux navire amianté à la ferraille ? C'est la question qui se pose avec le ferry Onyx, arrivé hier matin en rade de Brest à la remorque de l'Abeille Bourbon. En avarie de propulsion dans le rail d'Ouessant, le bateau a été mis en demeure par la préfecture de maritime de se faire remorquer jusqu'au port breton. Parti de Vaasa, en Finlande, ce ferry, avec seulement 26 membres d'équipage à bord, faisait selon plusieurs sources route vers la Turquie. On parle comme destination finale d'Aliaga, au nord d'Izmir, région bien connue pour ses activités de démolition. D'où un certain nombre d'interrogations... Hier soir, l'Onyx avait été visité par une équipe du Centre de Sécurité des Navires (CSN) de Brest. Les experts ont constaté une avarie légère sur un moteur de barre et une panne plus sérieuse sur un réducteur. De plus, à la suite du remorquage, des problèmes ont été constatés sur le pavois et le chaumard. Une fois les réparations effectuées, le navire devrait, logiquement, être autorisé à reprendre la mer.

Un « déchet » Immobilisé deux ans en Finlande

Construit en 1966 en Suède, le ferry, long de 129 mètres pour une capacité de 1200 passagers et 225 voitures, a navigué sous le nom de Fennia jusqu'en 2001. Battant pavillon finlandais et exploité par plusieurs compagnies, notamment Silja Line, il sera rebaptisé après 2001 Casino Express puis C. Casino (pavillon suédois). Il y a deux ans, le bateau est repris par une société enregistrée dans les Caraïbes et dont la maison mère est apparemment située en Inde. A cette époque, il perd son pavillon suédois pour être enregistré à Saint-Kitts et Nevis. En attente à Vaasa, les autorités finlandaises, qui soupçonnent le nouveau propriétaire de vouloir se débarrasser de son bien, imposent son immobilisation. Amiantée, la coque, reclassée en « déchet » par l'agence de l'environnement finlandaise (SYKE), est soumise à la règlementation européenne et à la Convention de Bâle, régissant l'exportation de déchets dangereux (bien connue en France depuis l'affaire de l'ex-Clemenceau). Dans ce cadre, le transfert de navire qui n'a pas été préalablement dépollué est interdit en dehors de l'UE, sauf si le pays « émetteur » prouve qu'il ne dispose pas des capacités pour le démanteler. Mais, pour qu'un tel bateau tombe sous le coup de la réglementation, encore faut-il qu'il soit présenté comme une coque destinée à la démolition.

Apte à appareiller

A l'été 2008, le propriétaire de l'ex-Fennia a fourni au SYKE des documents indiquant que le bateau allait être exploité sur le marché du fret. Subissant quelques dommages au cours de l'hiver 2008/2009, notamment au niveau de la propulsion, le navire a été réparé et récemment rebaptisé Onyx. A l'issue d'essais en mer, le ferry a été jugé par les Finlandais apte à la navigation. C'est, dans ces conditions, qu'il a été autorisé à appareiller de Vaasa. On n'aurait probablement plus entendu parler de lui si, ce qui n'était pas prévu au programme, il n'était tombé en panne de propulsion dans le rail d'Ouessant. Reste maintenant à savoir ce qu'il allait faire vers la Turquie et, évidemment, si sa destination finale était bien un chantier de démolition. Dans ce cas, il y aurait une entorse à la Convention de Bâle, la Turquie n'étant pas membre de l'UE ni de l'Association européenne de libre-échange (AELE). Mais le contexte est compliqué car, en fait, le règlement européen autorise l'exportation vers les pays de l'OCDE, comme la Turquie. En revanche, la lecture qu'on en fait en France ne considère comme valables pour la démolition que les pays UE/AELE.
Enfin, il convient de noter que, si la destination finale de l'Onyx est un chantier de déconstruction, rien n'indique que les autorités turques accepteraient le bateau. En effet, à l'été 2008, Ankara a interdit l'entrée dans ses eaux de l'Otapan, un navire contenant de l'amiante et qui devait passer sous les chalumeaux des ferrailleurs d'Aliaga. Le refus a été justifié par le fait que la coque n'était pas préalablement dépolluée, décision saluée à l'époque par les associations de défense de l'environnement.