Marine Marchande

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Brexit : Pour Jean-Marc Roué, « Plus tôt on anticipera, mieux on se préparera »

Marine Marchande
Vie Portuaire

Les conditions dans lesquelles est négociée la sortie du Royaume-Uni de l'Europe ajoutent à l'inquiétude des professionnels de la mer, déjà soucieux de l'impact qu'aura le Brexit sur leur activité. C'est en tout cas l'analyse développée par Jean-Marc Roué, président d'Armateurs de France et de la compagnie Brittany Ferries.

La décision prise par le Royaume Uni de quitter l'Union européenne va lourdement impacter le secteur maritime français. Il est, en effet, évident que la création du marché unique, en 1993, a considérablement dynamisé les échanges entre la France et l'Angleterre, aussi bien pour le transport de passagers que pour le fret.

Côté passagers, l'abandon du dutyfree a déjà été un rude coup, réduisant d'un tiers le trafic annuel de 30 millions de clients. La destination France n'en reste pas moins appréciée des touristes anglais, même si elle est devancée, depuis peu, par l'Espagne.

« Les négociateurs doivent associer le monde de la mer »

Côté fret, l'attraction réciproque est toute aussi évidente. Les échanges de la Grande-Bretagne avec l'Union européenne représentent 200 millions de tonnes. De plus, l'activité portuaire Outre-Manche étant encore peu conteneurisée, une bonne partie de son trafic transite par Le Havre. C'est tout un équilibre économique qui risque d'être rompu. Circonstance aggravante, on ignore encore les conditions dans lesquelles s'opérera cette rupture.

Même les échéances ont de quoi préoccuper. Pour que le Brexit soit effectif au 31 décembre 2020, au terme d'une période de transition engagée le 30 mars 2019, il faut que les termes de l'accord soient formalisés d'ici à octobre prochain. Et qu'ils s'inscrivent dans les droits nationaux des pays concernés.

« Nous savons que les négociateurs européens ne veulent pas du statu quo, » indique Jean-Marc Roué. « La seule chose qui nous est conseillée, c'est de travailler sur plusieurs scénarios. Faut-il aller jusqu'à prévoir le rétablissement des frontières douanières ? Notre business model serait foutu. Le trafic camions est de 12.000 véhicules par jour. Une minute de contrôle par camion et dès le premier jour nous prendrions sept jours de retard. Il faudra engager des personnels supplémentaires, compléter l'équipement informatique et les installations portuaires. Avec nos procédures actuelles cela prendra combien de temps ? Dix ans avec les recours ? Il y aura longtemps que les grands ports du nord se seront interposés ».

Dans l'immédiat, les professionnels de la mer ont une exigence : ne pas être abandonnés dans le brouillard. « Plus tôt on anticipera, mieux on se préparera », résume Jean-Marc Roué. « Dans notre domaine, l'expertise est privée. Les négociateurs doivent donc associer le monde de la mer ».

Un article de la rédaction du Télégramme

 

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