Marine Marchande
Brittany Ferries:  « Le Brexit a flouté les perspectives d'avenir »

Interview

Brittany Ferries: « Le Brexit a flouté les perspectives d'avenir »

Marine Marchande

Le Brexit et la chute de la livre sterling n'ont pas dissuadé les Britanniques de partir en vacances sur le continent. C'est le constat de Jean-Marc Roué, président du Conseil de surveillance de la Brittany Ferries et de Christophe Matthieu, le nouveau président du directoire. Ils parlent d'une meilleure saison que l'an dernier. En revanche, l'armement n'a toujours pas commandé de nouveaux bateaux.
 

LE TELEGRAMME : Comment s'est passée cet été 2016 ?

JEAN-MARC ROUE : « Tant en fret qu'en passagers, la saison est satisfaisante. Les réservations étaient bonnes avant le Brexit. Cette tendance s'est maintenue jusqu'à la fin de la saison. Les chiffres que nous présenterons la semaine prochaine seront meilleurs que l'an dernier alors qu'on a eu également trois gros arrêts techniques et deux avaries de bateaux. Concernant le fret, on s'attendait à une augmentation des volumes puisque nous avons développé nos capacités avec la mise en service du Baie de Seine et du Pélican sur le Trans-Gascogne ».

Comment expliquez-vous cette bonne saison ?

J-M.R « Le beau temps a sans doute joué un rôle. Mais c'est aussi parce que nous avons mis l'accent sur la promotion avec nos partenaires des comités de tourisme du Grand Ouest. La Brittany Ferries consacre un budget de dix millions d'euros à la promotion. Pour contrecarrer ces phénomènes majeurs que sont le Brexit ou l'insécurité, il faudra sans doute mettre des moyens supplémentaires pour améliorer l'accueil. Dans les années 1980, une grande campagne avait été lancée pour créer des gîtes ruraux. Une relance est nécessaire car ces gîtes ont vieilli ». Christophe Matthieu : « Notre compagnie n'est qu'un maillon d'une chaîne. Nous sommes dépendants de l'attractivité des territoires. Savoir accueillir les Britanniques, parler anglais, proposer des menus bilingues, c'est bien, mais il faut également renouveler l'offre. La petite hôtellerie de charme est en train de péricliter. Si, demain, la clientèle anglaise ne trouve pas des structures accueillantes, modernes pour y passer ses vacances, elle ira ailleurs. Les Anglais qui voyagent beaucoup, et qui continueront sans doute à le faire, sont tellement sollicités par les tour-opérateurs du monde entier ».

En mars dernier, votre compagnie annonçait qu'elle allait faire construire au moins deux bateaux pour remplacer le Bretagne et le Normandie ? Où en sont ces projets ?

CHRISTOPHE MATTHIEU : « Évidemment que nous pensons au renouvellement de notre flotte. Nos bateaux vieillissent. Nous avons des contacts avec les banquiers, les chantiers, les courtiers mais nous n'avons encore rien signé car il y a eu, entre-temps, le Brexit et la chute de la livre. Le Brexit n'a pas cassé le business mais il a flouté les perspectives d'avenir ». J.-M.R. : « C'est plus compliqué d'aller voir un banquier quand on a moins d'argent et que l'on présente un business plan moins sexy. Nous avons l'ambition d'acheter des bateaux neufs mais nous restons sages. Nous avons néanmoins dépensé 100 millions d'euros pour équiper nos bateaux de filtres à fumée. Nous avons, en outre, affrété deux nouveaux bateaux le Baie de Seine et l'Étretat. Après une crise dure, nous avons redressé la compagnie. Et, depuis 2013, nous avons 400 salariés de plus dans l'entreprise, embauchés ou titularisés. Qui dit mieux ?

Allez-vous faire appel au marché de l'occasion ?

J-M.R : « La Brittany Ferries opère sur des lignes plus longues que les autres. Elle a besoin de navires récents avec un nombre important de cabines et qui puissent rentrer dans nos ports. Il faut enfin que ces bateaux soient autorisés à traverser le golfe de Gascogne. Nous avons du mal à trouver notre bonheur sur le marché de l'occasion. Pour nous, le bateau idéal est un bateau équivalent au Pont-Aven avec 600 cabines ou plus. »
 

Propos recueillis par Frédérique Le Gall, de la rédaction du Télégramme

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