Science et Environnement
À Brest, MVG amène le haut débit en mer

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À Brest, MVG amène le haut débit en mer

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Au Technopôle Brest-Iroise, à deux pas de l’Ifremer et de l’Ipev, Microwave vision group (MVG, 350 employés dans 10 pays et un CA de 74,6 M€) assemble des ailerons sophistiqués. L’antenne brestoise, où travaillent 27 personnes, dont 13 pour le seul pôle R&D, a développé Neptulink, une solution de connectivité permettant, jusqu’à 20 miles nautiques des côtes, d’accéder à internet avec du haut débit, comme à terre, grâce à la 4G. 

 

MVG est spécialisé dans les mesures d'antennes. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

MVG est spécialisé dans les mesures d'antennes. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

 

L’idée naît en constatant les lacunes des différents systèmes de communication. La VHF ? Trop limitée en datas et d’une portée de 8 miles seulement. Le satellite ? Matériel et communications coûteux, débit trop bas. Le téléphone portable ? Pas assez robuste et la petite antenne limite la portée. MVG est donc sollicité par le Pôle Mer Bretagne Atlantique pour développer une solution de connectivité haut débit en zones côtières couvertes par des stations de base LTE (réseau mobile). La société, forte de 30 ans d’expertise dans les systèmes de mesures d’antennes, participe au projet TMS (doté de 2,6 millions d’euros) intégrant également Thalès Communication, Télécom Bretagne, Alcatel-Lucent, Déti. « L’idée était de développer une solution de connexion internet pour les utilisateurs de la mer : marins ou autres professionnels, de manière à pouvoir capter Internet en 3G ou 4G », explique Romain Butet, ingénieur commercial chez MVG, en charge de Neptulink.

Ce système conçu et fabriqué en Bretagne voit le jour en 2014. Une première démonstration a lieu en octobre 2014 pour la Route du Rhum. Des bateaux de la SNSM, de la gendarmerie maritime et de la marine nationale sont équipés de boîtiers pour retransmettre des vidéos en très haute qualité, afin de s’assurer de la sécurité sur le plan d’eau, au moment du départ. Pour cette expérimentation de grande envergure, Alcatel avait déployé un réseau 4G privé de manière à ne pas subir l’effondrement des réseaux publics dû à la forte affluence.

Dans la foulée, MVG commercialise son système ramenant à bord une connexion haut débit en 4G (mais fonctionnant aussi en 3G), jusqu’à 20 miles des côtes. Baptisé Neptulink, il se présente d’abord comme un boîtier installé le plus haut possible et doté de deux antennes larges bandes : une sur la partie supérieure, l’autre sur la partie inférieure.


(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

 

Pourquoi deux antennes ? Pour « garantir une excellente connectivité entre 0 et 20 miles nautiques », explique Romain Butet. « Quand on est en mer, on reçoit le signal direct de la station de base, ainsi qu’un signal réfléchi, la mer faisant un effet miroir. Au fur et à mesure que l’on s’éloigne de la station de base, le niveau de signal théorique diminue, il y a des pertes. En combinant un signal direct et réfléchi, on va avoir un signal en phase ou en déphasage. Donc cela va améliorer la réception ou la dégrader. Au bout d’un moment, on peut avoir des creux, voire des déconnexions. En s’éloignant, on a une communication hachée. On a ce phénomène sur une antenne, comme sur l’autre. Sauf qu’ayant défini très précisément l’écartement entre les deux antennes, on est en mesure de supprimer ces effets de pertes, de déconnexions, car l’électronique va diffuser en permanence d’une antenne à l’autre ».

(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

(© MVG)

(© MVG)

 

En 2016, le système est affiné, doté d’un carénage pour plus d’esthétisme et éviter les vis apparentes. Il tient compte des contraintes propres à l’environnement maritime (corrosion, humidité, chocs, vibrations). Le produit est designé pour pallier aux phénomènes de tangage et de roulis, grâce à l’optimisation des antennes omnidirectionnelles. Antennes, modem-routeur wifi, slots pour deux cartes SIM (afin d’éviter des frais de roaming ou pour se connecter au meilleur réseau) sont réunis dans le carénage dans le but d’éliminer les pertes par le câblage. Le modem est identique à celui d’un téléphone portable à ceci près qu’il peut se connecter aux bandes 4G européennes, comme américaines (les deux marchés principaux de MVG), permettant de couvrir une large partie du monde (exceptions faites du Japon, de la Chine, de l’Australie, notamment).

 

Les appareils sont fabriqués à Brest. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

Les appareils sont fabriqués à Brest. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

 

MVG explique équiper majoritairement des professionnels, notamment français, à commencer par la marine nationale, mais aussi les pilotes de la Loire, la SNSM, Brittany Ferries, Pen Ar Bed, les douanes, des navires scientifiques (Ifremer, Ixsurvey), les Abeilles, des pêcheurs et même la future ferme éolienne au large du Croisic (pour un besoin de redondance)… Pour la marine, par exemple, « cela leur permet d’anticiper le transfert de données ou, en mission, d’éviter d’aller chercher une connexion internet dans le port », indique Romain Butet. Les douanes, « c’est pour pouvoir connecter à Internet toutes les vedettes qui naviguent à proximité des côtes et pouvoir échanger des informations sur leurs logiciels propres ». À la pêche, « le besoin était essentiellement de pouvoir communiquer avec les criées afin d’anticiper les ventes, sachant que le bateau partage son listing de prises ». Surtout, pour beaucoup, Neptulink améliore le confort de marins.

 

(© MVG)

(© MVG)

 

Quels futurs développements dans le maritime ? Selon Romain Butet, la clientèle aimerait un appareil plus petit, « mais on est limités par la physique. Dès le début, on a essayé de faire l’appareil le plus compact, mais on ne peut pas aller plus bas sans dégrader les performances ». Il n’est pas prévu non plus, dans l’immédiat, de développer un système compatible avec la 5G, nécessitant de se trouver à proximité d’antennes pour disposer d’un débit de plusieurs centaines de mégabits.

Actuellement, loin des objectifs de Neptulink, MVG se penche sur les applications de la technologie LTE-M déployé par Orange pour connecter des machines, des équipements, à Internet, pour faire du suivi. « L’idée n’est pas d’avoir du très haut débit, mais de remonter régulièrement des données, des alertes… On peut penser à une bouée de mesure en mer, par exemple ». Cette technologie permet d’aller au-delà des 20 miles nautiques avec une consommation d’énergie minimale.