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Caïman : la nouvelle capacité logistique, de surveillance et de combat du GAé
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Caïman : la nouvelle capacité logistique, de surveillance et de combat du GAé

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L’hélicoptère Caïman Marine, version française du NH90 NFH, est le tout dernier ajout au groupe aérien embarqué (GAé) du Charles de Gaulle. Les premiers appareils de ce type sont opérationnels dans la Marine nationale depuis 2011, d’abord livrés dans un standard intérimaire (Step A). Il s’agissait de remplacer en urgence les derniers Super Frelon, hors d’âge, dans leurs missions de sauvetage en haute mer et de transport opérationnel, tout en disposant d’une première capacité de surveillance maritime (radar, boule optronique) et de lutte antisurface. Puis, à partir de la fin 2012, les capacités du standard Step B sont progressivement entrées en service, notamment celles liées à la lutte anti-sous-marine : sonar trempé et bouées acoustiques avec système de traitement du signal, ainsi que des torpilles MU90. En 2016, l’hélicoptère a aussi intégré sa configuration radar finale, comprenant l’ajout de différentes fonctionnalités (cartographie, enregistreur FLIR et capacités radar améliorées – meilleure discrimination, mode air/air). En plus des Super Frelon, le Caïman Marine succède aux vieux Lynx. Il embarque sur les frégates multi-missions (FREMM) et les frégates de défense aérienne (FDA).

 

Caïman Marine sur une frégate (© : MARINE NATIONALE)

Caïman Marine sur une frégate (© : MARINE NATIONALE)

Caïman Marine (© : MARINE NATIONALE)

Caïman Marine (© : MARINE NATIONALE)

 

Un hélicoptère conçu pour embarquer sur des bateaux

Pour la mise en oeuvre sur bâtiments de surface, le NH90 NFH (Nato Frigate Helicopter) est doté d'un train d'atterrissage renforcé, d'un harpon qui vient se fixer dans le grille d’appontage pour maintenir l’hélicoptère sur la plateforme, ainsi qu'un système automatique pour replier les pales et la poutre de queue afin de permettre le stockage dans l’espace réduit que constitue le hangar d’une frégate. Ce qui constitue aussi un atout pour le stockage sur le pont d’envol et dans le hangar du porte-avions.

 

Un Caïman sur la frégate Forbin (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Un Caïman sur la frégate Forbin (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Premier déploiement à bord du Charles de Gaulle en 2016

Embarqué avec succès sur les FDA puis les FREMM ces dernières années, le Caïman Marine a, pour la première fois, été intégré dans le groupe aérien embarqué du Charles de Gaulle à l’occasion de son dernier déploiement en date. C’était en Méditerranée orientale, fin 2016, au cours de la mission Arromanches 3 contre le groupe terroriste Daech.

 

Un Caïman sur le pont d'envol du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Un Caïman sur le pont d'envol du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Caïman sur Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

Caïman sur Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

 

Pendant plus de deux mois, un hélicoptère de la flottille 31F a œuvré aux côté des Rafale Marine et Hawkeye, ainsi que des hélicoptères Dauphin Pedro de la 35F chargés de la sûreté des manœuvres aviation et du sauvetage des équipages en cas de crash. L’arrivée à bord du Caïman a entrainé le départ des antiques Alouette III, qui assuraient jusque-là, aux côtés des Dauphin, la fonction de Pedro ainsi que des missions de liaison.

 

Caïman et Alouette III (© : MARINE NATIONALE)

Caïman et Alouette III (© : MARINE NATIONALE)

 

Mais il ne s’agit pas d’un remplacement à proprement parler puisque le Caïman est bien plus gros et lourd (près de 11 tonnes en chargement maximal contre 2 tonnes pour la petite Alouette et un peu plus de 4 tonnes pour le Dauphin). Il offre des capacités autrement plus importantes et apporte de nouvelles et précieuses possibilités au porte-avions.

Transport de fret et de personnel

D’abord, c’était l’intérêt principal, en matière de soutien logistique au porte-avions et même à l’ensemble du groupe aéronaval (GAN). Le NH90 embarqué sur le Charles de Gaulle était bien entendu l’un de ceux aptes aux missions de combat mais également optimisés pour le transport. Avec sa rampe arrière et sa vaste cellule, la machine, reconfigurable selon les opérations qu’elle doit effectuer, a été conçue pour pouvoir embarquer du personnel, soit en plus de l’équipage jusqu’à 14 personnes. Mais elle est également apte à transporter 2 tonnes de matériel, y compris un moteur M88 de Rafale ou de l’armement, allant si besoin jusqu’au missile nucléaire ASMPA mis en œuvre par les avions de combat du GAé. Le Caïman peut aussi convoyer jusqu’à 4 tonnes de fret sous sling. « Cette capacité de soutien au profit du GAN est très importante car, contrairement aux Américains qui embarquent sur leurs porte-avions des Greyhound (avions logistiques, ndlr), nous n’avions pas jusque-là, sur le Charles de Gaulle, de capacité logistique importante par voie aérienne. Désormais, avec le Caïman, nous pouvons réaliser des liaisons à grande distance pour acheminer du personnel et du matériel, non seulement entre le porte-avions et la terre, mais aussi entre les différents bâtiments de la force », nous expliquait en novembre 2016 le capitaine de corvette François, pilote de Caïman. L’officier était alors commandant en second de la 31F et chef du détachement déployé par la flottille sur le Charles de Gaulle.

 

Caïman sur l'un des ascenseurs du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Caïman sur l'un des ascenseurs du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Un outil de plus pour surveiller l’environnement autour du porte-avions

Mais au-delà du soutien logistique, ce déploiement fut aussi l’occasion d’expérimenter l’intégration au GAé du nouvel hélicoptère sur le plan tactique, dans le cadre de missions MISR (Maritime Intelligence Surveillance and Reconnaissance). Non seulement en profitant des liaisons effectuées avec la terre, qui permettent en cours de transit de surveiller la zone couverte par les senseurs et ainsi recueillir des informations, mais aussi lors de sorties dédiées à cette tâche. « Le Caïman est équipé de nombreux capteurs, dont un puissant radar panoramique optimisé pour la surveillance maritime, un système électro-optique et nous avons aussi des jumelles de vision nocturne. L’idée est donc de profiter aussi des capacités tactiques de cet hélicoptère, qui voit très loin et peut enrichir la situation en surface autour du groupe aéronaval. Pendant cette première mission à bord du Charles de Gaulle, nous avons testé ces capacités ainsi que l’interopérabilité avec le reste du GAé, par exemple comment s’intégrer entre des pontées et, plus généralement, au sein de la mécanique bien huilée que constitue le porte-avions ».

 

Caïman sur Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

Caïman sur Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

 

Des résultats « très positifs »

Au final, le bilan a été très bon selon le commandant François : « Les résultats sont très positifs et nous n’avons pas rencontré de problème particulier, le porte-avions est très satisfait et veut que cela soit pérennisé ». Avec évidemment, suite au retour d’expérience acquis lors de ce déploiement et l’expertise cumulée depuis plusieurs années sur les frégates, des réflexions quant au dimensionnement et aux emplois possibles du détachement NH90 sur le Charles de Gaulle. A l’avenir, le bâtiment pourrait par exemple embarquer deux Caïman, un en version transport et l’autre en version combat, afin d’apporter plus de souplesse d’emploi et une redondance en cas d’indisponibilité d’une machine. Bien sûr, ce serait aussi l’occasion d’accroître les capacités opérationnelles en jouant sur la présence de deux appareils. « Des kits de missions permettent de reconfigurer facilement l’hélicoptère et de passer rapidement d’une configuration combat à une configuration transport. La console de l’opérateur est par exemple un équipement plug and play, qui peut être démonté en seulement 30 minutes ».

 

Caïman dans le hangar du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Caïman dans le hangar du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

L’idée d’un pôle technique NH90 au profit du GAN

Sur le plan technique également, le Caïman et le détachement de la 31F (15 pilotes et techniciens à ce moment-là, au lieu de 12 pour les déploiements sur frégates) ont trouvé leur place à bord, notamment dans le hangar, où les aéronefs sont abrités et entretenus. « Nous avons profité des ateliers du porte-avions dont l’arrêt technique comprend de petites modifications au profit du NH90 ». Il s’agit par exemple d’ajouter des palans 3 axes pour la manutention des pales et moteurs, ou encore un banc spécifique de recharge de batteries. La présence à bord du porte-avions d’un « pôle » technique pour la maintenance de NH90 pourrait également, à l’avenir, faire l’objet d’une mutualisation au profit du GAN. Le porte-avions, grâce à ses importantes capacités logistiques, pourrait par exemple servir de « garage » aux différents hélicoptères embarqués de la force, via l’acheminement de pièces détachées ou le déploiement de personnel technique supplémentaire sur les frégates. Ou bien ramener sur le Charles de Gaulle une pièce défectueuse, y compris un moteur, la réparer dans les ateliers du porte-avions ou procéder à un échange standard.

 

A bord d'un Caïman décollant du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

A bord d'un Caïman décollant du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Un véritable aéronef de patrouille maritime

Le NH90 est un appareil extrêmement polyvalent et, sur le plan militaire, offre des capacités telles qu’il est considéré par les marins comme un véritable aéronef de patrouille maritime. En plus de son radar ENR, capable de détecter de très petits mobiles de surface et même un périscope de sous-marin, l’hélicoptère met en œuvre un sonar trempé FLASH, système développé par Thales et considéré comme le meilleur du genre actuellement en service. Pouvant plonger très profondément et doté d’un dispositif de déploiement et de ravalement du câble extrêmement rapide, il permet au Caïman de multiplier les stations sonar afin de débusquer un sous-marin. S’y ajoute un barillet permettant de déployer selon les paternes choisis des bouées acoustiques (une dizaine sont prêtes au largage dans le baillet et d’autres sont disponibles à bord en recharge). Les signaux recueillis par les bouées sont comme ceux du sonar analysés à bord de l’hélicoptère par un opérateur, qui dispose d’une console et d’un système de traitement acoustique. Pour l’attaque des sous-marins, le NH90 peut emporter deux torpilles légères MU90.

 

Deux Caïman équipés pour l'un d'une torpille et pour l'autre déployant un sonar FLASH (© : MARINE NATIONALE)

Deux Caïman équipés pour l'un d'une torpille et pour l'autre déployant un sonar FLASH (© : MARINE NATIONALE)

 

En matière de lutte antisurface, l’équipage s’appuie sur la puissance du radar pour détecter une menace, identifiée avec la boule optronique intégrée dans le nez de l’appareil. Les NH90 de la Marine nationale ne sont cependant pas aujourd’hui équipés de missiles antinavire, ce qui est par exemple le cas de leurs homologues italiens avec le Marte. Mais cela pourrait changer à l’avenir, sachant que la France développe avec le Royaume-Uni un nouveau missile antinavire léger aéroporté, l’ANL/Sea Venom, qui sera disponible à partir de 2020 dans la Royal Navy. Il sera probablement intégré au nouveau HIL Marine (H160), qui succèdera aux Panther à la fin de la prochaine décennie, mais pourrait si besoin l’être également sur les Caïman. On notera par ailleurs que, techniquement, le NH90 est également conçu pour pouvoir mettre en œuvre des Exocet AM39, aucune marine n’ayant cependant encore souhaité développer cette configuration. En attendant l’éventuelle intégration d’une arme antinavire sur la plateforme française, celle-ci peut agir au profit de la chasse embarquée ou des frégates afin de localiser et identifier des cibles, tout en pouvant servir à la veille avancée pour le recalage de missiles antinavire, en particulier des Exocet MM40 tirés à longue portée par des bâtiments de surface.

Multi-missions

On notera que l’appareil est en mesure de réaliser simultanément, au cours d’une même mission, des fonctions antinavire et anti-sous-marine. Dans ce cas, une seconde console peut être installée dans la cabine afin de disposer à bord de deux opérateurs, les « SENSO », soit un pour chaque tâche. « La seconde console sert à un instructeur pour la formation mais on peut aussi l’embarquer pour les vols multi-missions complexes qui conjuguent antinavire et ASM. A l’arrière, les SENSO mettent en œuvre les senseurs, ils décident par exemple, pour l’ASM, des paternes à effectuer pour le largage des bouées et de la profondeur d’immersion du sonar lors des séquences de déploiement du FLASH. Les informations traitées sont ensuite envoyées à l’avant au coordinateur tactique, qu’on appelle TACO et qui est installé à côté du pilote. Une fois les pistes et échos identifiés, le TACO décide de diffuser ou non les informations au reste de la force, selon l’intérêt de celles-ci », nous expliquait en novembre 2016 l’enseigne de vaisseau Benjamin, TACO au sein de la 31F. C’est le TACO qui décide, en fonction de la situation tactique et de ce qui est recherché, d’envoyer l’hélicoptère dans telle ou telle zone. Il sert également d’assistant au pilote et peut même le suppléer en cas de problème : « Grâce aux automatismes de cet appareil, il peut ramener l’hélicoptère vers une piste terrestre ».  

Une machine très puissante, stable et manoeuvrante

Selon le commandant François, le Caïman est d’ailleurs un appareil au comportement et à la manœuvrabilité assez exceptionnels. « Le rapport poids/puissance est meilleur que celui du Lynx, qui était pourtant réputé comme très puissant. Même quand il fait chaud, nous n’avons pas de limite de puissance quand l’appareil est plein et chargé au maximum, il y a toujours suffisamment de puissance pour décoller. Mais on ne ressent pas cette masse avec cet hélicoptère, qui est très manœuvrant ». L’appareil, qui bénéficie d’un pilote automatique 4 axes très perfectionné, va exactement là où on le lui commande et peut suivre seul différentes séquences, par exemple une station sonar. Très puissant grâce à ses deux turbines Rolls-Royce-Turbomeca RTM 322, de 2400 cv chacune, le NH90 est de plus particulièrement stable grâce aux commandes de vol électriques. « C’est un hélicoptère très automatisé et multi-rôle, où l’emploi de chaque senseur est optimisé en fonction des missions. Grâce à cette machine, on peut faire énormément de choses avec peu de personnes à bord. En fait, on peut faire quasiment la même chose qu’un Atlantique 2, mais nous n’avons pas la même endurance sur zone ni les mêmes capacités d’emport. Nous sommes donc complémentaires ». Un avis partagé par un autre pilote de Caïman, celui que nous avions rencontré à la même époque à bord de la frégate de défense aérienne Forbin, alors déployée avec le Charles de Gaulle au large des côtes syriennes (voir notre reportage à bord de la FDA).

Le Caïman Marine apporte de nouvelles capacités et se révèle être un outil extrêmement précieux. C’est une nouvelle corde à l’arc des bâtiments qui en disposent mais aussi du groupe aéronaval, où il travaille de concert avec les autres moyens mis en œuvre par les frégates, les avions du GAé ou encore les Atlantique 2 et demain des drones. Un ensemble qui œuvre de manière coordonnée et, grâce aux liaisons de données et évolutions technologiques, s’inscrira de plus en plus dans un ensemble opéré en réseau.

 

(© : MARINE NATIONALE)

(© : MARINE NATIONALE)

 

27 hélicoptères en flottilles d’ici 2021

Cet hiver, l’aéronautique navale doit toucher son 22ème hélicoptère de ce type, sur un total de 27 commandés (la marine en souhaiterait 30 à terme). Les cinq derniers du programme tel qu’actuellement notifié seront livrés d’ici 2021, les premières machines étant progressivement mises à niveau des plus récentes. 14 appareils doivent ainsi être modernisés d’ici 2023 par Airbus Helicopters, les travaux durant de 12 à 18 mois selon les versions d’origine. Par ailleurs, la marine et les industriels continuent de travailler pour améliorer le taux de disponibilité des Caïman Marine. En effet, même si ses capacités opérationnelles sont unanimement saluées par les militaires, la machine souffre depuis ses débuts de problèmes de maintenance. Un défaut de jeunesse qu’il faut impérativement corriger, ce qui est en train d’être fait assure Airbus (voir notre article à ce sujet).

Les Caïman Marine sont pour mémoire répartis en deux flottilles, la 31F basée à Hyères et la 33F stationnée à Lanvéoc-Poulmic, près de Brest.

 

Marine nationale