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Cap sur l'Antarctique (8/10) : L'île de la Déception

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4h30 du matin en ce 8ème jour de traversée vers l’Antarctique à bord de L’Austral. Le réveil sonne et il faut se préparer pour l’escapade sur l’île de la Déception. Un coup d’œil à l’extérieur permet de constater que la météo n’est pas trop mauvaise, du moins pour la région. Le ciel est gris, quelques flocons tombent sur la mer et le froid pique la peau. Mais la visibilité est plutôt bonne et la mer peu agitée. Au grand salon situé à l'arrière du navire, une quarantaine de courageux s’est levée pour partir à l’assaut de Baily Head. Café et chocolat chaud, ainsi que des viennoiseries, sont servis pour faciliter le réveil en vue de l’expédition qui nous attend. On ne sait d’ailleurs toujours pas si le débarquement sera possible. « En fait, la plage est généralement accessible une fois sur cinq », confie un guide. Depuis le bateau, on entend d’ailleurs très bien le grondement des rouleaux qui s’écrasent sur la plage, pourtant située à plusieurs centaines de mètres.

 

 

 

Au petit matin près de Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Partie en reconnaissance, une équipe contacte L’Austral. Les conditions sont acceptables, le débarquement est possible. La petite troupe prend donc la direction des Zodiac. Une nouvelle fois, les consignes de sécurité sont données. Il faudra être vif car, à la pointe de Baily, si les embarcations s’échoueront le plus près possible de la plage, le débarquement devra être mené entre deux vagues. « Vous descendrez par deux, un sur chaque bord, en vous mettant en position au signal. Dès que vous aurez le pied à terre, courez vers les haut de la plage, sinon vous risquez d’être rattrapés par les vagues ». Le risque n’est pas de se faire emporter par la mer mais d’être trempé, ce qui, compte tenu de la température extérieure, signifierait immédiatement la fin de l’escapade.

 

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La plage de Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La plage de Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La plage de Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

L'Austral devant Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Manchots à jugulaire à Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Non sans une certaine appréhension, les passagers embarqués sur les Zodiac voient s’approcher la plage. En combinaison, une demi-douzaine de marins philippins est là pour retenir les embarcations et aider leurs occupants à rejoindre la plage au plus vite. Comme prévu, il n’y a pas de temps à perdre et, deux par deux, à chaque reflux de la mer, les apprentis explorateurs débarquent. L’opération est un peu « rock&roll » mais on sent l’équipe bien rôdée et tout se passe finalement très bien. Il s’en est toutefois fallu de peu que cette excursion soit annulée en raison de la météo. D’ailleurs, pendant que nous débarquions, la mer a légèrement forci et le chef d’expédition décide qu’il est désormais dangereux de débarquer. Au plus grand dam de leurs occupants, les Zodiac qui nous suivaient sont donc contraints de rebrousser chemin et de retourner vers L’Austral. Quant à la randonnée dans les montagnes, prévue initialement pour rejoindre la baie des baleiniers, au cœur de l’île de la Déception, elle est annulée. Une rapide exploration a, en effet, montré que les hauteurs étaient drapées d’un épais brouillard et qu’il y avait encore trop de neige, le sentier n’étant donc pas praticable dans de bonnes conditions de sécurité. Même si cela ne se fait traditionnellement pas, nous serons donc contraints de rembarquer sur la plage, en espérant que la houle se calme d’ici là. Une fois de plus, l’Antarctique se montre imprévisible mais, au sein des passagers, il n’y a pas la moindre appréhension. Depuis une semaine que nous évoluons avec elle, tout le monde a parfaitement confiance dans l’équipe qui encadre le groupe.

 

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Bien que la randonnée tombe à l’eau, cela valait vraiment le coup de se lever tôt. A Baily Head, on découvre un cadre surréaliste, avec ce sable noir, volcanique, et un relief tout aussi sombre mais zébré par la neige. Et puis, il y a surtout cette énorme colonie de manchots à jugulaire. Pas moins de 160.000 couples ont investi les lieux. Capables de plonger à 250 mètres pour se nourrir, ces oiseaux, qui peuvent mesurer 70 cm et peser 5 kg, pondent deux œufs à même le sol, qu’ils couvent durant 35 jours, les petits étant indépendants à l’âge de 2 mois. Les manchots à jugulaires, appelés ainsi en raison de la fine ligne noire sous leur menton, sont magnifiques. Leurs têtes révèlent de multiples expressions.

 

Le spectacle offert par Baily Head est fantastique et ce sera, finalement, l’un des plus beaux moments de cette croisière. Dans une atmosphère fantomatique, avec cette grisaille et cette terre volcanique recouverte de neige, les animaux, incroyablement nombreux, parcourent la plage et une petite vallée conduisant vers les hauteurs. Une véritable autoroute à manchots, particulièrement impressionnante. C'est l'heure de pointe entre la colonie et la mer, où les manchots partent pêcher ou reviennent vers leurs nids. Un peu plus haut, sur les versants des montagnes, on observe des taches foncées, qui se révèlent être, vues d’un peu plus près, des groupes compacts de petites bêtes. Une nouvelle fois, nous avons  la chance d’approcher les nids de très près, à quelques mètres seulement, alors que les manchots passent de tous côtés, s’approchant par curiosité jusqu’aux pieds de leurs étranges visiteurs en blousons rouges. La magie du lieu et la présence de ces êtres provoquent chez tous une nouvelle bouffée d’émotion et, lorsque les guides sonnent l’heure du départ, c’est avec difficulté  que l’on fait ses adieux à cette étonnante colonie.

 

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Saut de manchot à Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Saut de manchot à Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Un papou égaré au milieu des manchots à jugulaire (© MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Manchot apportant une pierre pour son nid (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Une pierre de plus pour le nid (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

La baie des baleiniers

 

Sur la plage, les vagues se sont un peu calmées mais les assauts de la mer sont encore puissants et les embruns flottent dans l’air. Bien plus habitués que nous à affronter ces conditions, les petits manchots, sans hésitation aucune, se lancent à l’eau par dizaines. Les marins de L’Austral, toujours fidèles au poste, nous aident à rembarquer sur les Zodiac dans une manœuvre relativement délicate. Une fois à bord, on se fera d’ailleurs un devoir d’aller les saluer et les remercier car ces hommes, pour notre bon plaisir, on tout de même passé un long moment dans l’eau glacée à agripper les embarcations et les maintenir pour permettre aux passagers de vivre ce moment inoubliable.

De retour sur L’Austral, on se met au chaud, le bouillon servi au grand salon étant particulièrement apprécié après cette excursion très matinale, puisqu'il est à peine 8 h lorsque nous revenons. Les passagers restés à bord viennent aux nouvelles et, devant les récits de cette sortie, on sent chez certains quelques regrets. C’est l’une des leçons de ce voyage : Il faut saisir toutes les opportunités et, vu que tout peut arriver n’importe quand, demeurer en alerte pour ne rien manquer.

 

 

Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Rochers devant Baily Head (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

En route vers la baie des baleiniers (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Les Shetlands du sud (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

La déception de ces personnes sera, toutefois, de courte durée car, déjà, L’Austral a repris sa navigation afin de pénétrer dans l’île de la Déception. A l’image de Santorin, il s’agit d’un volcan dont le cratère s’est effondré, la mer en ayant profité pour s’engouffrer dans ce gouffre. On accède à la caldera par une brèche, nommée le Soufflet (au sens d’un outil de forge) de Neptune, dont l’approche est balisée par de  gros rochers aux formes improbables plantés dans l’eau. Le passage est très étroit mais il n’y a pas de vent, ce qui le rend accessible. En revanche, il est encombré par les glaces. Heureusement, il ne s’agit que de morceaux de banquise. Contrairement aux icebergs et growlers, nés des glaciers terrestres et faits d’eau douce, la banquise résulte du gel de la mer durant l’hiver et fond pendant l’été austral. Posées sur l’eau, les minces plaques de glace que nous avons face à nous n’empêcheront pas le navire de franchir le Soufflet de Neptune. Avec douceur, l’étrave vient pousser ces obstacles et se fraye un chemin vers l’intérieur de l’île. Pour les passagers, massés sur les ponts extérieurs, notamment à l’avant, le spectacle est grandiose. Les grandes falaises, qui ouvrent l’entrée, sont particulièrement impressionnantes et la caldera se révèle somptueuse, avec ses sommets enneigés et ses flancs où s’accrochent quelques nuages. La roche se teinte également de différents coloris, liés à l’empilement de nombreuses couches de laves. Certaines coulées, aujourd’hui pétrifiées, sont d’un rouge vif, la pierre ponce étant riche en oxyde de fer. D’autres sont jaunes en raison de la présence de soufre.

 

 

Le soufflet de Neptune (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

L'Austral face au soufflet de Neptune (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Sur tribord en entrant dans le soufflet de Neptune (© MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

 

Le soufflet de Neptune (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le soufflet de Neptune (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Au loin la caldéra de l'île de la Déception (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le soufflet de Neptune (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le soufflet de Neptune (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le soufflet de Neptune (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La caldera de l'île de la Déception (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La caldera de l'île de la Déception (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Dans le Soufflet de Neptune (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Dans le Soufflet de Neptune (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Dans le Soufflet de Neptune (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Entrée dans la caldera (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Entrée dans la caldera (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Entrée dans la caldera (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

L’Austral va mouiller dans la baie des baleiniers. Comme son nom l’indique, ce lieu fut un repère de chasseurs de cétacés. De 1911 à 1931, une grande industrie baleinière a prospéré ici. Des dizaines de navires se servaient de l’île de la Déception comme base, où ils venaient se ravitailler et traiter les baleines chassées en Antarctique. Rejoignant la plage en Zodiac, nous débutons une étrange visite au milieu des vestiges de ce lointain passé. Le lieu a quelque chose de sinistre, de lugubre, avec sa vielle usine de traitement d’huile de baleine, dont il ne reste que des citernes rongées par la rouille, des cuves de fer s’enfonçant au fil des ans dans le sol… Partout, on observe des restes de l’occupation humaine. Ici un enchevêtrement de tuyaux provenant d’une ancienne chaudière, là de vieilles bicoques au bord de l’effondrement, des bâtiments d’habitation qui renferment encore du matériel, à l’image de ce vieux poêle à bois. Comme si les hommes avaient subitement tout quitté, tout abandonné. Sur la plage, il reste aussi quelques antiques baleinières, et à y regarder de plus près, de nombreux os de cétacés, que l’on confond d’abord avec des morceaux de bois polis par le temps. Ces ossements témoignent d’un véritable massacre qui a eu lieu dans cette région un siècle plus tôt, lorsque des milliers de baleines étaient tuées, leur huile servant notamment aux lampes, y compris des éclairages publics de grandes villes, ainsi qu’au chauffage et dans certains cas à la lubrification des machines. La grande dépression des années 30, qui plongea le monde dans le marasme économique puis dans la guerre, suivi de la généralisation de l’électricité et de lubrifiants végétaux, mis fin à  cette industrie et permis probablement de sauver de nombreuses espèces de mammifères marins.

 

 

L'Austral dans la baie des baleiniers (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

L'Austral dans la baie des baleiniers (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

L'ancienne station baleinière (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

L'ancienne station baleinière (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

L'ancienne station baleinière (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

L'ancienne station baleinière (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

L'ancienne station baleinière (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

L'ancienne station baleinière (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

L'ancienne station baleinière (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

L'ancienne station baleinière (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

L'ancienne station baleinière (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

L'ancienne station baleinière (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Ancienne baleinière (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Ancienne baleinière (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Os de baleine (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Os de baleine (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Les restes de l'époque baleinière (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Un Skua (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Les ruines de la grande station baleinière sont aujourd’hui un témoignage de l’histoire, de cette époque où des hommes, dans des conditions matérielles sommaires, venaient affronter l’Antarctique et y risquer leur vie pour gagner un peu d’argent et apporter le « confort moderne » aux populations, notamment européennes. Une époque où, évidemment, la protection de l’environnement n’entrait pas dans l’équation sociétale.

 

Lentement mais sûrement, l’île fait disparaître cette page de son histoire. Au gré des éléments, mais aussi des « cataclysmes ». Au bord de l’eau, des fumeroles s’échappent du sol, rappelant en effet que, sous nos pieds, l’activité volcanique perdure. Un jour ou l’autre, cette poudrière entrera de nouveau en irruption, la dernière, datant de 1969, ayant détruit une base britannique ainsi que le cimetière de l’île, où 45 hommes étaient enterrés.

 

 

La vapeur d'eau témoigne de l'activité volcanique (© MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

 

La vapeur d'eau témoigne de l'activité volcanique (© MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

 

 

Après avoir déambulé dans les vestiges de la baie des baleiniers, nous poursuivons notre promenade jusqu’à la Fenêtre de Neptune, une grande trouée située dans les hauteurs, près du Soufflet donnant accès à la caldera. Au dessus des falaises abruptes, qui se jettent dans une mer verte, la vue est saisissante. En redescendant, on observe des phoques de Weddell qui sortent de l’eau pour se reposer. Ces animaux, pouvant comprimer leur cage thoracique afin de couler comme une pierre, sont capables de plonger jusqu’à 750 mètres, alors que les orques, par exemple, ne descendent pas sous 300 mètres. Ils chassent les poissons de grands fonds, comme la légine. Leurs gros yeux noirs disposent de pigments pour voir dans l’obscurité, les animaux repérant les proies grâce à leurs vibrisses, ces organes sensoriels en forme de moustaches. De temps à autres, ils peuvent aussi manger des manchots, mais cela semble plutôt rare. Leurs dents, et plus particulièrement leurs canines, leur servent non seulement à manger, mais aussi à entretenir des trous de respiration dans la banquise. A cette époque, les phoques effectuent leur mue pour l’été, avec un pelage moins chaud. C’est pourquoi, depuis le début de la croisière, on peut observer des animaux avec deux pelages différents, se grattant pour se débarrasser de leur fourrure hivernale. Quant à savoir si l’on a face à soi un mâle ou une femelle, c’est assez simple lors de la période des amours, les mâles ayant cette étonnante habitude, lors des combats, de se mordre les parties génitales. Il suffit donc d’observer si l’animal arbore des blessures caractéristiques…

 

 

Derrière le Soufflet de Neptune (© MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

  

Vers la Fenêtre de Neptune (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Au pied de la Fenêtre de Neptune (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La baie vue de la Fenêtre de Neptune (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La baie vue de la Fenêtre de Neptune (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Quelques végétaux parviennent à pousser (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Quelques végétaux parviennent à pousser (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La Fenêtre de Neptune (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

L'arrière du Soufflet de Neptune (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Phoque de Weddell sortant de l'eau (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Phoque sortant de l'eau (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Phoque sortant de l'eau (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Avant de rejoindre L’Austral, une petite virée en Zodiac est proposée aux passagers. L’occasion de faire le tour de la baie, où résident quelques manchots à jugulaires et des papous, ainsi que des oiseaux, avec notamment des nids de cormorans et quelques Skua. Evoluant entre les plaques de banquise, l’embarcation passe à proximité de nombreux phoques, qui se reposent sur la glace. L’un d’eux, à notre passage, décide de plonger. Mais, un peu plus loin, un jeune phoque de Weddell a choisi de se donner en spectacle. Le magnifique animal, à la fourrure luisante, se retourne sur lui-même, lève les nageoires et ouvre grand sa gueule dans un bâillement qui permet d’apprécier sa dentition. Puis il nous observe avec ses yeux aux allures de billes noires, d’un regard profond et attendrissant, comme un gros chat. Nous ne sommes qu’à quelques mètres, captivés par la scène. Comme avec les manchots ou les orques, il est difficile d’expliquer le bonheur que peuvent procurer de tels moments, des rencontres fortuites aussi rares que précieuses et émouvantes.

 

 

Dans la baie (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Manchots à jugulaire (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le Soufflet de Neptune (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Le Soufflet de Neptune (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le Soufflet de Neptune (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Dans la baie (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Dans la baie (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Dans la baie (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Phoque de Weddell (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Phoque de Weddell (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Phoque de Weddell (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Phoque de Weddell (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Phoque de Weddell (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Phoque de Weddell (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Phoque de Weddell (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Phoque de Weddell (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Phoque de Weddell (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Phoque de Weddell (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Phoque de Weddell (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Phoque de Weddell (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Phoque de Weddell (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Phoque de Weddell (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Phoque de Weddell (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Phoque de Weddell (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Phoque de Weddell (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Phoque de Weddell (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Phoque de Weddell (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Phoque de Weddell (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

C’est sur l’image de cette belle rencontre que nous rejoignons L’Austral, autour duquel reviennent les Zodiac, grutés les uns après les autres sur le navire, en prévision du départ. En cette fin de matinée, il continue de neiger mais la sortie par le Soufflet de Neptune est toujours aussi somptueuse, tout comme la lumière du soleil, qui perce timidement un  horizon jusque là bouché.

 

 

Retour à L'Austral (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Retour à L'Austral (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Les Zodiac sont remontés à bord  (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Les Zodiac sont remontés à bord (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

L'Austral quitte l'île (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

L'Austral quitte l'île (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

L'Austral quitte l'île (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

L'Austral quitte l'île (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Manchots à jugulaire (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Les Shetlands du sud (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Les Shetlands du sud (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

  

Au large de l'île de la Déception (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Au large de l'île de la Déception (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Dernière escale annulée à cause de la tempête

 

 

Normalement, il reste une dernière escale, l’île d’Aitcho, dans l’archipel des Shetland du sud. Mais à midi, une mauvaise nouvelle tombe. Le commandant Lemaire a, en effet, décidé de sauter cette escale et de rentrer directement sur Ushuaia. Une puissante dépression, dont il suit l’évolution depuis quelques jours, va en effet balayer le passage de Drake, que nous devons impérativement retraverser afin de gagner la pointe de l’Amérique latine. Plutôt que d’affronter une mer déchaînée, le commandant Lemaire préfère se dérouter, prendre de l’avance sur la dépression et contourner au maximum le mauvais temps, comme il l’explique à l’ensemble des passagers. « Ce n’est pas un problème de sécurité, L’Austral est conçu pour affronter une mauvaise mer, mais pour le confort des passagers. Si nous avions suivi le planning initial, nous aurions fait face à de très grosses vagues », souligne-t-il, en prenant soin, au bureau de réception du navire, d’afficher la carte météo avec toutes les explications permettant de comprendre les raisons de sa décision. Certes, nous sommes un peu déçus de ne pas retourner à terre une dernière fois. Mais le choix du commandant, qui navigue ici depuis une dizaine d’années, est tout à fait logique et chargé de bon sens. Ici et là, on peut toutefois entendre quelques messieurs fanfaronner devant leurs dames, minimisant le coup de tabac à venir et estimant que « c’est bien de se faire secouer un peu ». Rompu à ce genre de comportement, Jean-Philippe Lemaire a le sourire au coin de la lèvre. Et pour cause, dans 24 heures, alors que L’Austral sera poursuivi dans le Drake par la fameuse dépression, ces « grands marins », aujourd’hui sûrs d’eux, seront au fond de leur lit, probablement la cuvette au bord des lèvres, en se félicitant intérieurement que le commandant ait choisi la veille d’éviter le plus gros de la tempête…

 

 

Au large de l'île de la Déception (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baleines à bosses (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

L’apparition des baleines à bosses

 

Mais pour l’heure, il est vrai que la mer est d’un calme olympien. Le ciel est toujours gris, bien que tenté de jolis coloris, la visibilité demeurant excellente. Dans les salons, on commence à faire le bilan de la magnifique semaine qui vient de s’écouler. Il n’a manqué qu’une chose pour que ce voyage soit vraiment parfait, la rencontre avec des baleines, qui aurait complété celle de la veille avec un groupe d’orques. Néanmoins, tout le monde reconnait que nous avons eu une chance incroyable avec la météo, la beauté des paysages et nos rencontres avec les animaux. Et c’est finalement au moment où l’on n’espère plus, où l’on se fait une raison en se disant qu’au final, ce voyage n’a été qu’un pur bonheur, que l’Antarctique se décide à nous offrir son ultime cadeau. Vers 17 heures, la voix de José Sarica, le spécialiste des mammifères marins, se fait entendre dans le réseau du bord. Depuis qu’il a promis il y a deux jours que nous verrions des baleines avant la fin du voyage, le naturaliste a la pression et passe le plus clair de son temps en passerelle, lors des navigations, à la recherche de cétacés. Certes, nous avons eu le privilège, hier, de croiser des orques, qui sont venus jouer avec le bateau. Mais José ne désespère pas de trouver des baleines à fanons. Et il a eu raison de persévérer puisqu’en cette fin d’après midi, deux animaux se sont enfin décidés à croiser notre route. Avec fébrilité, les passagers gagnent les extérieurs et peuvent rapidement voir deux jets d’eau s’élever sur la surface de l’océan. Il y a là deux baleines à bosses, des cétacés pouvant atteindre 17 mètres de long et peser 40 tonnes, reconnaissables à leurs nageoires caudales émergeant de l’eau. Il s’agit probablement d’une mère et de son petit.

 

 

Baleines à bosses (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baleines à bosses (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baleines à bosses (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Avec grâce, les deux mastodontes avancent sur la route de la migration, en cette époque où les baleines quittent les eaux chaudes pour rejoindre le grand sud et se nourrir de krill. Alors que L’Austral parvient à s’approcher relativement près, nous sommes tous subjugués par ce superbe spectacle. On remarque leurs nageoires caudales et on savoure le moment où elles décident de plonger. A l’affût, le commandant, assisté de José, manœuvre pour retrouver les baleines lorsqu’elles reviendront à la surface. Par chance, elles n’ont pas sondé longtemps et réapparaissent. La nature nous offre quelques minutes supplémentaires de plaisir avant l’adieu des baleines, qui s’enfoncent vers les abysses en dressant majestueusement leur queue devant l’horizon, dans une belle lumière de fin de journée. « Durant cette saison de migration, on a de bonnes chances de croiser des rorquals, des baleines à bosses et même des baleines bleues. Mais il ne faut jamais considérer cela comme acquis. Cela reste vraiment un privilège de croiser leur route », confie José, heureux que nous ayons pu apprécier ces instants avant de quitter l’Antarctique.  (A suivre...)

 

 

Baleines à bosses (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baleines à bosses (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baleines à bosses (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baleines à bosses (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baleines à bosses (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

VOIR LES PRECEDENTS EPISODES DE CE REPORTAGE:

 

 

(1/10) : Ushuaia et la Terre de Feu

 

(2/10) : Navigation dans le Passage de Drake

 

(3/10) : Icebergs en vue !

 

(4/10) : Au royaume des manchots

 

(5/10) : Des panoramas grandioses

 

(6/10) : La station de Port Lockroy

 

(7/10) : Des baies somptueuses et l'apparition des orques

Arctique et Antarctique Compagnie du Ponant