Marine Marchande
Catastrophe écologique dans la mangrove bengalaise

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Catastrophe écologique dans la mangrove bengalaise

Marine Marchande

Ce qui s’annonce comme une catastrophe écologique majeure se déroule actuellement dans une indifférence quasi-générale. Suite à la collision, dans la journée du 9 décembre, d’un petit pétrolier et d’un autre navire dans la rivière Sela, au Bangladesh, environ 350 tonnes de fuel se sont déversées dans la mangrove des Sundarbans, formée par le delta du Brahmapoutre et du Gange.

Si le volume paraît bien moindre que ceux des dernières pollutions connues en Europe, les dégâts, eux, sont déjà immenses dans cette zone, classée patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1977 et qui abrite un immense réservoir de faune et de flore, ainsi que des espèces menacées comme le dauphin d’eau douce ou le tigre du Bengale. D’abord parce qu’il s’agit d’une mangrove et que le fuel dérive vite dans les innombrables petits cours d’eaux de la zone lagunaire, qui s’étend sur près de 10.000 km2. Avec l’effet des marées, le pétrole se dépose sur les racines de palétuviers et autres troncs de la mangrove, provoquant une asphyxie du fragile écosystème végétal et, bien évidemment, animal qui en dépend.

Ensuite, parce que cet accident arrive au Bengladesh, un des Etats les plus pauvres au monde, régulièrement frappé par les catastrophes naturelles. Le gouvernement, visiblement dépassé par l’évènement, a mis plusieurs jours à réagir. Les habitants de la région, qui abrite 4 millions de personnes plus ou moins dépendantes des ressources de la mangrove, ont commencé par essayer de nettoyer eux-mêmes les dégâts. De nombreux enfants et personnes âgées se sont ainsi employés à ramasser le pétrole avec des seaux, des filets, à mains nus et sans aucune protection. Le propriétaire de la cargaison, une entreprise locale, a ouvert des centres de « récupération » de ces déchets, qu’il rachète aux personnes les ayant ramassés.

 

(KALLOL MUSTAPHA)

(KALLOL MUSTAPHA)

 

Le gouvernement bengalais a fini par envoyer des experts sur place, ainsi que des moyens de l’armée. Mais la tâche s’annonce rude : les moyens de dispersion de marée noire sont coûteux et, pour la plupart, peu adaptés à l’écosystème des mangroves. Face à cette situation, la France apporte son aide et va dépêcher sur place une équipe du Cedre (Centre de documentation de recherche et d’expérimentations sur les pollutions accidentelles) de Brest.

Au-delà de cet accident se pose la question du trafic maritime dans cette zone fragile à proximité de grands ports en fort développement, comme Chittagong. La voie maritime qu’empruntaient ces navires était censée être restreinte à la petite navigation côtière mais aurait été rouverte suite à l’envasement d’une autre rivière voisine. La prochaine implantation de deux centrales thermiques dans le secteur ne devrait pas faciliter la tâche aux défenseurs de la mangrove.

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