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Câble France-Irlande : le projet va entrer dans sa phase opérationnelle

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Câble France-Irlande : le projet va entrer dans sa phase opérationnelle

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La Commission européenne a signé, le 3 décembre, la convention de subvention pour le projet de câble entre l’Irlande et la France. Sur un budget total de 930 millions d’euros, elle apporte une enveloppe de plus de 530 millions pour le « Celtic Interconnector », reconnu Projet d’intérêt commun (PIC) depuis 2013. Le reste de l’enveloppe est financé par les deux porteurs du projet : le gestionnaire du réseau public français RTE (Réseau de transport d’électricité), à hauteur de 35 %, et son homologue irlandais EirGrid (65 %). La convention a été signée par François Brottes, président du directoire de RTE et Mark Foley, directeur général d’EirGrid avec l’Innovation and Networks Executive Agency (INEA).

Le financement bouclé, le projet entre dans une phase opérationnelle. Une étude d’impact doit s’achever en 2020. Elle sera suivie d’une enquête publique en 2021. Les autorisations sont attendues pour fin 2021, tandis qu'approvisionnements et travaux s’étaleront sur 2022-2025, avant une mise en service envisagée en 2026.

Première liaison directe vers le continent

Ce doit être la première liaison électrique directe entre l’Irlande et l’Europe continentale. L’île n’est actuellement reliée au continent que via la Grande-Bretagne. Le projet initié à partir de 2012 répond à plusieurs enjeux. Tout d’abord favoriser le développement des énergies renouvelables. L’Irlande mise sur l'éolien, qui devrait représenter 40 % de sa production électrique l’an prochain, et pourrait chercher à en exporter vers la France où les régimes de vent sont différents. Ensuite, sécuriser l’approvisionnement électrique pour les deux pays. En 2017, la Bretagne avait failli se trouver privée d’électricité lors d’une grande vague de froid. Ou encore, favoriser la circulation des flux d’électricité en Europe. L’Irlande cherche à être plus indépendante énergétiquement dans le contexte du Brexit. 

Cette liaison à courant continu (HVDC) reliera le poste électrique 220.000 volts de Knockraha en Irlande (région de Cork) au poste 400.000 volts de La Martyre en France (Finistère). Soit 575 km de long (dont environ 500 km sous la mer), avec une capacité de 700 MW (la consommation de 450.000 foyers), permettant un échange direct d’électricité entre les deux pays.

L’ensemble du dispositif se présente comme suit : une liaison sous-marine à courant continu composée de deux câbles de 10 à 15 cm d’épaisseur, des liaisons souterraines à courant continu, une chambre d’atterrage sur chaque rive pour relier les tronçons sous-marins et souterrains, deux stations de conversion pour transformer le courant continu en courant alternatif et se raccorder au réseau de transport d'électricité, une liaison souterraine en courant alternatif entre chaque station de conversion et le poste électrique de raccordement au réseau de transport d’électricité.

Une zone peu profonde

L’attribution de cette subvention succède à une récente phase de « pré-développement » comprenant des études économiques et techniques, notamment marines. Des campagnes d’études géotechniques et géophysiques ont été menées, notamment en 2017 et 2018. Elles ont permis de détecter d’éventuels engins pyrotechniques, puis de faire des sondages dans le fond marin dans le but d’optimiser le tracé du câble électrique et les conditions d’enfouissement et de protection.

La zone sous-marine traversée est relativement peu profonde, n’excédant pas 110 mètres. En revanche, les études géophysiques ont montré la présence de dunes sous-marines. Cela représente une difficulté en termes de pentes et de mobilité des fonds.

Six routes maritimes ont d’abord été repérées, avec deux points d’arrivée possible : la rade de Brest ou le littoral du Haut-Léon, dans le Finistère Nord. La deuxième solution a été privilégiée à la rade de Brest (moins de trafic maritime, nature des fonds marins pour entrer dans la rade, risques liés à la proximité de zones de dépôts de munitions, présence de câbles militaires transversaux non identifiés, important trafic maritime, contraintes environnementales, nombreux usages dans la rade, tissu urbain dense). Finalement, il arrivera sur la commune de Cléder.

D’autres projets de câbles

Ce n’est pas le seul projet de câble sous-marin auquel participe RTE. Le câble IFA2, d’une capacité de 1000 MW et d’une longueur d’environ 230 km (dont 200 sous la mer), avec l’Angleterre, doit entrer en service au second semestre 2020. Il lie la région de Southampton à la commune de Bellengreville, au sud-est de Caen.

Surtout, un important projet est en cours sur le golfe de Gascogne. D’un coût d’1.8 milliard d’euros (subventionné à hauteur de 578 millions d’euros par la Commission européenne), il doit interconnecter la région de Bordeaux, depuis Cubnezais, à celle de Bilbao, à Gatika. Cette liaison de quatre câbles doit porter 2200 MW (pour atteindre 5 000 MW avec l’Espagne) sur 370 km, dont 280 km sous l’eau. Sa mise en service initialement prévue en 2025 a été reportée à 2026 pour des études complémentaires. En effet, des études géologiques des fonds marins ont mis en évidence une instabilité du sol, en bordure du canyon de Capbreton. Un nouveau tracé qui contourne cette zone créée par l'écartement de deux plaques tectoniques. Une campagne d’étude en mer est prévue au printemps.