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Bruno Le Maire veut un second porte-avions, 6 FTI et 3 FREMM supplémentaires

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Bruno Le Maire veut un second porte-avions, 6 FTI et 3 FREMM supplémentaires

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Député de l’Eure et candidat à la primaire à droite, Bruno Le Maire s’est longuement exprimé, le 11 juillet, sur la Défense et l’avenir de l’armée française. Dans son discours, prononcé à Paris, l’ancien ministre a notamment, et c’est suffisamment rare pour le souligner, mis l’accent sur la nécessité, pour la France, de renforcer sa marine : « La France n’est pas une petite nation recroquevillée sur elle-même. La France n’est pas une petite nation continentale, c’est une des grandes puissances maritimes au monde. Elle doit se donner les moyens de garantir la protection de son espace maritime », affirme Bruno Le Maire, qui rappelle que le pays dispose du second territoire maritime de la planète, avec 11 millions de km² de zone économique exclusive.

L’occasion ratée du programme PA2

Estimant que, pour la Marine nationale, « il y a des trous capacitaires à combler rapidement », le candidat a été très clair concernant le besoin d’un second porte-avions français. Pour mémoire, Jacques Chirac, avec à l’époque Michèle Alliot-Marie comme ministre de la Défense, avait initié le programme PA2, pour le quel un accord de coopération avait été initié en 2006 avec les Britanniques. Les négociations se sont poursuivies durant des mois, trop longtemps malheureusement pour que le dossier aboutisse avant l’élection présidentielle de mai 2007. Or, bien qu’ayant jugé la construction d’un second porte-avions « indispensable » durant la campagne, Nicolas Sarkozy ne mena pas le projet à son terme, reportant la décision sine die dès 2008.

 

Le projet PA2 abandonné en 2008 (

Le projet PA2 abandonné en 2008 (© DCNS)

 

« Un porte-avions n’est pas un colifichet »

Une occasion manquée que compte donc rattraper Bruno Le Maire : « le Charles de Gaulle fera en 2017 son deuxième arrêt technique majeur qui le rendra indisponible pendant environ une vingtaine de mois. Il faut savoir ce que l’on veut : soit nous avons un porte-avions et il est disponible tout le temps, soit nous n’en avons pas et il n’est jamais disponible. N’avoir un porte-avions qui n’est disponible qu’occasionnellement en fonction de ses arrêts techniques et pas en fonction des menaces qui pèsent sur la sécurité des français, j’ai du mal à le comprendre. Un porte-avions n’est pas un colifichet, c’est un élément majeur de notre capacité à projeter notre puissance sur les théâtres d’opérations extérieures ».

Une décision l’an prochain pour une mise en chantier en 2020

Estimant comme une « nécessité absolue de pouvoir manifester notre puissance sur les théâtres d’opérations extérieures, je souhaite que nous lancions immédiatement les études pour la réalisation d’un deuxième (porte-avions). Mon objectif politique est clair : nous devons être capables de nous projeter en permanence à travers un groupe aéronaval sur les théâtres d’opérations extérieures. La décision devra être prise en 2017, la mise en chantier devra être effectuée en 2020 puis être suivie immédiatement d’essais pour une mise à disposition opérationnelle en 2030 ». Et Bruno Le Maire anticipe les critiques : « Cela serait un gadget, une lubie ? Mais le gadget, la lubie, c’est d’avoir un seul porte-avions qui n’est pas disponible quand nous en avons besoin pour faire face aux menaces. Soyons cohérents : ou nous avons une capacité aéronavale et nous réalisons immédiatement ce deuxième porte-avions ; ou nous renonçons à avoir une capacité aéronavale. Je refuse que la France n’ait pas les moyens de se déployer dans le Golfe ou sur n’importe quel autre théâtre d’opérations lorsque cela est nécessaire, parce que la menace est là et que nous devons pouvoir y répondre. Ce choix, je l’assume totalement et pleinement ».  

 

Un BPC escorté par une FDA et une FREMM (

Un BPC escorté par une FDA et une FREMM (© MARINE NATIONALE)

 

Quatre frégates de premier rang supplémentaires

En matière de frégates, le format de la marine française fixé lors du dernier Livre Blanc sur la défense n’est plus que de 15 unités de premier rang, en incluant les cinq La Fayette (FLF). Un objectif qui doit être atteint avec 2 frégates de défense aérienne (FDA) du type Horizon déjà en service, 8 frégates multi-missions (FREMM) dont 3 ont été livrées (les autres le seront d’ici 2022 pour remplacer les F70) et 5 nouvelles frégates de taille intermédiaire (FTI), livrables à partir de 2023 pour succéder aux FLF. Une capacité insuffisante au regard des enjeux et menaces, estime très lucidement Bruno Le Maire, qui prône par conséquent un renforcement des moyens de la flotte française, avec une ambition qui ramènerait par exemple la Marine nationale au niveau de ses homologues britannique et italienne, alignant chacune une vingtaine de frégates et destroyers (ce qui était aussi le format français avant 2008). « Je souhaite que nous renforcions les capacités anti-sous-marines par l’acquisition de trois frégates multi-missions supplémentaires. Je souhaite que nous acquérions six frégates de taille intermédiaire qui sont capables de couvrir tout le spectre des missions et de garantir la protection de nos eaux territoriales », a affirmé Bruno Le Maire, qui souhaite également « que nous puissions acquérir au plus vite cinq patrouilleurs hauturiers pour l’action de l’Etat en mer ». Des OPV qui pourraient constituer la première phase du futur programme des bâtiments d’intervention et de surveillance maritime (BATSIMAR), dont la marine espère 12 à 15 exemplaires pour remplacer ses actuels avisos et patrouilleurs.

 

La FREMM Provence (

La FREMM Provence (© MARINE NATIONALE)

 

Maintenir le format et moderniser la dissuasion nucléaire

Dans son discours du 11 juillet, Bruno Le Maire a également affirmé son attachement à la dissuasion nucléaire et au maintien de ses capacités comme de sa déclinaison en deux composantes : « La dissuasion est une garantie de sécurité dans un monde instable et la dissuasion, c’est surtout le noeud de notre indépendance. Sans dissuasion nucléaire, il n’y a plus d’indépendance pour les forces armées françaises. Sans dissuasion nucléaire, il n’y a plus de parole politique qui porte autant au Conseil de sécurité des Nations unies. Sans dissuasion nucléaire, il n’y a plus de possibilité de parler d’égal à égal avec la Russie, avec la Chine, avec les Etats-Unis. Je veux donc que nous maintenions intacte notre capacité de dissuasion nucléaire. Cela suppose évidemment de maintenir ses deux composantes : la composante sous-marine mais aussi la composante aéroportée. Je sais qu’elle fait débat. Je sais  que certains estiment qu’elle est peut-être devenue superflue. Je ne partage pas du tout cette appréciation. Je considère, au contraire, que le maintien d’une composante aéroportée est la condition de notre crédibilité nucléaire parce que cette composante aéroportée est celle qui nous permet de lancer l’ultime avertissement et donc de crédibiliser la dissuasion présente sur les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins ».

Concernant les SNLE, dont quatre sont en service au sein de la Marine nationale, le candidat dit vouloir « garantir le maintien de la permanence à la mer », ce qui passe donc par un maintien de ce format, et souhaite également engager « les travaux de rénovation de l’Île Longue qui en a bien besoin. Cela sera aussi le signal de l’attachement que nous portons aux SNLE ».

 

SNLE du type Le Triomphant (

SNLE du type Le Triomphant (© MARINE NATIONALE)

 

Développer une défense antimissile balistique

Par ailleurs, devant la prolifération des missiles balistiques, Bruno Le Maire appelle à « engager les travaux de recherche pour faire faire à nos défenses antibalistiques les progrès indispensables face au réarmement de la Russie et de la Chine. C’est également un point clef pour maintenir notre dissuasion à la pointe de la nouvelle technologie ».

Définir le successeur de l’ASMPA

Enfin, il dit souhaiter le renouvellement de l’armement nucléaire air sol moyenne à portée amélioré (ASMPA) « pour avoir soit des missiles furtifs, soit des missiles hyper véloces capables, eux aussi, de traverser les nouvelles défenses anti-missiles. Tous ces choix doivent nous permettre de maintenir intacte notre capacité de dissuasion nucléaire militaire, donc notre indépendance politique, donc la force militaire de notre nation ».

 

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Rafale emportant un ASMPA (© ARMEE DE L'AIR)

 

Bruno Le Maire s’est, bien entendu, aussi exprimé sur les autres armées, estimant par exemple que 40 Rafale supplémentaires devaient être acquis, l’actuel Livre Blanc fixant pour mémoire à 225 le nombre d’avions de combat pour l’armée de l’Air et l’aéronautique navale. Il plaide aussi pour que les effectifs des forces terrestres soient portés de 77.000 à 107.000 hommes de 2017 à 2027 (soit une division Scorpion de 20.000 soldats, une brigade aéroterrestre de 4000 hommes, un millier de commandos supplémentaires et 5000 postes de plus pour la logistique, la maintenance et le commandement). Voir ci-dessous l’intégralité de son discours, ainsi que le carnet de Défense d’Alain Juppé, autre candidat à la primaire de la droite, qui a livré récemment ses réflexions sur l’outil français de Défense mais n’est pas, pour sa part, rentré dans les détails :

 

 

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