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Caïman Marine : Retrofit des premières machines et projet d'accroître le parc
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Caïman Marine : Retrofit des premières machines et projet d'accroître le parc

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La flotte de Caïman Marine, version française du NH90 NFH (Nato Frigate Helicopter), continue de s’étoffer. D’ici la fin de l’année, le consortium NH Industries aura livré à l’aéronautique navale deux nouveaux appareils, produits sur le site Airbus Helicopters de Marignane. Il s’agit des 21ème et 22ème d’une commande comprenant pour le moment 27 machines, les cinq dernières devant être réceptionnées d’ici 2021 par la Marine nationale. La série pourrait néanmoins être légèrement prolongée, des discussions étant en cours entre l’industriel et le ministère des Armées pour l’acquisition, à terme, de quelques Caïman Marine supplémentaires. L’idée est de porter le parc à 30 hélicoptères, ce qui ne constitue pas une dépense considérable mais, fait remarquer une source proche du dossier, ce projet n’est pas inscrit dans la nouvelle loi de programmation militaire. A moins d’une modification de celle-ci d’ici 2025, ces machines supplémentaires, si elles sont notifiées, pourraient donc être livrées sur la LPM suivante.

Cela offrirait en tous cas à la Marine nationale plus de souplesse pour ses opérations, de nombreuses missions étant confiées à ses nouveaux hélicoptères : lutte antisurface et anti-sous-marine, opérations spéciales, logistique du porte-avions, sauvetage en mer et surveillance des approches maritimes, lutte contre les trafics illicites… Cela, depuis des bases terrestres (Lanvéoc-Poulmic, Hyères et Cherbourg) et lors d’embarquement sur des frégates (FREMM, Horizon et à l’avenir FTI) et à bord du Charles de Gaulle.

Or, les Caïman Marine, qui succèdent aux anciens Super Frelon et aux derniers Lynx (16 encore en parc) sont loin de remplacer nombre pour nombre leurs aînés, dont 41 exemplaires étaient présents dans l’aéronautique navale en 2005 (9 Super Frelon, 32 Lynx).

14 machines à retrofiter

En attendant, Airbus Helicopters est mobilisé sur le programme de retrofit des premiers Caïman Marine, qui avaient été livrés à la flotte française sans toutes leurs capacités. Afin de répondre au besoin urgent de remplacement des Super Frelon pour les missions de sauvetage en mer, les 7 premiers hélicoptères étaient sortis d'usine dans un standard provisoire, dit Step A, entré en service en décembre 2011. Puis, fin 2012, le Step B était arrivé, la qualification des nouvelles capacités (sonar trempé, torpilles…) intervenant progressivement. Après la livraison de 7 Caïman Step B, les hélicoptères suivants, réceptionné à partir de 2016, furent produit en configuration radar finale (FRC), comprenant l’ajout de différentes fonctionnalités (cartographie, enregistreur FLIR et capacités radar améliorées – meilleure discrimination, mode air/air).

L’objectif est maintenant de mettre à niveau les 14 premières machines au standard le plus récent. Les travaux, très lourds puisqu’il faut mettre à nu chaque hélicoptère pour travailler sur la structure et intégrer de nouveaux équipements, durent environ 18 mois pour un Step A et 12 à 14 mois pour un Step B. Ils sont en cours à Marignane, où Airbus achève la rénovation d'un premier appareil, le Caïman Marine 02. Trois autres sont déjà en chantier, l’objectif de l’industriel étant de traiter les 14 appareils d’ici 2023. On notera qu’Airbus doit aussi moderniser les quatre NH90 NFH livrés à la marine belge.

La question du taux de disponibilité

Ce programme de mise à niveau permettra à la flotte française d’accroître les capacités de combat de ses hélicoptères par rapport à la situation actuelle. Mais il pèse aussi sur le taux de disponibilité de la flotte en service, une partie de celle-ci (actuellement 20% du parc) étant donc immobilisée pendant de longues périodes pour conduire ces travaux. La question de la disponibilité des appareils reste d’ailleurs un sujet très sensible, les militaires s’étant plaints ces dernières années du faible nombre de machines opérationnelles. Les industriels ont été sommés d’améliorer la situation et de corriger certains problèmes techniques, considérés comme des défauts de jeunesse du nouvel appareil. Des progrès ont été accomplis depuis et, chez Airbus, on souhaite dénoircir le tableau et donner quelques précisions sur certains modes de calcul : « Les chiffres du ministère sont basés sur l’ensemble des machines en parc, y compris celles en rénovation comme c’est le cas sur les NFH de la marine, ce qui pour une petite flotte d’une vingtaine d’hélicoptères, pèse immédiatement sur les résultats. Les chiffres s’expliquent aussi par le fait qu’un appareil n’est pas considéré comme disponible si certains de ses équipements ne sont pas fonctionnels, comme le radar, alors même qu’il peut quand même voler. En revanche, quand on prend la disponibilité des machines en ligne dans les flottilles, la disponibilité de vol est maintenant bonne. Elle est par exemple au-dessus de 80% sur les Caïman embarqués sur les bateaux », affirme-t-on chez Airbus.

Une maintenance plus efficace

Quoiqu’il en soit, que ce soit pour le Caïman ou d’autres hélicoptères de l’armée française, le groupe poursuit ses efforts en marge de la restructuration globale du MCO aéronautique initié par le ministère des Armées. Un centre de soutien militaire pour la France a notamment été créé à Marignane en 2015, suite à ce qui a constitué une vraie crise entre Airbus et l’Etat sur la question de la disponibilité des matériels. Un gros travail a depuis été conduit pour accroître la qualité et diminuer les délais. « La stratégie consiste en quatre axes : alléger la maintenance, améliorer la logistique, traiter les irritants techniques et réduire la durée des chantiers ». Sur le NH90, Airbus a ainsi travaillé sur un allongement significatif du laps de temps entre deux visites intermédiaires, qui n’interviendront plus, à partir de la fin 2018, que toutes les 900 heures de vol,  au lieu de 600 actuellement. « De cette manière nous allons réduire le nombre des arrêts techniques de 50% et la charge de maintenance de 15% ».

On reconnait toutefois chez Airbus que les Caïman Marine souffrent toujours de problèmes de corrosion liés à leur emploi dans un milieu maritime très agressif. Des modifications ont déjà été apportées afin d’atténuer ces problèmes, d’autres solutions étant à l’étude. En attendant, ces soucis continuent d’alourdir la maintenance : « Les NFH sont encore affectés par les problèmes de corrosion, qui peuvent faire monter la durée des visites intermédiaires à plus de 10 mois, contre 6 ou 7 pour les hélicoptères terrestres ».

 

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