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Brexit : Les pêcheurs toujours dans le bleu

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Brexit : Les pêcheurs toujours dans le bleu

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Le Royaume-Uni entend remettre la main sur « ses » poissons mais les conditions pour commencer à en parler ne sont toujours pas réunies. Le risque : priver les pêcheurs européens de centaines de milliers de tonnes de capture.

Gerald van Balsfoort est inquiet. Le chef de l’Alliance des pêcheurs de l’Union européenne (EUFA), créée il y a un an pour représenter l’industrie auprès des négociateurs du Brexit, constate que, mois après mois, la possibilité d’un « hard Brexit » a tendance à croître. En cause, les derniers développements de l’autre côté de La Manche. La proposition de «soft Brexit » inscrite dans son « livre blanc » a été arrachée par Theresa May au prix d’un remaniement ministériel, son vote au Parlement est passé à une poignée de voix près cette semaine et la Première ministre n’a aucune marge de manœuvre dans les discussions sur la frontière entre Irlande du Nord et du Sud.

« Il faut admettre que le «no deal» est une possibilité. Impossible de dire si le risque est de 20, 30 ou 50%. Mais ce serait un désastre… Peut-on imaginer que des pêcheries qui pêchent depuis des générations, parfois des centaines d’années dans les eaux britanniques s’arrêtent soudain au milieu de la Manche ? », interroge Gerhard van Balsfoort.

 

En tant qu’État côtier indépendant pour la première fois en 40 ans, l’accès aux eaux britanniques se fera à nos conditions

 

On n’en est pas encore là. Même si la Commission européenne examine actuellement cette hypothèse. Ce vendredi, les ministres des Affaires étrangères se retrouvent à Bruxelles pour en parler et commencer à « dépiauter » le Livre blanc , où Londres esquisse les grandes lignes d’un accord de libre échange.

Sur la pêche, la ligne reste dure. « En tant qu’État côtier indépendant pour la première fois en 40 ans, l’accès aux eaux britanniques se fera à nos conditions, sous le contrôle et au bénéfice des pêcheurs britanniques », peut-on lire dans un document de consultation publiée séparément début juillet. Entre 2012 et 2016, les pêcheurs européens ont débarqué 760 000 tonnes par an en moyenne de poissons pris dans les eaux britanniques, quand les pêcheurs britanniques n’en ont débarqué que 90 000 pris dans les eaux d’autres pays européens. Londres voudrait donc renégocier les quotas actuels, jugés « obsolètes », en fonction du lieu auquel est attaché la ressource. Une approche discutable, selon Gerhard van Balsfoort. « On pêche les harengs dans les eaux écossaises mais ils naissent et grandissent hors des eaux britanniques », dit-il.

Le Royaume-Uni a besion du marché européen

Surtout, le Royaume-Uni a besoin du marché européen pour écouler ses produits, peu consommés sur son marché domestique. Son gouvernement prétend séparer les deux sujets (accès aux eaux et accès au marché) mais Bruxelles ne l’entend pas de cette oreille.

À liresur le sujet Brexit. Les pêcheurs anglais eux aussi sont inquiets

Cette négociation reste pour l’instant interdite. Il faut d’abord conclure l’accord de retrait, censé entrer en vigueur le 30 mars 2019 et rendre possible la période de transition (maintien du statu quo) jusqu’à fin 2020. Or celui-ci reste hors de portée, à cause du différend persistant sur la frontière irlandaise. Et la position de Theresa May, plus fragile que jamais, oblige la Commission européenne à plancher sur le scénario du pire : un blocage pur et simple des négociations, faute d’interlocuteur.


Un article de la rédaction du Télégramme