Marine Marchande
Un navire tout électrique pour l’Arctique

Reportage

Un navire tout électrique pour l’Arctique

Marine Marchande

Brim, en norrois, la langue des vikings, cela signifie traverser les vagues. C’est aussi le nom du bateau du tout jeune armement éponyme fondé par Agnes Arnadottir et Espen Larsen-Hakkebo. Le tout premier bateau totalement électrique conçu selon les normes polaires. Destiné aux excursions arctiques, il est sorti des chantiers Maritime Partners d’Ålesund et vient d’être baptisé à Tromsø, en Norvège.

« L’histoire a commencé il y a longtemps en Islande », nous raconte Agnes, héritière d’une lignée de marins pêcheurs islandais. « Mon père a été le premier, dans les années 90, à proposer des excursions en mer pour observer les baleines ». L’activité, lancée d’abord avec un ancien bateau de pêche, prend vite de l’essor. « On a atteint, au fil des années, 75.000 passagers par an ». Agnes n’est pas, dans un premier temps, investie dans l’entreprise familiale. Elle étudie les sciences politiques puis travaille à Oslo. « Et puis, il y a quelques années, on s’est dit qu’on pouvait créer une filiale en Norvège pour faire des observations de baleines au-delà du cercle polaire ». Agnes décide de prendre la barre de cette nouvelle société et, tout de suite, elle veut promouvoir une approche environnementale. « En 2016, nous avons affrété Opal, une goélette hybride-électrique avec laquelle nous avons fait deux saisons ». Les touristes apprécient mais les difficultés sont ailleurs. « Ce n’était pas très bien vu par l’industrie locale du tourisme, qui est encore très conservatrice. Et nous avions du mal à trouver des endroits pour l’entretenir ».

 

Agnes et Espen, les fondateurs de Brim Explorer ( © BRIM EXPLORER)

Agnes et Espen, les fondateurs de Brim Explorer ( © BRIM EXPLORER)

Agnes, sur le chantier du Brim à Alesund ( © MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Agnes, sur le chantier du Brim à Alesund ( © MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Alors Agnes, rejoint par Espen, imagine un bateau neuf. « Qui ne pollue pas, ni avec des émissions, ni avec du bruit qui gêne les baleines ». L’électricité. En Norvège, ce mode de propulsion est en train de devenir de plus en plus commun dans la construction navale. « En 2018, c’était le bon timing : la technologie est mature, le gouvernement norvégien a lancé plusieurs programmes de soutien pour les propulsions propres et la règlementation qui va interdire les moteurs thermiques dans les fjords est sortie ». En mars 2018, Agnes et Espen rencontrent le designer Einar Hareide et, avec lui, imaginent le bateau de leurs rêves pour les eaux polaires. L’idée est de pouvoir obtenir une journée totale d’autonomie avec 140 passagers à bord et de pouvoir charger le bateau dans n’importe quel port, quelle que soit la puissance de charge du quai.

 

(BRIM)

(BRIM)

Sur le chantier (©  MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Sur le chantier (©  MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Le catamaran mesure 24 mètres de long pour 11 mètres de large. Il est construit en aluminium, « le composite ne nous satisfaisait pas, parce qu’il n’est pas recyclable. Notre bateau est donc construit en alu en grande partie déjà recyclé ». La coque a été dessinée pour offrir le minimum de résistance de manière à limiter le besoin de puissance. « Nous avons installé un parc de batteries Corvus de 800 kWh, elles peuvent être chargés en charge lente à 400 volts. Nous avons une autonomie de 10 heures à 10 noeuds ». La coque a été construite en Pologne et armée en Norvège.

 

 

Essais en mer (©  BRIM EXPLORER)

Essais en mer (©  BRIM EXPLORER)

 

« Nous avons commencé l’aventure en avril 2018 par un crowdfunding et l’aide de nos amis et nos familles. Nous avons également eu rapidement un financement de l’agence publique Enova. Et au mois de décembre, c’est Hurtigruten qui nous a proposé de signer un partenariat pour notre deuxième bateau ». La compagnie norvégienne Hurtigruten est, comme tous ceux qui veulent opérer dans les fjords du pays, contraint par la future réglementation locale qui va y interdire les émissions. Le groupe a donc rapidement compris la nécessité de s’appuyer sur des opérateurs pouvant effectuer des excursions « propres ».

Brim a été baptisé il y a quelques jours à Tromsø et a déjà débuté ses « silent tours » d’observation de cétacés dans le fjord de la capitale arctique de la Norvège. Son sister-ship, Bard – baleine en norvégien – est déjà en construction. Destiné au Svalbard, il est cofinancé par Hurtigruten et le fonds d'investissement Catapult, « il va arriver en 2020 et fera six mois au Spitzberg et le reste de la saison en Norvège du Nord ».

Un autre bateau pourrait suivre immédiatement et les jeunes armateurs ont déjà été contactés par de nombreux prospects, aux Galapagos, en Nouvelle-Zélande « et par Facebook pour transporter ses employés entre San Francisco et Palo Alto ». « Nous souhaitons rapidement faire évoluer nos bateaux pour notamment y intégrer des panneaux solaires qui pourront nous faire profiter des journées arctiques de 24 heures ». Avec Hurtigruten et d’autres opérateurs locaux, Brim travaille également à la création d’une ferme solaire à Longyearbyen, au Svalbard. « Parce que charger notre bateau avec une électricité issue d’une centrale au charbon, ce n’est pas une situation satisfaisante ».

 

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