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Marine Marchande
Brice Robinson : À la barre du projet Honfleur
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Brice Robinson : À la barre du projet Honfleur

Marine Marchande

Grosse étape, vendredi dernier, pour Brittany Ferries. La coque du Honfleur, son bateau à propulsion GNL, a été mis à l'eau au chantier FSG de Flensburg, en Allemagne. La livraison du navire est, elle, prévue pour l’été 2019. C’est l’architecte naval Brice Robinson qui est chef de projet.

Le lancement du Honfleur, Brice Robinson l’attendait avec impatience. « C’est la véritable naissance du bateau ! C’est impressionnant, ça va vite, et par rapport à une mise à l’eau dans un dry-dock c’est bien plus spectaculaire ! »

Des yachts avant les ferries

Depuis 2016, ce Breton pilote ce projet qui représente, pour lui et toute son équipe, un véritable « challenge ». Car la construction du Honfleur n’a rien à voir avec les super-yachts qu’il a pu concevoir en début de carrière, quand il était architecte naval, à Monaco. « Moi qui préférais plutôt la voile, après avoir écumé le Golfe du Morbihan et les côtes bretonnes dans mon enfance et mon adolescence, je me suis retrouvé à faire des yachts de 50 mètres. Sept ans après, quand je suis parti, on avait des commandes de navires de 80 mètres et même de 95 mètres ! Dont un pour une famille du Qatar ». Celui qui est issu de la célèbre école d’architecture navale de Southampton le reconnaît : « Les mégas yachts, c’est particulier. Il y a un vrai travail de design intérieur et extérieur et on y ajoute des joujoux ! C’est aussi là que j’ai pris goût aux navires à passagers ».

Le GNL, un carburant beaucoup plus propre

Le Honfleur n’a rien à voir, non plus, avec les autres projets qu’il a suivis ou pilotés depuis son arrivée à la Brittany Ferries, à Roscoff, en 2000. Après avoir participé pour le Mont-Saint-Michel puis le Pont-Aven, Brice Robinson a mené la construction du Cotentin et de l’Armorique. Mais le Honfleur, qui fera le trajet entre Ouistreham-Caen et Portsmouth, est différent : il sera propulsé au gaz naturel liquéfié (GNL). Un choix devenu indispensable face aux nouvelles normes environnementales. « C’est bien plus propre que le fioul marin : ça ne produit pas de suie, pas d’oxyde de soufre (SOx), moins d’oxyde d’azote (NOx) et pas de particules fines. En plus de ça, à puissance équivalente, il émet environ 20 % de moins de CO2 », explique l’architecte naval. Les moteurs dits « dual fuel », en propulsion de type « gaz-électrique », sont plus silencieux et produisent moins de vibrations.

 

Au chantier FSG (© : BRITTANY FERRIES)

Au chantier FSG (© : BRITTANY FERRIES) 

La carène du Honfleur (© : BRITTANY FERRIES)

La carène du Honfleur (© : BRITTANY FERRIES) 

L'équipe de Brittany Ferries au chantier FSG (© : BRITTANY FERRIES)

L'équipe de Brittany Ferries au chantier FSG (© : BRITTANY FERRIES) 

 

Des bonbonnes de GNL à l’arrière

Question conception, Brice Robinson rappelle que « pour un ferry à passagers, il faut être dans l’efficacité, cela reste un produit industriel ». L’équipe de Brice Robinson n’est pas partie de zéro. « On s’est appuyé sur ce qu’on avait développé pour le projet Pégasis (avec les Chantiers de l'Atlantique, ndlr) abandonné en 2014, et sur un avant-projet de ferry transmanche conçu en 2010 après l’Armorique ». Ainsi, très vite, un projet concret a pu voir le jour pour le Honfleur, qui transportera 1684 passagers et qui mesure 187.4 mètres. Première étape : « Mettre les boîtes en place ! ». Soit, un espace de garage, l’espace hôtel (avec les cabines), les espaces publics, ceux pour la logistique et le personnel. Mais surtout, trouver une place pour stocker le GNL. « Il y a quatre emplacements pour recevoir quatre containers iso 40’ de GNL embarqués à l’aide d’un portique à conteneurs et une bonbonne fixe de GNL, qui ont pu être positionnés à l’arrière du bateau, grâce à des superstructures compactes ».

 

Le futur Honfleur (© : BRITTANY FERRIES)

Le futur Honfleur (© : BRITTANY FERRIES) 

 

« J’ai hâte de le voir terminé ! »

« Après, on a essayé de lui donner belle allure ! » Par rapport aux navires existants, la coque a été allongée et élargie, permettant de supprimer le garage inférieur sans perdre en roulage. La cambuse et les locaux techniques ont pu redescendre dans la coque, libérant de l’espace pour les passagers. « La circulation sur le bateau est vraiment facilitée : les ascenseurs mènent directement des garages aux ponts aménagés. Et on a réussi, pour plus d’efficacité, à séparer les flux de circulation de l’équipage de ceux des passagers ». Pour l’architecte, ce sont des améliorations qui feront date et dont il est fier. Autres satisfactions : davantage de cabines avec fenêtres, des cabines de six, des cabines de luxe. « On a aussi agrandi les fenêtres au niveau des locaux publics. Quand on fait le tour complet du premier pont aménagé, on aura une vision à 360° sur la mer. J’ai vraiment hâte de voir le bateau fini ! »

 

Brice Robinson (© : DR)

Brice Robinson (© : DR) 

Un article de la rédaction du Télégramme

 

Brittany Ferries