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Canada : La dernière corvette du type Flower va être restaurée

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Canada : La dernière corvette du type Flower va être restaurée

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Plus vieux bâtiment militaire canadien et dernière des célèbres corvettes du type Flower, qui eurent un rôle crucial dans la lutte contre les sous-marins allemands lors de la bataille de l’Atlantique, le Sackville va bénéficier d’une aide financière fédérale pour assurer sa préservation. C’est ce qu’a annoncé le 26 janvier le gouvernement d’Ottawa. 3.5 millions de dollars vont être débloqués au profit du Fonds de commémoration de la marine canadienne, organisme à but non lucratif qui possède depuis bientôt 35 ans le bateau, transformé en musée à Halifax. La vielle coque a en effet grand besoin de travaux de restauration. Ceux-ci doivent être menés au pôle de maintenance Cape Scott de la base navale d’Halifax et, si tout va bien, être terminés l’été prochain. Le Sackville pourra alors être rouvert au public. « La marine gérera l’accord de contribution et utilisera les fonds pour couvrir les frais de réparation, y compris la main-d’œuvre, les matériaux et la sous-traitance », explique le ministère canadien de la Défense.

En service en décembre 1941

Construit aux anciens chantiers de Saint John, dans le New Brunswick, le Sackville a été lancé le 15 mai 1941 et mis en service le 29 décembre de la même année. Longue de 62 mètres pour une largeur de 10 mètres et un déplacement en charge de 950 tonnes, cette corvette pouvait atteindre 16 nœuds. Son armement comprenait un canon de 102mm, de l’artillerie légère et surtout des grenades anti-sous-marines.

Capables de traverser l’Atlantique, avec une autonomie de 3000 milles à 15 nœuds, les corvettes du type Flower avaient en effet pour mission de protéger contre les U-boote de la marine allemande les convois ravitaillant la Grande-Bretagne. Elles étaient pour cela équipées d’un sonar Asdic, d’hydrophones, de charges de profondeur et d'un pièce principale, les combats pouvant se dérouler lorsque les sous-marins évoluaient en surface. 

Disposer rapidement de bateaux d’escorte

Conçues sur la base d’un modèle de baleinier, les Flower sont issues de la volonté de la Royal Navy d’augmenter rapidement le nombre de ses bâtiments d’escorte alors que les sous-marins allemands font des ravages dans l’Atlantique. Le temps étant une donnée essentielle, il est décidé de fabriquer en série des bateaux simples, robustes et peu coûteux. Des bateaux qui pourraient vite compléter les destroyers, croiseurs et autres cuirassés de la flotte britannique, trop peu nombreux pour assurer l’escorte des convois marchands en plus de la protection des eaux anglaises (au moment où Hitler voulait envahir le Royaume-Uni), la chasse aux bâtiments de surface allemands et la maîtrise de la Méditerranée face aux Italiens. Cuirassés et croiseurs sont dans ce contexte considérés comme trop « précieux » pour cette besogne, surtout qu'ils sont obligés d'évoluer au même rythme que les navires de commerce qu'ils couvrent et constituent eux-mêmes des cibles de choix pour la Kriegsmarine.  

Une série de 269 corvettes

De 1940 à 1942, pas moins de 269 corvettes du type Flower sont construites, dont 123 dans les chantiers canadiens, notamment de Québec, de l’Ontario et de la Colombie Britannique. L’essentiel de ces bâtiments sont armés par la Royal Navy et la marine canadienne, mais certains sont aussi transférés à la flotte américaine lors de l’entrée en guerre des Etats-Unis. Les Forces Navales Françaises Libres (FNFL) du général de Gaulle en reçoivent également 9, dont l’Aconit, qui resta célèbre pour avoir coulé coup sur coup, le 11 mars 1943, deux sous-marins allemands.

Bien que petites et réputées très inconfortables, ces corvettes, qui avaient été au départ imaginées pour les escortes côtières avant d’être envoyées avec les convois à travers l’océan, se révélèrent redoutables pour les sous-marins allemands. Parmi les nombreux faits d’armes des Flower dans la bataille de l’Atlantique, on trouve d’ailleurs le Sackville. En août 1942, alors qu’il escortait un convoi vers l’Ouest, à 250 milles de Terre Neuve, le bâtiment engage en 24 heures trois U-boote. Deux d’entre eux sont mis hors de combat par la corvette canadienne.

Sauvé grâce à une conversion en navire océanographique

Après la guerre, de nombreuses Flower sont rapidement désarmées, vendues à d’autres marines ou ferraillées. Retiré du service au sein de la marine canadienne en 1946, le Sackville échappe à la destruction grâce à une conversion en navire fédéral océanographique dans les années 50. Une activité civile, en particulier dans le domaine des recherches halieutiques, qui lui permet de naviguer jusqu’en 1982. Compte tenu de sa valeur historique, l’ancienne corvette étant l’ultime survivante de classe Flower, le Fonds de commémoration de la marine canadienne est créé l’année suivante afin d’acquérir le Sackville et lui redonner son aspect de 1944. Depuis 1988, le bateau est classé monument national. Au-delà de la prise en charge financière des réparations qu’elle nécessite aujourd’hui, la corvette va faire l’objet d’un plan à long terme pour sa préservation. Il sera élaboré par le Fonds de commémoration et le ministère canadien de la défense.

 

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