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Captures accidentelles de cétacés : le débat ravivé, la profession se défend

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Captures accidentelles de cétacés : le débat ravivé, la profession se défend

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Une altercation survenue en pleine mer entre les équipages d’un fileyeur et d’un bateau de Sea Shepherd au début du mois ravive le débat sur les captures accidentelles de cétacés. Dans un post Facebook, l’ONG a annoncé avoir « déposé plainte contre le fileyeur Judine » pour une « agression » survenue la nuit du 5 janvier dans le golfe de Gascogne. Vidéo à l’appui, Sea Shepherd dénonce « insultes, menaces de mort et caillassage » venant du fileyeur. Une équipe de l’ONG filmait alors le bateau en action de pêche depuis son semi-rigide Clémentine, dans le cadre d’une action baptisée Op Dolphin Bycatch. Cette campagne vise à « exposer le massacre annuel des dauphins sur la côte atlantique française », indique son site. « Malgré les alertes des scientifiques, le gouvernement continue de plier devant le lobby de la pêche plutôt que d’assumer ses responsabilités de garant de la biodiversité », dénonce notamment Sea Shepherd.

Durant la période à risque, l’hiver dernier, 1200 dauphins et marsouins se sont échoués sur les côtes Atlantique. 85 % d’entre eux présentaient des marques de capture par la pêche. Matignon a annoncé le mois dernier, à l’issue du Comité interministériel de la mer, que dès 2020 « les engins de pêche [des chalutiers pélagiques] devront être munis de dispositifs de dissuasion acoustique pour éviter les captures accidentelles dans le Golfe de Gascogne ». Une initiative en réalité déjà mise en œuvre par la flottille de chalutiers pélagiques français durant la saison 2018/2019.

Pointés du doigt, « les pêcheurs réaffirment leur détermination à lutter contre les captures accidentelles et multiplient les initiatives en ce sens », a réagi le Comité national des pêches (CNPMEM). Il souligne la création d’un « groupe de travail sur les captures accidentelles par les ministères en charge de l’écologie et de la pêche » pour « améliorer les connaissances sur les interactions entre les activités de pêche professionnelle et les populations de cétacés afin de définir collectivement des mesures pour limiter les captures accidentelles », la mise en place du projet PIC (analyse de l’utilisation des pingers à cétacés) et le lancement du programme LICADO (limitation des captures accidentelles de dauphins communs dans le golfe de Gascogne) qui « prévoit d’adapter les moyens d’éloignement des dauphins communs pour chaque type de pêche ». Ce programme de trois ans, débuté en juin 2019, doit notamment permettre de développer deux nouveaux dispositifs pour éloigner les cétacés des filets : des répulsifs acoustiques unidirectionnels pour limiter la pollution sonore (ils se déclencheront à l’approche d’un dauphin en détectant leurs émissions sonores) et des réflecteurs acoustiques pour que les dauphins localisent mieux les filets.

Le CNPMEM liste, par ailleurs, une série d’actions pour la saison en cours comme l’ « engagement des professionnels à embarquer tous les observateurs mis à disposition par l’administration française », le « soutien à l’application de l’obligation déclarative » des captures accidentelles, la « mise en place du projet ObsenPêche, avec pour objectif de développer un réseau de pêcheurs », ou encore le « recrutement d’un chargé de mission conduisant des enquêtes de terrain auprès des patrons pêcheurs pour mieux comprendre le phénomène des captures accidentelles ».

France Filière Pêche pointe par ailleurs une « responsabilité européenne ». L’organisation souligne que les échouages ne sont pas uniquement provoqués par des pêcheurs français, « mais aussi par d’autres flottilles européennes actives dans le golfe de Gascogne. C'est pourquoi la France souhaite porter ses deux mesures réglementaires nationales au niveau européen en s'appuyant sur le processus de régionalisation de la Politique Commune des Pêches ».