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Cap sur l’Antarctique (6/10) : La station de Port Lockroy

En ce sixième jour de voyage vers l’Antarctique, pour la première fois, on découvre une météo bien plus conforme aux conditions régnant habituellement dans cette région. Le temps est bouché et des bourrasques de neige balayent le pont de L’Austral, le navire de la Compagnie du Ponant sur lequel nous réalisons cette expédition. Décidemment, cette neige en pleine mer procure une surprenante sensation. Dans la baie de Dallmann, au petit matin, quelques courageux se sont levés pour partir en Zodiac autour des îles Melchior. Forcément, après les journées ensoleillées que nous avons vécues les jours précédents, la visibilité est nettement moins bonne mais les participants à cette sortie auront au moins pu apercevoir leurs premiers manchots à jugulaires perchés sur des rochers battus par la mer. Le temps ne permet toutefois pas de s’éterniser dans cette zone. Au cours de la matinée, L’Austral s’engage dans le canal Neumayer, mince passage long d’une trentaine de km et large de 2.5 km, qui se révèle finalement praticable, même s’il faut bien entendu slalomer entre les glaces. Nous allons donc pouvoir rejoindre Port Lockroy, prochaine étape de notre périple.

 

 

La baie de Dallmann (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La baie de Dallmann (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La baie de Dallmann (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Un groupe revient de l'île Melchior (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La baie de Dallmann (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La baie de Dallmann (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le canal Neumayer (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Dans le canal Neumayer (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le canal Neumayer (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le canal Neumayer (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le canal Neumayer (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Le plafond est bas et des nuages menaçants emplissent le ciel, dévoilant toutefois, de temps à autre, une partie du relief. A certains moments, ils enveloppent le haut des montagnes, dont les versants enneigés se détachent au dessus de la mer. Certes, le temps est loin d’être extraordinaire mais la vue ne manque pas de beauté, d’autant que la grisaille fait mieux ressortir la blancheur et la base d’un bleu turquoise de certains icebergs à la dérive. Alors qu’une vingtaine de passagers, bien emmitouflés, profitent du spectacle sur les ponts extérieurs, une silhouette de navire apparait à quelques milles sur l’avant de L’Austral. Il s’agit d’un autre bateau de croisière, le Clipper Adventurer, qui émerge de la brume tel un vaisseau fantôme. Une impression qui perdure lors de son approche. La neige continue de tomber, il n’y a pas un bruit et le petit navire, lorsqu’il arrive finalement à notre hauteur, donne l’impression d’être désert. Contrairement à L’Austral, on dirait qu’il n’y a pas âme qui vive à bord, personne sur les extérieurs, aucun mouvement sur les ponts. Enigmatique, le Clipper Adventurer poursuit sa route. Malgré la présence d’une quinzaine de navires d’expédition en Antarctique, ce type de rencontre est en fait assez rare puisque les conventions en vigueur stipulent que deux bateaux ne peuvent se trouver simultanément à un même endroit pour débarquer leurs passagers. On ne peut donc apercevoir d’autres navires qu’en navigation ou, comme c’est arrivé en cette fin de journée à Port Lockroy,  lorsqu’un bateau succède à un autre sur un site.

 

 

Le Clipper Adventurer  (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le Clipper Adventurer (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le Clipper Adventurer (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Dans le canal Neumayer (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Dans le canal Neumayer (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

L'Austral à Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

L'ancienne base britannique transformée en musée

 

Après avoir franchi le canal Neumayer, L’Austral arrive à Port Lockroy. Nichée dans une baie, la petite station a été créée en 1944 lors de l’opération militaire britannique Tabarin, qui visait  à occuper en permanence des bases en Antarctique. Après la seconde guerre mondiale, le site a été dédié à la science, plus particulièrement dans le domaine des recherches sur l’atmosphère et l’ionosphère. Occupé presque continuellement jusqu’en janvier 1962, Port Lockroy compte les plus anciennes structures britanniques de la région, en l’occurrence la station d’origine, Bransfield House, et le bâtiment principal de la base. L’endroit a, en fait, été découvert par Charcot en 1904 et baptisé du nom d’un bienfaiteur de l’expédition française. Puis, avant l’arrivée des soldats de sa gracieuse majesté, Port Lockroy, bien positionné car abrité des vents et donnant sur une baie peu profonde, a été utilisé dans les années 30 par les pêcheurs, qui venaient y dépecer les baleines.

 

 

La station de Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

L'Austral à Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

L'Austral à Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Manchot papou à Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Phoque de Weddell à Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Débarquement à Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Débarquement à Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La station de Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La station de Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La station de Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Manchots papous à Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Trente-deux ans après son abandon, alors que les bâtisses étaient presque détruites, la réparation de la base et sa conservation en tant que site historique ont débuté en 1996, avec pour objectif de permettre aux visiteurs d’appréhender les conditions de vie dans une station antarctique au cours des années 50 et 60. On y découvre, ainsi, les lieux de vie, les dortoirs, la cuisine et son garde manger, les locaux de travail… « La base a, ainsi, pu être préservée, avec les équipements scientifiques et même les boites de conserve de l’époque. Une petite équipe est présente durant l’été pour accueillir les visiteurs et faire découvrir l’endroit », explique Cat, une jeune Britannique appartenant à cette équipe, qui reçoit la visite, pendant la saison estivale, de nombreux touristes issus du développement des croisières en Antarctique. 

 

Toujours très pragmatiques, les Anglais, afin de contribuer au financement de la préservation du site, on fait de Port Lockroy non seulement un musée, mais également la seule boutique de souvenirs du secteur ! Porte-clés, peluches, images, magnets, tee-shirts, bonnets et autres cartes que l'on peut poster sur place…  Même si ces produits sont pour la plupart « made in China », le simple fait qu’ils soient estampillés « port Lockroy » ou « Antarctica » suffit au bonheur des touristes, qui font tourner ce petit commerce avec un dynamisme à faire pâlir de jalousie les vendeurs de souvenirs de stations balnéaires. D’autant qu’ici, malgré le fait que nous soyons au bout du monde, tous les modes de paiement sont acceptés, y compris la carte de crédit !

 

Le musée de Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Passagers écrivant des cartes postales (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La boutique de Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

La vie à la station

 

Cet hiver, Port Lockroy compte six habitants, dont cinq femmes, qui profitent des escales de navires pour prendre un bon repas et une douche bien chaude. Sur la base, les conditions de vie demeurent en effet assez spartiates, la durée de la mission étant de 5 mois. « La vie est très simple. Nous n’avons pas l’eau courante. Pour nos besoins, qui sont d’environ 10 litres par jour, nous dépendons des conteneurs amenés par les bateaux. Pour la nourriture, nous n’avons pas de produits frais car nous ne pêchons pas. C’est porridge le matin et conserves pour les repas. Heureusement, nous avons beaucoup de visites durant l’été austral, avec un à deux navires de croisière chaque jour, et nous sommes régulièrement invités à bord », explique Cat. Ce soir, les cinq femmes de l’équipes sont sur L’Austral, la garde de la station étant confiée à leur collègue. Dans le théâtre puis au salon, les filles de Port Lockroy expliquent avec enthousiasme leur vie sur la station. « Nous nous répartissons les tâches, comme la cuisine, le nettoyage et les réparations, chacun notre tour. On pourrait imaginer que l’on s’ennuie sur un lieu isolé comme celui-ci mais, depuis le début, nous n’avons pas eu une heure à nous. Il y a toujours quelque chose à faire, notamment de la peinture et de la menuiserie pour entretenir le site. Et, comme il n’y a pas de nuit, c’est assez dur de s’arrêter ! »

 

 

Les cinq filles de Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Envie de se couper du monde, de s’évader, de vivre une expérience extraordinaire, de préparer une carrière professionnelle… Scientifiques, étudiantes ou simplement passionnées de l’Antarctique, ces jeunes femmes ont des profils très variés et viennent de différents horizons. Elles ne sont d’ailleurs pas toutes britanniques. Il y a une Allemande dans l’équipe et, dans deux mois, une Chypriote doit rejoindre la base. Ylva, qui en est à sa deuxième saison à Port Lockroy, dit aimer « la simplicité de la vie et le fait de pouvoir partager avec les gens qui viennent nous rendre visite. J’ai une fascination pour cet endroit. On dit souvent que l’on apprend qui l’on est en Antarctique et qu’on y attrape le virus de la glace. Je crois que c’est mon cas ».

Dépourvue de bateau, car il en faudrait au moins deux pour pouvoir mener un sauvetage et cela serait compliqué pour l’entretien des embarcations, l’équipe dépend totalement du monde extérieur. Il y a les navires de croisière en escale, mais aussi quelques relations avec la base la plus proche, la station américaine Palmer, qui compte à cette saison une quarantaine de chercheurs étudiant la biologie, notamment le krill. Bien que n’étant plus une structure scientifique, Port Lockroy sert quand même encore à des recherches en parallèle, ou à cause, de ses activités de musée. Une étude est, ainsi, en cours sur la cohabitation des manchots avec les hommes. « Les manchots sont arrivés ici après les humains et une petite colonie de papous a décidé de s’installer. Une moitié de l’île est interdite aux hommes et nous observons la différence avec l’autre partie, où nous nous trouvons. Les manchots ont construit leurs nids au pied des bâtiments et partagent ce lieu avec nous. On fait très attention à ne pas les perturber. Ils ont par exemple leurs propres chemins, tracés dans la neige, ils y sont très habitués pour circuler et, si par mégarde ont obstrue ce passage, il se forme un bouchon de manchots, comme en cas d’embouteillage sur une route », expliquent Cat et Ylva.  A terre, cette cohabitation de l’humain avec les animaux est assez étonnante. Imperturbables, les manchots semblent avoir la même vie que sur les sites sauvages que nous avons précédemment visités. Ils nichent dans des endroits improbables, chassent les cailloux pour construire leurs nids et effectuent pour cela le parcours du combattant, tout comme pour rejoindre la mer et se nourrir. Non, à première vue, à l’exception des petites maisons plantées dans le décor, la vie des papous parait identique. La présence de l’homme impacte-t-elle le comportement des papous ? « Pour le moment, il n’y a pas une grande influence », affirme Cat.

 

 

Manchots papous à Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Manchot papou à Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Nids de manchots papous à Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Manchot apportant un caillou à son nid (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Manchot apportant un caillou à son nid (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Nids de papous à Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Nid de papous à Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Manchot papout entourré de Chionis blancs (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

D’autres animaux savent, en revanche, profiter de la présence des humains, comme les Chionis, pour améliorer leur quotidien. Ces oiseaux blancs à la tête très particulière sont à l’affut du moindre objet laissé sans surveillance. « Les Chionis volent tout ce qui traine et ramènent les objets dans leurs nids », explique Judith. C’est ainsi que des lunettes de soleil, disparues depuis des semaines, ont récemment été retrouvées dans un nid de Chionis !

C’est sur cette anecdote faisant rire toute l’assistance que les filles de Port Lockroy quittent le navire dans de grands saluts chaleureux. Il est en effet temps, pour elles, de rejoindre leur collègue et de se préparer à accueillir demain les prochains visiteurs, embarqués sur le Bremen, qui vient de prendre son mouillage dans la baie pour passer la nuit.

 

 

Le Bremen à Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le Bremen à Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

« Un bonheur immense, bien au-delà de ce que j’imaginais »

 

Malgré une météo maussade, la visite de Port Lockroy, suivie d’une petite sortie en Zodiac dans la baie, au pied des falaises de glace et des plages occupées par les manchots et les phoques, ainsi que les échanges avec les jeunes femmes qui occupent la base, offre une nouvelle journée de découverte très réussie. Une expérience complémentaire de ce que nous avons vécu jusque là, qui permet de mieux comprendre cet environnement si particulier. Alors qu’il ne reste plus que quelques jours pour profiter des merveilles de l’Antarctique, à table, pour le dîner, on commence déjà à dresser un premier bilan. La quarantaine rayonnante, Maryse, qui a entrepris ce périple seule, se dit conquise. « Ce voyage va au-delà de ce que j’imaginais, c’est un bonheur immense. Je ne pensais pas que l’Antarctique était aussi majestueux. C’est grisant, fascinant. J’avais envie de solitude, besoin d’espace et de lointain. Là, on a vraiment le sentiment d’être au bout du monde, ça redonne la dimension de l’homme, qui est bien peu de chose face à l’immensité de ces lieux et des millénaires d’histoire qui les ont forgés ». Comme la plupart des passagers, Maryse restera notamment marquée par les manchots. « C’est une très belle rencontre. Il y a une relation forte, touchante, avec un grand respect pour ces animaux qui, par leur comportement, leur façon d’être, rappellent les hommes. Les rencontrer est un véritable choc. Je ne pensais pas les voir de si près et si nombreux dans les colonies. J’ai été très émue par la couvaison, par ces manchots qui ramassent les petits cailloux et les transportent au prix d’un effort incroyable jusqu’à leur nid. On les voit chuter, se relever, tomber de nouveau, mais ils persévèrent et ne lâchent pas le caillou, c’est une belle leçon ». (A suivre...)

 

 

VOIR LES PRECEDENTS EPISODES DE CE REPORTAGE:

 

(1/10) : Ushuaia et la Terre de Feu

 

(2/10) : Navigation dans le Passage de Drake

 

(3/10) : Icebergs en vue !

 

(4/10) : Au royaume des manchots

 

(5/10) : Des panoramas grandioses

 

 

Manchots papous à Port Lockroy (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Arctique et Antarctique Compagnie du Ponant