Vie Portuaire
Brest : retour des paquebots chez Damen
ABONNÉS

Actualité

Brest : retour des paquebots chez Damen

Vie Portuaire

Après de longs mois de basses eaux en raison de la crise sanitaire, le chantier Damen Shiprepair de Brest va de nouveau accueillir un grand paquebot en arrêt technique. Il s’agit de l’Anthem of the Seas, de la compagnie américaine Royal Caribbean International, qui est attendu au chantier du 24 juillet au 8/9 août (il arrivera peut-être un peu plus tôt à Brest). L’imposant navire de 347 mètres de long, 168.600 GT de jauge et plus de 2000 cabines, livré en 2015 par le constructeur allemand Meyer Werft, devait initialement passer en cale sèche chez Damen Brest du 24 avril au 14 mai. Mais sa venue avait été reportée à cause de la pandémie de Covid-19 et des restrictions liées à la période de confinement (il y avait alors encore plus de 1000 membres d’équipage à bord). Après des semaines d’attente, l’Anthem of the Seas a fait partie des paquebots mobilisés par les compagnies de croisière pour rapatrier des milliers de membres d’équipage internationaux qui ne pouvaient rentrer chez eux par voie aérienne. Il a, ainsi, été chargé en mai de ramener des personnels indiens jusqu’à Bombay. Mission accomplie, il en est reparti le 19 juin et fait désormais route vers la Bretagne à travers la Méditerranée, son passage à Gibraltar étant annoncé le 13 juillet.

L’armateur réduit les travaux au minimum pour diminuer les coûts

La durée moins longue du séjour brestois s’explique par le fait que tous les travaux prévus au départ ne seront pas réalisés, l'armateur américain étant obligé de réduire drastiquement ses coûts pendant cette période de crise. De ce fait, les rénovations programmées sur ses navires ont été suspendues. Ainsi, pour l’Anthem of the Seas, toutes les opérations concernant la revitalisation et la transformation des espaces passagers ont été annulées jusqu’à nouvel ordre. Lors du passage à Brest de l’Anthem of the Seas, le chantier se concentrera par conséquent sur le carénage de la coque, la visite de classe et les travaux mécaniques liés à son arrêt technique quinquennal.

Il en sera de même pour l’Explorer of the Seas (311 mètres, 138.200 GT, 1550 cabines), un autre paquebot de Royal Caribbean qui devait venir à Brest du 24 mars au 2 mai. Il doit finalement être accueilli par le chantier breton à partir du 17 août, pour quatre semaines normalement. Pour ce navire sorti en 2000 du chantier finlandais de Turku, et qui a donc déjà 20 ans de service, les travaux techniques seront plus importants, avec notamment des interventions prévues sur l’appareil propulsif, en particulier les pods.

 

L'Explorer of the Seas (© FABIEN MONTREUIL)

L'Explorer of the Seas (© FABIEN MONTREUIL)

 

Un marché de la croisière en pleine incertitude

L’Anthem et l’Explorer devaient initialement être les deux premiers paquebots de l’année à réaliser leur arrêt technique à Brest. Ce sera le cas, mais bien plus tardivement que prévu. Alors que l’industrie de la croisière est très durement touchée par la crise, ce marché, qui était devenu régulier pour le chantier de réparation navale breton, est aujourd’hui en pleine incertitude. « Les opérateurs sont dans le flou artistique le plus total car personne n’a de visibilité précise quant à la reprise de la croisière. Les armateurs sont donc contraints de réduire les coûts et cela nous touche évidemment puisque depuis 2018 la croisière est devenue pour Brest une activité régulière. L’impact est considérable pour 2020, où nous avons perdu deux arrêts techniques de paquebots alors que les travaux de revitalisation sont pour le moment gelés, et il y aura aussi forcément un impact en 2021 où de gros refits étaient programmés », explique à Mer et Marine Patrick Renavot. Pour autant, le président de Damen Shiprepair Brest reste plutôt confiant : « Il y a des signes positifs, en particulier le fait que les clients des compagnies veulent repartir en croisière. Il est évidemment  difficile de dire ce que sera le futur mais nous avons quand même l’espoir de redémarrer à assez court terme, sous un à deux ans. Des clients nous ont par exemple demandé de stocker du matériel qui était prévu pour des revitalisations et qui pourra être employé plus tard ». Après les deux navires de Royal, Brest devrait accueillir en septembre le Disney Magic et si tout va bien, en octobre, le Norwegian Escape.

 

L'un des méthaniers brise-glaces construits pour Yamal lors de sa venue à Brest en 2019 (© MICHEL FLOCH)

L'un des méthaniers brise-glaces construits pour Yamal lors de sa venue à Brest en 2019 (© MICHEL FLOCH)

 

Des opportunités dans les méthaniers et d’autres navires de commerce

Damen mise aussi sur ses autres marchés, à commencer par celui des navires de commerce. Alors que les discussions se poursuivent en vue d’assurer les arrêts techniques de plusieurs des méthaniers brise-glaces chargés d’exporter le GNL produit par le site russe de Yamal, d’autres opportunités pourraient émerger sur le segment des navires gaziers. « Nous avons des projets et des discussions en cours. Evidemment, on ne pourra pas rattraper le retard pris ces derniers mois et, alors que nous avions bien tiré notre épingle du jeu en 2019, il s’agit aujourd’hui de limiter la casse. Je suis néanmoins convaincu que nous allons avoir un sursaut de demandes car, durant la crise, les sociétés de classification ont été assez souples avec les armateurs en permettant des extensions de classe de trois mois. Donc après l’été, il est probable que les armateurs réalisent les arrêts techniques qui devaient être menés plus tôt et nous devrons alors être prêts à réagir, surtout s’ils se décident à la dernière minute ».

 

Le Langevin (© MICHEL FLOCH)

Le Langevin (© MICHEL FLOCH)

 

Le Langevin, le LNG Unity et le bateau-porte de la forme 3

Les arrêts techniques estivaux des deux paquebots de Royal, ainsi que celui du Langevin (navire de la Maritime Nantaise basé à Brest et affrété par le ministère des Armées) qui arrivera chez Damen le 17 juillet pour trois semaines, vont en tous cas redonner de l’activité à la réparation navale brestoise, qui n’avait plus grand-chose à se mettre sous la dent ces derniers mois. On notera que les travaux sur le méthanier français LNG Unity (ex-Provalys) se sont enfin achevés après un an d’immobilisation à Brest en raison de problèmes sur ses cuves. Le navire a repris la mer hier mais avec seulement trois de ses quatre cuves fonctionnelles. 

 

Le LNG Unity (© MARC OTTINI)

Le LNG Unity (© MARC OTTINI)

 

Actuellement, dans les bassins du port de commerce, le travail se limite au carénage du bateau-porte de la forme 3, mis au sec le 17 mai dans la forme 2, d’où il sortira dans les jours qui viennent. Ces travaux ont été réalisés par Damen pour le compte de la chambre de commerce et d’industrie (CCIMBO).

 

Le bateau-porte de la forme 3 en carénage dans la forme 2 (© MICHEL FLOCH)

Le bateau-porte de la forme 3 en carénage dans la forme 2 (© MICHEL FLOCH)

 

« Le bateau-porte nous a permis de redémarrer assez doucement tout en pouvant gérer le travail en local alors que les frontières étaient fermées. Depuis la fin mai, nous avons de nouveau la possibilité de faire appel à des travailleurs détachés et nous avons maintenant la capacité de remonter en puissance ». Damen Brest, qui emploie 170 personnes, concentre ses compétences sur les métiers de la mécanique, de la chaudronnerie et de la tuyauterie, avec également un service logistique. Le chantier fait ensuite appel à la sous-traitance locale et internationale pour les travaux de peinture, d’électricité, d’isolation, de menuiserie ou encore d’emménagements.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

Damen Shiprepair Brest (ex-Sobrena)