Marine Marchande
Britannica Hav : Succès d'une opération inédite

Actualité

Britannica Hav : Succès d'une opération inédite

Marine Marchande

« Je ne suis pas réellement surpris de cet accident, notre mer est parmi les plus utilisées du globe ». Avec l’arrivée hier après-midi de la coque retournée du Britannica Hav dans le port du Havre, le vice-amiral d’escadre Pascal Ausseur, préfet maritime de la Manche mer du Nord, vient de boucler une des plus grosses opérations de sauvetage de l'histoire de sa zone.

Remorquée par l'Abeille Liberté et entourée par l'Argonaute, le patrouilleur Flamant et deux remorqueurs portuaires de Boluda Le Havre, la coque de 88 mètres de long, retournée depuis sa collision avec le chalutier Deborah mardi, a franchi les passes en tout début d’après-midi. « Nous avions une fenêtre de pleine mer, il était donc impératif de l’utiliser ». La coque a été amenée au quai Osaka, un ancien terminal conteneurs, qui n’est actuellement pas exploité. Les lamaneurs ont utilisé les estropes qui avaient servi au remorquage de la coque : un câble a été passé à l’avant, dans le propulseur d’étrave, par l’équipage de l’Abeille Liberté. Le deuxième a été ajouté à l’arrière, sur la ligne d’arbre, lors de la prise en charge par le remorqueur portuaire. La coque est désormais sécurisée, un barrage anti-pollution a été déployé à titre préventif. Les soutes du Britannica Hav contiennent une trentaine de tonnes de gasoil mais aucune fuite n’a été constatée.

 

 

(© NIKEU LEMONNIER)

(© NIKEU LEMONNIER)

La coque amenée au terminal d'Osaka (© MARINE NATIONALE)

La coque amenée au terminal d'Osaka (© MARINE NATIONALE)

La coque au terminal d'Osaka (© MARINE NATIONALE)

La coque au terminal d'Osaka (© MARINE NATIONALE)

 

Une opération sans précédent

« Nous avons eu de la chance dans cette opération : le bateau était de petite taille et la météo a été clémente », souligne l’amiral Ausseur qui salue un « véritable travail d’équipe » entre tous les maillons de la chaîne de l’action de l’Etat en mer, jusqu’à, comme l’a rappelé Nicolas Chervy, le commandant de port du Havre, « l’ensemble des services portuaires, pilotes, lamaneurs et remorqueurs, qui ont participé à cette opération hors normes ». Une opération de sauvetage dont personne n’a la mémoire d'un précédent. « Un bateau retourné qui entre dans les passes, j’ai beau chercher, je ne vois pas », lance Nicolas Chervy.

Mise en oeuvre du principe de port refuge

« Dès que nous avons assisté à son retournement, nous avons su qu’il allait falloir le mettre à terre. C’est la leçon du Prestige, on ne laisse plus les navires en détresse à la dérive. La solution, c’est le port-refuge », souligne l’amiral Ausseur. Suite à la collision, juste après avoir évacué les marins naufragés et fait appareiller l’Abeille Liberté, l’amiral décide de rapidement mettre en demeure l’armateur norvégien du Britannica Hav. « Il a réagi très vite et a contracté de lui-même avec les Abeilles. J’ai aussi immédiatement envoyé sur zone le patrouilleur Aramis de la gendarmerie maritime : en plus de la coque à la dérive, il y avait les quatre panneaux de cales qui s’étaient détachés. Le tout au milieu de l’intense circulation du rail, il fallait éviter le suraccident ».

 

Marquage des panneaux de cales mercredi soir (© MARINE NATIONALE)

Marquage des panneaux de cales mercredi soir (© MARINE NATIONALE)

 

Les coques et les panneaux sont marqués avec des fumigènes puis par des lumières par les plongeurs, ils sont suivis dans leur dérive. « A ce moment-là, il faisait nuit, nous nous demandions combien de temps aller tenir la coque ». Le préfet maritime le sait, il faut sortir rapidement tous ces éléments à la dérive du rail de navigation. « La solution de la prise de remorque via le tunnel du propulseur d’étrave est trouvée dans la matinée et rapidement mise en œuvre par l’équipage de l’Abeille Liberté. Le mouvement a été un peu accéléré parce que les conditions météo commençaient à se dégrader ». La remorque est mise en tension à midi, le convoi démarre une demi-heure plus tard à une vitesse de trois nœuds. L’armateur a envoyé un remorqueur de Caen puis deux remorqueurs néerlandais pour prendre en charge les panneaux de cale. C'est là que le port du Havre est désigné comme le port refuge. « C’est un choix qui est lié à la taille du port, à sa capacité industrielle, mieux armé pour gérer une situation complexe », précise l’amiral.

 

 

Alors que le convoi marche à 3 nœuds vers le Havre, le chalutier Déborah a rejoint Zeebrugge, son port d’attache. Les circonstances de l’accident, durant lequel le bateau de pêche de 38 mètres est entré en collision à plus de 12 nœuds dans le travers du cargo, ne sont pas encore précisément connues. « Ce n’est pas à la France d’ouvrir des poursuites. L’accident s’est passé dans les eaux internationales et aucun ressortissant français n’est impliqué. La France n’a donc aucune compétence juridictionnelle », précise l’amiral.

 

L'entrée dans le port du Havre (© DR)

L'entrée dans le port du Havre (© DR)

La coque retournée avec l'Abeille Liberté dans le port du Havre (© FABIEN MONTREUIL)

La coque retournée avec l'Abeille Liberté dans le port du Havre (© FABIEN MONTREUIL)

 

 

Les remorqueurs portuaires de Boluda ont aussi été mobilisés (© FABIEN MONTREUIL)

Les remorqueurs portuaires de Boluda ont aussi été mobilisés (© FABIEN MONTREUIL)

 

La suite : plusieurs solutions possibles

Au Havre, les services de l’Etat, les pompiers et le grand port maritime sont mobilisés. Le terminal Osaka est choisi, parce qu’il est en aval de l’écluse François 1er et qu’il a une réserve de tirant d’eau suffisante pour accueillir le cargo retourné qui cale à 16 mètres. Les équipes de plongeurs sont cependant intervenues dès l’arrivée du bateau pour cisailler le mât et le mâtereau du cargo, ramenant le tirant d’eau à 10 mètres.

« Le plus compliqué est derrière nous », rappelle Marie Aubert la sous préfète du Havre. Ce sont désormais les autorités terrestres et le Grand Port Maritime qui vont reprendre la main. « Dès demain, nous avons une réunion avec les deux entreprises mandatés par l’armateur qui vont nous exposer les solutions pour la dépollution ». Il s’agira dans un premier temps d’extraire les soutes du navire. Pour la suite, la solution dépendra de ce que l’armateur va proposer : renflouage et retournement ou déconstruction sur place, tout est envisageable à partir du moment où cela sera validé par le comité de suivi des autorités régaliennes qui va suivre au jour le jour l’évolution des travaux menés par l’armateur. « Ce qui est sûr, c’est qu’il ne repartira pas la quille en l’air du Havre ! Une fois c’est bien suffisant », sourit Marie Aubert.

 

Le cargo Britannica Hav, ici au Havre en 2013 (© FABIEN MONTREUIL)

Le cargo Britannica Hav, ici au Havre en 2013 (© FABIEN MONTREUIL)

Sauvetage et services maritimes