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Brexit : Un océan d’incertitudes pour la pêche
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Brexit : Un océan d’incertitudes pour la pêche

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En cas d’absence d’accord, l’accès aux eaux britanniques pourrait être brutalement interdit au lendemain du Brexit (à partir du 30 mars). De quoi inquiéter toute la filière pêche *. Prise de pouls dans le quartier maritime du Guilvinec.

Jacques Pichon, directeur de l’armement La Houle à Saint-Guénolé Penmarc’h. « Je suis branché sur Sky News (chaîne d’information anglaise) en permanence. Je suis les débats au sein de la Chambre des communes britannique. On est un peu spectateur de tout ça. Le problème, c’est que l’on ne peut pas se lancer dans des investissements. Environ 50 % à 60 % de notre flotte (dix chalutiers de 23 m) pêchent dans les eaux anglaises. Une part qui est en diminution en raison de nos orientations stratégiques. La notion d’incertitude est inhérente à notre activité, mais la perspective du Brexit ajoutée au lancement de la règle du zéro rejet en mer, ça fait quand même beaucoup ».

Soazig Palmer-Le Gall, directrice de l’Armement Bigouden au Guilvinec et présidente de l’organisation de producteurs (OP). « Personne ne sait comment cela va se terminer. Nous sommes très dépendants des décisions britanniques. Si cela débouche sur un Brexit dur, il va falloir être très réactif et trouver un accord le plus vite possible. Entre 20 et 30 % de nos navires (onze chalutiers hauturiers) pêchent dans les zones anglaises. Ce qui est inquiétant, c’est la nouvelle répartition des quotas qui va en découler. Nous sommes habitués à prendre des coups de massue sur la tête. On ne va pas pour autant s’arrêter de vivre. La preuve : un bateau neuf sortira des chantiers en mai ».

Serge Guyot, directeur de l’armement Hent Ar Bugale à Loctudy. « Nous ne serons que partiellement impactés puisqu’environ 20 % de nos navires (six unités hauturières) pêchent dans les eaux anglaises. La plupart du temps, ils se trouvent dans des zones irlandaises et à l’ouest de la Bretagne. Le manque de visibilité bloque les investissements. Nous ne faisons que subir cette situation. C’est énervant. À notre niveau, la réglementation zéro rejet en mer est encore plus impactant. Rien n’a été correctement préparé à terre. Chacun essaie de faire pour le mieux. L’année 2018 n’avait déjà pas été terrible avec la baisse des apports et l’augmentation du prix du gazole. La rentabilité est plus difficile à atteindre. Dans ce contexte, c’est compliqué de mettre en place une politique innovante ».

Guy Le Moigne, vice-président du comité des pêches du Finistère. « Nous sommes dans l’attente. C’est le grand mystère. Je pense que l’on se dirige vers un Brexit dur, c’est-à-dire la fermeture complète des eaux britanniques. Pour certains bateaux, cela signifie tout simplement la fin de leur activité. Pour d’autres, ils devront se regrouper sur une autre zone et cela posera des problèmes de cohabitation. De nombreuses petites embarcations pensent qu’elles ne vont pas être touchées, mais c’est faux. Si la pêche hauturière est touchée, c’est tout le secteur qui sera impacté. Les infrastructures, comme les criées, ne pourront plus fonctionner. La pêche au large représente 80 % des apports et 80 % des emplois. Il ne faut pas l’oublier ».

* 140 bateaux concernés à l’échelle de la Bretagne qui réalisent plus de la moitié de leur chiffre affairent dans les eaux britanniques.

Un article de la rédaction du Télégramme