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Brittany Ferries : Saint-Nazaire ne pourra pas construire le successeur du Bretagne
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Brittany Ferries : Saint-Nazaire ne pourra pas construire le successeur du Bretagne

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Marine Marchande

Le successeur du ferry Bretagne ne verra pas le jour aux Chantiers de l’Atlantique, d’où son vieil aîné est sorti en 1989. A Saint-Nazaire, on indique ne pas avoir la possibilité de répondre au souhait de Brittany Ferries de faire réaliser ce navire dans l’estuaire de la Loire. En cause, un plan de charge trop plein pour permettre d’intercaler entre deux gros paquebots - même en sous-traitant tout ou partie de la coque - le futur ferry breton, qui doit rejoindre la flotte de l’armateur de Roscoff en 2022. Dans ces conditions, la compagnie n’aura d’autre choix que de faire construire son bateau dans un chantier étranger, comme c’est le cas actuellement avec le Honfleur, en achèvement chez FSG en Allemagne.

Pour mémoire, les Chantiers de l’Atlantique connaissent actuellement un niveau d’activité inédit depuis les années 60/70. Après la livraison la semaine dernière du MSC Bellissima (F34), leur carnet de commandes comprend actuellement 10 paquebots en contrats fermes et au moins 4 autres en option. Tous sont à livrer d’ici la fin 2026. S’y ajoute la récente notification des quatre futurs bâtiments ravitailleurs de forces (BRF) de la Marine nationale, qui sortiront des chantiers nazairiens en 2023, 2025, 2027 et 2029. Le constructeur français, qui travaille sur d’autres projets, attend par ailleurs la commande de plusieurs sous-stations électriques destinées à des champs éoliens offshore.

Une telle activité l’empêche donc le chantier, malgré l’optimisation de son outil industriel ces dernières et même l’accroissement de ses capacités avec l’extension de l’aire de pré-montage, d’accepter de nouveaux navires de grande taille pour des livraisons à brève échéance. Faute d’être en mesure de prendre le « Bretagne 2 », Saint-Nazaire rate malheureusement une belle occasion de se relancer sur le marché des ferries, où sa dernière production remonte au Berlioz, livré à la défunte compagnie SeaFrance en 2005. Les Chantiers de l’Atlantique avaient ensuite travaillé avec Brittany Ferries pour développer un grand ferry, qui aurait été le premier navire français équipé d’une propulsion fonctionnant au gaz naturel liquéfié. C’était le projet Pegasis, que l’armateur breton a été contraint d’abandonner en 2014 faute de financement. La même année, Saint-Nazaire n’avait pas eu plus de chance avec le projet de navires au GNL porté par l’ancienne SNCM, la compagnie étant liquidée avant d’avoir pu lancer son programme de modernisation. Puis les commandes de paquebots sont revenues en force, jusqu’à saturer l’outil industriel pour de nombreuses années. Une excellente nouvelle pour les Chantiers de l’Atlantique, menacés de disparition en 2012. Mais cette période exceptionnellement faste a aussi des effets pervers. Comme on le voit ici avec Brittany Ferries, un tel niveau d’activité rend plus difficile la politique de diversification du constructeur nazairien, pourtant essentielle pour éviter une trop forte dépendance à la croisière et, ainsi, se prémunir contre un éventuel retournement de ce marché.

 

Brittany Ferries Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France)