Marine Marchande
Brittany Ferries: Jean-Marc Roué fait le point un mois après le Brexit

Interview

Brittany Ferries: Jean-Marc Roué fait le point un mois après le Brexit

Marine Marchande

Le 1er janvier, le Royaume-Uni est sorti de l'Union européenne dans le cadre d'un accord signé après quatre ans d'incertitudes. Même s'il est difficile d'en mesurer dès à présent toutes les conséquences, Jean-Marc Roué, président du directoire de Brittany Ferries, fait un point avec Mer et Marine. Les nouvelles lignes irlandaises, l'incertitude du Covid et l'absence de visibilité quant à la prochaine saison et la reprise du trafic passagers sont au coeur de ses préoccupations et de celles d'un armement qui tourne encore au ralenti.

MER ET MARINE : Un mois après l’entrée en vigueur du Brexit, où en êtes-vous ?

JEAN-MARC ROUE : Nous nous étions préparés au scénario du pire, qui était un no-deal. L’accord entre l’Union européenne et le Royaume-Uni du 24 décembre a été un vrai soulagement. En effet, concrètement la différence majeure, ce sont les formalités de douane et cela n’a pas un impact aussi significatif qu’aurait pu avoir un no-deal.

En termes de volume, nous avons assisté à un phénomène très important de stockage des industriels britanniques à l’automne 2020. Comme ils ne savaient pas, à ce moment-là, ce qui allait se passer au 1er janvier, ils ont massivement commandé. Ce qui a provoqué un volume de fret très important. Pour nous, cela s’est traduit par une augmentation de 16% du fret en novembre et de 20% en décembre. En revanche, nous vivons actuellement le contrecoup de ces sur-volumes avec un recul sensible du fret en ce début d'année.

Et bien sûr, il y a ces nouveaux confinements qui pèsent aussi sur la consommation et donc le trafic. En ce moment, il est difficile d’analyser ce qui est du fait du Brexit et ce qui relève du Covid.

Un des effets du Brexit concerne l’Irlande, dont on voit une partie des chargeurs et transporteurs se tourner vers les liaisons maritimes directes vers le continent. Est-ce un phénomène qui va dimensionner l’avenir de votre flotte et de vos lignes ?

En effet, nous avions une capacité de navires qui n’étaient pas employés et nous avons pris rapidement la décision d’ouvrir ces lignes, normalement saisonnières, pour la demande de fret qui est en croissance.

Toutes les compagnies de ferries augmentent leur capacité, Stena et Irish Ferries doublent les leurs au départ de Cherbourg. Brittany Ferries est un tout petit opérateur fret sur l’Irlande, mais nous prenons notre part à ce nouveau besoin. Nous avons par conséquent décidé de démarrer la ligne de Cherbourg mi-janvier, puis d’aligner l’Armorique, dès son retour d’arrêt technique, en fin de semaine, au départ de Roscoff et de Saint-Malo.

Mais, là encore, il est difficile de dire si cette tendance et ces besoins de volume vont persister. Actuellement, le Landbridge, c’est-à-dire la ligne transitant par les ports et les routes anglaises, se met en place avec les ajustements administratifs qui ralentissent le passage. Est-ce qu’une fois que les procédures administratives anglaises seront mieux huilées, les chargeurs préfèreront-ils toujours la route maritime directe ? On ne peut en être sûr. Il y aura peut-être un retour au Landbridge après le premier trimestre.

Et il y a le Covid, avec le variant anglais. La situation épidémique et les mesures (notamment le test PCR des chauffeurs) aux frontières anglaises ont, d’abord, amené les Irlandais à favoriser la liaison directe avec la France. Mais, depuis quelques jours, l’Irlande est dans une situation épidémique comparable et a mis en place les mêmes mesures de test PCR. Cela risque aussi d’avoir une influence sur le choix de logistique. Nous sommes donc actuellement dans une triple conjoncture, celle du Brexit, celle du Covid et celle des variants et de leurs conséquences. Il est difficile d’en tirer des perspectives même à moyen terme.

Néanmoins, il est important de pouvoir être agile et répondre au mieux à une clientèle qui cherche des solutions. Nous avons eu des demandes du secteur breton, celui de la pêche et de transformation de produits de la mer, et de l’agriculture notamment. Tous ont des besoins de logistiques en Irlande et en Ecosse et cherchent le meilleur schéma possible.

Et pour le trafic passagers ?

Comme on l’imagine, la situation est très dégradée. Il n’y a que très peu de réservations, puisque personne ne sait ce qu’il va se passer dans les prochaines semaines ou même cet été. Nous allons ouvrir la saison passagers le 22 mars sans aucune visibilité.

Actuellement, nous honorons notre contrat avec le ministère britannique des Transports, qui consiste en une mise à disposition de capacités passagers vers les ports français, avec les Cotentin et Etretat. Et nous allons continuer évidemment à le faire. En revanche, pour les autres lignes, il faudra évaluer constamment la situation. On ne peut pas se permettre de brûler du combustible pour rien.

Propos recueillis par Caroline Britz. © Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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