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Marine Marchande

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Brexit : La France n’a pas renoncé au fret irlandais

La redirection du fret irlandais en cas de « Brexit dur », en mars prochain, pourrait échapper aux ports français. La Commission européenne souhaite jouer la simplicité en se basant sur des liaisons entre Dublin et Cork et Rotterdam et Anvers qui existent déjà. Mais les négociations sont toujours en cours et la France n’a pas baissé les bras.

Marine Marchande
Vie Portuaire

Mardi après-midi, la ministre des Transports, Elisabeth Borne, et la Commissaire européenne, Violetta Bulc, se sont vues à Berlin, en marge du salon InnoTrans, pour parler Brexit et shipping. La modification du tracé du corridor mer du Nord - Méditerranée, afin de réceptionner, sans passer les (futures) douanes britanniques, le fret irlandais avait suscité, on s’en souvient, une réaction vive de la ministre : privilégier les grands ports belges et néerlandais de Rotterdam, Zeebruge et Anvers n’était « pas acceptable » pour la France, avait déclaré la ministre. Pour l’heure, le cabinet de Mme Borne est aux abonnés absents et la Commission fait savoir que le dossier n’a pas évolué. Mais la messe n’est pas dite.

 

(Le Télégramme)

 

« Les ports de la mer du Nord sont saturés. Ce n’est pas le cas de Brest, Roscoff ou Cherbourg. Il y a une carte à jouer pour les ports français », veut toujours croire Frédéric Moncany de Saint-Aignan, président du Cluster maritime. Le lobbying français a été tardif. L’Union des ports de France s’est rendue à Dublin pour rencontrer les autorités irlandaises fin juillet… au moment où la proposition de règlement de la Commission venait d’être bouclée. Et le Cluster, qui représente l’ensemble de la filière, n’a pas réussi à être reçu par Michel Barnier, contrairement au patronat néerlandais pour lequel la filière portuaire est stratégique.

 

 

Roscoff et Brest exclus de facto

La Commission invoque la plus grande simplicité d’une solution belgo-néerlandaise. « Il existe des services maritimes internationaux réguliers de Dublin et Cork vers Rotterdam et Anvers (ainsi que) entre Dublin et Zeebrugge. En revanche, nous n’avons pas connaissance de services réguliers vers les ports français du corridor, à savoir Calais et Dunkerque », a écrit cet été la commissaire Violetta Bulc à son homologue française, ajoutant que Cherbourg, Roscoff et Brest ne font « pas partie du corridor mer du Nord - Méditerranée ». Or le Brexit, qui pourrait amener le rétablissement des contrôles douaniers dès avril 2019 (s’il n’y a pas d’accord) et en tout état de cause fin 2020, impose des solutions rapidement opérationnelles, fussent-elles provisoires. Cela « ne change en rien la capacité (des ports français) à accéder à des financements européens », insistait la commissaire, ni à faire valoir leurs mérites… dans le futur.

Le dossier sur le bureau du Premier ministre

La balle est à présent dans le camp des législateurs : ministres des Vingt-Sept et Parlement, la députée écologiste (et possible tête de liste aux élections européennes) Karima Delli vient d’être nommée rapporteure. « Les travaux vont commencer de façon imminente », indique-t-on dans l’entourage de la présidente de la commission Transports. À Paris, le dossier serait passé sous le contrôle du Premier ministre Édouard Philippe et de l’Élysée. « On va avoir des élections. Comment expliquer aux électeurs que ces ports sont ignorés par la Commission européenne ? », avertit Frédéric Moncany de Saint-Aignan.

Un article de la rédaction du Télégramme