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Bretagne : Loïg Chesnais-Girard fait le point sur les dossiers maritimes

Interview

Bretagne : Loïg Chesnais-Girard fait le point sur les dossiers maritimes

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Brexit, nouveau navire de Brittany Ferries, construction des vedettes SNSM, flotte de desserte des îles, pêche, emploi maritime... Loïg Chesnais-Girard, président de la région Bretagne, fait le point avec Mer et Marine sur les dossiers maritimes dont il a récemment repris la gestion en direct. Une maritimité qu'il compte continuer à renforcer dans la région sur tous les secteurs de l'économie bleue.

MER ET MARINE : Depuis l’élection de Pierre Karleskind au Parlement européen, vous n’avez pas redélégué la vice-présidence à la mer de la région Bretagne que vous assumez personnellement. Pourquoi ce choix ?

LOIG CHESNAIS-GIRARD: Principalement en raison du contexte du Brexit. Nous sommes dans une période d’incertitude qui présente des risques pour la Bretagne. Il m’a donc semblé nécessaire de rassurer le monde de la mer et d’affirmer fortement la maritimité de notre région. C’est pour cela que j’ai choisi de prendre ces dossiers en direct. Je ne travaille pas seul : nous avons un « quart mer » à la région, au sein duquel nous nous réunissons régulièrement avec tous les vice-présidents concernés par les questions maritimes. Nous voulons encore davantage d’efficacité dans toutes nos politiques de la mer et des ports.

Comment gère-t-on le dossier du Brexit en tant que président d’une région qui risque d’être fortement impactée, quelque soit l’issue des négociations entre Londres et Bruxelles ?

Il faut être présent à tous les niveaux institutionnels pour y rappeler les intérêts de notre région : à Bruxelles, où la Bretagne a une représentation permanente, avec Michel Barnier qui mène les négociations entre l’Union et le Royaume-Uni, mais aussi à Paris où il faut maintenir le dialogue avec tous les ministres.

Nous sommes particulièrement attentifs et fermes sur la question de l’avenir de la pêche bretonne : à chaque fois qu’on évoque un accord de sortie pour le Royaume-Uni, nous sommes là pour nous assurer que la pêche soit au bon niveau de prise en compte dans les négociations. Quelque soit l’issue du Brexit, nous nous assurons qu’un accord d’échange soit mis en place pour que nos pêcheurs puissent continuer à travailler. Entre 100 et 140 bateaux bretons sont concernés par une éventuelle fermeture des eaux britanniques. Nous avons mené un travail précis avec le comité régional des pêches pour évaluer l’impact du Brexit le compte d’exploitation de chacun de ces bateaux de manière à pouvoir les accompagner. Nous nous sommes également assurés de la mise en œuvre du règlement du FEAMP qui viendrait à payer les navires s’ils devaient rester à quai.

Parallèlement, nous engageons des projets pour soutenir le secteur. Nous ne pouvons rester dans l’attente, nous devons agir. Pour cela, nous avons, par exemple, investi dans les criées et travaillé, via le GIE Pêche de Bretagne, à une action coordonnée et des pratiques communes. A travers leur mise en place, nous allons améliorer les échanges entre les criées et donc une meilleure vente et valorisation des produits de la pêche.

En ce qui concerne les ports de commerce bretons impactés par le Brexit (Saint-Malo, Roscoff, Brest), nous avons débloqués d’urgence 3 millions d’euros pour les équiper face aux nouvelles exigences qu’imposeraient un passage frontalier.

La Région Bretagne est historiquement un des actionnaires des sociétés d’économie mixte propriétaire des navires de Brittany Ferries. La compagnie doit remplacer le Bretagne, actuellement positionné sur la ligne de Saint-Malo, par un navire neuf fonctionnant au GNL. En tant que cofinanceur du projet, avez-vous des exigences quant au choix du chantier de construction ?

Nous avons bien entendu la direction de Brittany Ferries qui nous a expliqué que la construction de ce nouveau navire ne pourra être faite en France, notamment en raison du carnet de commande rempli des chantiers de l’Atlantique. Nous le comprenons très bien. Cependant, c’est aussi notre souhait de soutenir Saint-Nazaire comme grand pôle de construction navale. Et même si ce futur bateau ne peut y être construit, c’est notre volonté de rendre réalisable, à l’avenir, la construction des navires que nous co-finançons au moins en France, sinon en Europe.

Cette logique vaut également pour la SNSM. En tant que gros financeur du nouveau programme de vedettes de sauvetage, nous avons un peu de mal à comprendre que les chantiers de notre région n’aient pas été retenus pour ces nouvelles constructions. Nous allons suivre ce dossier avec grande vigilance.

La région Bretagne est elle-même un armateur, puisqu’elle possède 17 bateaux dédiés à la desserte des îles. Quel est votre stratégie dans la gestion de cette flotte importante ?

Aucune autre collectivité publique en France ne possède une telle flotte. Nous estimons que c’est notre rôle, en tant qu’armateur et puissance publique, de poser des ambitions et de faire des choix technologiques d’avenir. Nous avons, dans les années à venir, une dizaine de bateaux à renouveler. Ce nombre nous permet un effet de série et une masse de commande qui va autoriser beaucoup d’innovations. Pourquoi pas de l’hydrogène, par exemple ? Nous voulons être un vecteur de saut technologique pour les bureaux d’études et les chantiers.

La question de la réparation navale dans l’ouest breton a été agitée par la question du dimensionnement du nouvel élévateur à bateaux à Brest et de son éventuelle concurrence avec ses voisins cornouaillais. Quelle est la position de la région, là-aussi co-financeuse, dans ce dossier ?

Ma position est très claire sur ce sujet. Je m’en remets à l’analyse de la CCIMBO, qui est délégataire pour la gestion des ports de Brest et de Concarneau. Dans la délibération qui nous a été remise, elle préconisait un élévateur de 250 tonnes à Brest. Si c’est ce qu’elle dit avoir besoin, nous, à la région, faisons ce qu’il faut. Et c’est ce que nous avons fait. S’il devait y avoir un autre besoin, nous attendons une délibération dans ce sens qui nous le qualifiera précisément. Pour l’instant, nous n’en avons pas reçu.

Il faut garder en tête que nous parlons d’argent public. Il est de mon devoir de le gérer le plus précisément en fonction de l’intérêt général.

En ce qui concerne les ports de commerce bretons, dont la région est propriétaire, quelle est votre vision ?

Nous avons en effet des places portuaires qui présentent de nombreux atouts et, bien conscients de l’importance logistique du trafic maritime, nous avons lancé une stratégie commune et un programme pluriannuel d’investissement. Nous voulons réfléchir à l’horizon 2050 et à la place qu’aura le port à ce moment-là : est ce une simple interface entre la mer et la terre qui dans ce cas doit être parfaitement connectée à nos villes et entre ports ? ou est-ce un endroit où l’on crée de la valeur avec des zones d’activité en arrière-port ? Dans tous les cas, nous allons devenir beaucoup plus exigeants sur les concessions que nous allons donner à l’avenir : il nous faut des ports plus performants, mieux connectés à l’hinterland, qui soient plus vertueux en termes d’environnement et d’énergie.

Il faut que nous placions nos ports sur la carte mondiale. A ce titre, ce que nous faisons à Brest, avec la création d’une société d’économie mixte portuaire agissant comme un guichet unique pour les clients et les prospects, me semble un nouveau modèle franchement pertinent. Quand nous sommes partis en Chine parler de notre région, cela a été beaucoup plus facile de donner une seule carte de visite pour le port de Brest plutôt que d’expliquer qui fait quoi et à qui s’adresser. L’entité du port est visible et identifiée, pour moi, c’est le port du futur.

La formation et l’emploi maritime sont-ils toujours une priorité régionale ?

Absolument ! Nous soutenons plus que jamais nos lycées maritimes et avons trouvé une solution intelligente pour le site malouin de l’ENSM que nous allons implanter aux côtés du lycée maritime Florence Arthaud. Il y a beaucoup de débouchés et d’emplois dans le secteur maritime de notre région, que ce soit dans la pêche, la marine marchande, les chantiers ou sur les quais. Nous allons continuer à valoriser ces métiers et à qualifier les besoins existants et à venir, de manière à les accompagner le plus pertinemment possible.

Les énergies marines renouvelables en sont un bon exemple. Nous avons des entreprises qui vont s’installer sur le polder du port de Brest, notamment des sous-traitants d’Ailes Marines. Nous avons eu beaucoup de candidatures mais nous avons retenu celles qui nous garantissaient des perspectives d’emplois à long terme avec des projets industriels à dix ans : construction de jackets, mais aussi l’éolien flottant ou encore tout ce qui est en rapport avec la flottille de servitude. C’est notre règle dans notre gestion de l’implantation des entreprises : un maximum d’emplois pérennes et une cohérence territoriale.

Cet été a vu une large médiatisation du phénomène des algues vertes sur les plages bretonnes. Où en est-on de ce dossier ?

Cela fait trente ans que ce problème existe et dix qu’on le traite activement, notamment avec des plans communs avec les agriculteurs. La chance de notre région c’est que tout ce qu’il tombe en Bretagne se retrouve dans notre mer à nous. Cela a donc été plus facile d’aller à la rencontre des exploitants se trouvant à proximité de nos bassins versants et de travailler avec eux. Et ça marche, globalement le taux de nitrate baisse partout et constamment. Mais on ne pourra pas régler ce problème d’un coup de baguette magique. Nous continuons le travail et nous devons, pour cela, pouvoir compter sur la collaboration des relais locaux, notamment les maires qui doivent nous fournir les listes des assainissements non conformes. C’est une tâche de longue haleine et nous ne relâchons pas nos efforts. Parce que nous sommes convaincus que l’avenir de la Bretagne réside dans une économie qui respecte le vivant et les hommes.

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Propos recueillis à Rennes par Caroline Britz, © Mer et Marine, septembre 2019

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