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Reportage

The Bridge : Le magnifique départ du Queen Mary 2

Saint-Nazaire a vécu un week-end mémorable avec le grand retour du « G32 », revenu pour la première fois dans le port qui l’a vu naître il y a plus de 13 ans. Arrivé samedi, le paquebot a été au cœur, le soir-même, d’une grande fête populaire. Concerts et feu d’artifice ont marqué l’évènement, le Queen Mary 2, tout illuminé, offrant un spectacle magique depuis les bassins nazairiens. D’autant qu’il y avait également là la SNSM, qui organisait son traditionnel Record et fêtait du même coup ses 50 ans, ainsi que les grands trimarans de course (IDEC Sport, Sodebo, Actual et Macif) qui se sont élancés hier, avec le QM2, pour une première traversée de l’Atlantique entre « Ultimes ».

 

Le Queen Mary 2 arrivant à Saint-Nazaire (© : BERNARD BIGER)

Le Queen Mary 2 en forme Joubert samedi soir (© : BERNARD BIGER)

 

A 15 heures, le sas donnant accès au bassin de Penhoët s’est ouvert, libérant les multicoques de Francis Joyon, Thomas Coville, Yves Le Blévec et François Gabart, accompagnés du trois-mâts Belem, également de la fête. Les voiliers sont ainsi sortis du port sous le regard attentif de nombreux spectateurs, massés là où les forces de l’ordre, très présentes, avaient laissé l’accès libre.

 

IDEC Sport sortant du sas hier après-midi (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Actual sortant du sas hier après-midi (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Belem juste après sa sortie du sas (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Il faut dire que le dispositif de sécurité était particulièrement impressionnant, y compris dans l’estuaire de la Loire, où pas moins d’une dizaine de patrouilleurs et vedettes de la Marine nationale, de la Gendarmerie maritime, de la Douane et des Affaires maritimes faisaient la police du plan d’eau et tenaient les plaisanciers à l’écart.

A 17 heures, la frégate anti-sous-marine Primauguet, qui avait conduit samedi la flottille militaire internationale escortant le QM2 le long des côtes bretonnes, est entrée en scène, équipage au poste de bande, et fait donner ses canons de salut.

 

La frégate Primauguet tirant ses coups de canon (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Le Queen Mary 2 à sa sortie de la forme Joubert (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Queen Mary 2 à sa sortie de la forme Joubert (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Feu d'artifice tiré depuis le pont de Saint-Nazaire (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le signal de l’appareillage pour le Queen Mary 2, qui s’est extrait de la forme Joubert où il était entré la veille. C’était d’ailleurs une première, l’imposant paquebot, lorsqu’il était en construction, n’ayant pas quitté le bassin C situé au cœur des Chantiers de l’Atlantique. Cette fois, les Nazairiens ont pu l’observer de beaucoup plus près. Mais l’opération n’était pas évidente puisque le célèbre transatlantique de la compagnie britannique Cunard, avec ses 345 mètres de long pour 41 mètres de large, avait très peu de marge de manœuvre dans une forme longue de 350 mètres, avec seulement 3.5 mètres d’espace de chaque côté. La manœuvre s’est néanmoins parfaitement déroulée grâce à un important travail de préparation mené en amont par les pilotes de la Loire. Plusieurs réunions se sont en fait déroulées depuis 2015, le commandant du QM2 venant à plusieurs reprises à Saint-Nazaire mais aussi à Nantes, où se trouve le simulateur des pilotes, sur lequel les officiers ont pu s’entrainer sur tous les types de scenarii possibles. Alors que le paquebot n’avait aucun autre quai pouvant le recevoir dans le port, étant trop haut pour passer sous le pont de Saint-Nazaire, le principal problème était le vent : pas plus de 20 nœuds compte tenu de l’immense fardage du bateau, dont il fallait aussi tenir compte de la « nervosité », cette bête de course étant conçue pour affronter les caprices de l’Atlantique nord à près de 30 nœuds, avec 150.000 cv sous la carène. Si Eole était trop puissant, le plan B consistait à mettre le navire au mouillage puis éventuellement le renvoyer au large, en espérant une fenêtre météo favorable. Heureusement, samedi, toutes les conditions étaient réunies, avec un temps magnifique et 15 nœuds de vent. Assisté de trois remorqueurs de Boluda, le Queen Mary 2 a parfaitement réalisé une manœuvre minutieusement préparée, le commandant étant assisté de trois pilotes, Laurent Herpin, Yvan Thomas et Jacques Deswart. Hier, ils n’étaient que deux, Laurent Herpin et Guillaume Letroadec, pour une sortie qui s’est elle aussi déroulée sans anicroche.

 

Le Queen Mary 2 entrant - pour la première fois - dans la forme Joubert (© : Thierry Martinez / THE BRIDGE)

Pilotine de la station de la Loire accompagnant le Queen Mary 2 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

A 17h30, alors que le paquebot tournait pour mettre son étrave vers le large, salué par les jets d’eau des remorqueurs et les sirènes des autres bateaux, à commencer par une belle flottille de vedettes de la SNSM comprenant entre autres le canot tout temps de nouvelle génération (CTT NG) livré l’an dernier à la station des Sables d’Olonne, un feu d’artifice diurne était tiré depuis le pont de Saint-Nazaire, exceptionnellement coupé à la circulation. Les trimarans, évoluant depuis plus de deux heures dans l’estuaire, se sont alors rapprochés du paquebot et à 18 heures, alors que le pont de Saint-Nazaire s’embrasait une nouvelle fois, un A380 a fait son apparition au-dessus des fumées laissées par le spectacle pyrotechnique.

 

Arrivée de l'A380 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

(© : BERNARD BIGER)

 

 

Le plus gros avions de ligne du monde, dont les usines Airbus de Saint-Nazaire et Nantes participent à la construction, a survolé à basse altitude et Queen Mary 2 et fait un second passage, pour le plus grand plaisir du public assistant au départ. Les bateaux se sont ensuite élancés pour une grande traversée de l’Atlantique, le QM2 suivant sa traditionnelle route au nord alors que les trimarans navigueront plus au sud pour chercher le vent. La course se livrera surtout entre les Ultimes, réunis pour la première fois dans cette configuration, l’heure d’arrivée à New York du paquebot étant connue. Ce sera le 1er juillet au matin, les premiers voiliers devant arriver un ou deux jours plus tard selon les prévisions.

 

Le départ (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Cet évènement fait pour mémoire partie de The Bridge, organisé dans le cadre du centenaire de l’entrée en guerre des Etats-Unis, qui a conduit au débarquement en France de plus de 2 millions de soldats américains à partir de 1917. En plus du retour à Saint-Nazaire du QM2, des concerts de jazz et le championnat du monde basket 3x3 ont été organisés à Nantes, cette musique et ce sport étant arrivés en Europe avec les troupes US il y a 100 ans. Le paquebot accueille quant à lui le « Club des 100 », regroupant plus de 160 entreprises dont les cadres sont à bord afin, sur le chemin de New York, de participer à différentes conférences et séminaires. Un forum en mer qui vise notamment, selon les organisateurs, à réfléchir à l’entreprise du futur.  

 

(© : BERNARD BIGER)

 

Pari un peu fou initié par le navigateur Damien Grimont, The Bridge est donc une réussite, même si l’évènement a eu du mal à décoller et n’a pas attiré une foule aussi importante que prévu. Les quotidiens locaux évoquent ce matin 250.000 personnes sur l’ensemble du week-end, contre 400.000 espérées. Les heures tardives d’arrivée et de départ du paquebot ont peut-être joué, de même que les importantes mesures de sécurité mises en place, qui n’ont pas toujours facilité les accès et sans doute refroidi les ardeurs de beaucoup de monde, craignant de se retrouver dans des embouteillages monstres. A « vue de nez », la foule n’était semble-t-il hier pas plus nombreuses, et même sans doute plus clairsemée que pour les grands départs de paquebots construits à Saint-Nazaire, comme le QM2 en décembre 2003 ou l’Harmony of the Seas en mai 2016.

The Bridge a peut-être manqué de clarté, la compilation de nombreux rendez-vous très distincts, à des jours et dans des lieux différents, ne facilitant probablement pas la lisibilité auprès du grand public.

Sur le plan financier, l’opération, dans son ensemble, aurait coûté 16 millions d’euros, dont une grosse partie pour l’affrètement du Queen Mary 2. Celui-ci devait être remboursé par la vente des cabines du navire pour la traversée entre Cherbourg et New York mais les places, contrairement à ce qu’imaginaient les organisateurs, ne se sont pas vendus comme des petits pains, loin s’en faut. Les tarifs élevés et le manque de packages avec les vols retour ont probablement dissuadé bon nombre de candidats à l’embarquement, alors que l’organisation aurait sans doute pu s’appuyer plus sur la compagnie et son réseau de distribution pour accroître les ventes. Toujours est-il que le navire n’affiche pas complet. Par chance, des partenaires de dernière minute ont permis de boucler le budget et financer tous les évènements prévus. Aux côtés notamment de la banque CIC, qui a mis plusieurs millions d’euros sur la table pour cette opération, Fincantieri a sorti son chéquier il y a moins d’un mois pour devenir lui aussi partenaire officiel. Le constructeur italien, en phase finale de négociation avec le gouvernement français pour le rachat des chantiers nazairiens, est resté très discret sur le sujet en termes de communication, mais réalise là un très beau coup. En apportant un soutien décisif à un grand évènement local, il a en effet pu se valoriser auprès de différents acteurs clés et autres relais d’opinion.

 

(© : THIERRY MARTINEZ / THE BRIDGE)

 

Quoiqu’il en soit, The Bridge et en particulier sa séquence ligérienne ont permis d’offrir un magnifique spectacle et le plaisir de voir un paquebot de légende revenir à Saint-Nazaire.

Un retour vivement apprécié par les Nazairiens, même s’il fut aussi une épreuve douloureuse pour ceux qui ont perdu un proche ou ont été blessés dans l’effondrement de la passerelle d’accès au paquebot, le 15 novembre 2003. Ceux-ci n’ont pas été oubliés puisqu’une cérémonie de souvenir et de recueillement a été organisée hier matin par la Ville de Saint-Nazaire et l’Association des victimes de la passerelle du Queen Mary 2. Elle s’est déroulée au Jardin des Plantes, là où se trouve une stèle portant les noms des 16 personnes décédées dans ce terrible accident.