Marine Marchande
Ce que LD Lines et la CCI projettent à Boulogne

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Ce que LD Lines et la CCI projettent à Boulogne

Marine Marchande

Vendredi 4 juillet, la Chambre de Commerce et d'Industrie de Boulogne-sur-Mer, ainsi que la compagnie LD Lines, ont annoncé l'ouverture à l'été 2009 d'une nouvelle ligne transmanche vers Douvres. Après son implantation au Havre, en 2005, puis à Dieppe l'an passé, la filiale de Louis Dreyfus Armateurs a donc décidé de tester le marché plus au Nord. « Nous n'avons jamais caché que nous étions intéressés par le détroit. On s'est intéressé un temps à Dunkerque où, si Norfolkline avait été à vendre, nous nous serions positionnés. Mais ça n'a pas été le cas », rappelle Pierre Géhanne, président de LD Lines. La compagnie a donc opté pour Boulogne, où la CCI souhaite relancer l'activité du port et, pour cela, a lancé des investissements importants. Une nouvelle passerelle a été commandée, pour 35 millions d'euros, pour une mise en service en juillet 2009. C'est à cette date que LD Lines débutera ses opérations boulonnaises. Dans un premier temps, quatre rotations quotidiennes sont prévues avec un premier ferry. Une seconde unité devrait, ensuite, être rapidement déployée, parallèlement à la livraison d'une seconde passerelle. D'un coût de 45 millions d'euros, cet équipement doit arriver en 2010. Côté trafic, la Chambre de Commerce et d'Industrie table sur 120.000 poids lourds et 300.000 passagers la première année.

 Le Sorrento, construit chez Visentini © : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Sorrento, construit chez Visentini © : JEAN-LOUIS VENNE)

Quels navires ?

Pour l'heure, LD Lines n'a pas indiqué quel(s) navire(s) serai(en)t déployé(s) à Boulogne. Seule certitude, Transmanche Ferries ne sera pas mise à contribution, bien que l'un de ses bateaux ait réalisé, il y a quelques semaines, des essais de passerelle à Douvres. « Les ferries de Transmanche ne viendront pas à Boulogne. Ils n'ont pas vocation à faire ça et ne sont pas adaptés », indique Pierre Géhanne. En revanche, le Norman Spirit, exploité au Havre depuis fin 2005, pourrait convenir pour lancer la ligne. Il s'agit d'ailleurs d'un bateau ayant déjà travaillé dans le détroit pour le compte de P&O Ferries (ex-Pride of Aquitaine). Toutefois, LD Lines compte maintenir, à compter de l'automne 2008, deux unités en service au Havre. En septembre, le Norman Voyager, actuellement en construction aux chantiers italiens Visentini, rejoindra le Norman Spirit en Normandie. D'une longueur de 186 mètres, il aura une capacité de 800 passagers et 120 pièces de fret. Pour son service au départ du Havre, LD Lines a bel et bien commandé un ferry neuf aux chantiers STM de Singapour, mais cette unité ne sera pas opérationnelle avant 2010. Quant à l'option initialement prévue dans le contrat, elle n'a pas été confirmée. « Nous n'avons pas confirmé cette option car ce bateau aurait été livré en 2011, ce qui nous paraissait tard. De plus, c'était un sistership du premier, spécialement conçu pour opérer au Havre mais moins adapté au détroit car trop petit (162 mètres, 950 passagers, 200 véhicules, ndlr) », souligne Pierre Géhanne. Il reste donc la possibilité d'affréter ou acheter l'un des nombreux ferries en construction chez Visentini, ou bien de regarder le marché de l'occasion. « Un nouveau bateau, de l'occasion ? Je ne sais pas. Nous n'avons pas encore pris notre décision. Le marché de l'occasion est meilleur qu'il y a deux ans, mais on aime bien aussi avoir les bateaux que l'on conçoit ». Les choix restent donc ouverts, d'autant que, contrairement à son installation au Havre il y a trois ans, LD Lines n'est pas confrontée, à Boulogne, à des limitations concernant la taille des navires.

 Le navire de SpeedFerries à Douvres (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)
Le navire de SpeedFerries à Douvres (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

« Il y a de la place pour tout le monde »

Concernant sa stratégie de développement en Manche, la direction de LD Lines se veut très claire : « Nous nous installons dans des ports où il n'y a pas de ferries. C'est pourquoi nous ne serons, par exemple, pas concurrents de Brittany Ferries à Cherbourg où à Caen, car on ne voit pas l'utilité ni le marché pour un opérateur supplémentaire ». Disposant des installations mais confronté à la mauvaise tournure - au demeurant prévisible, du projet des navires à grande vitesse, Boulogne se repositionne donc sur les ferries classiques vers l'Angleterre. Cela signifie qu'à compter de l'été 2009, il y aura quatre grands opérateurs dans le détroit, sans compter SpeedFerries, également implanté à Boulogne mais cantonné pour l'heure au transport rapide de passagers. LD Lines côtoiera à Douvres les navires de SeaFrance et de P&O Ferries, partant de Calais, ainsi que les unités de Norfolkline, exploitées depuis Dunkerque. Une grosse quinzaine de ferries sera alors positionnée dans le détroit. Est-ce trop ? « Je pense qu'il y a de la place pour tout le monde. Hors tunnel sous la Manche, les experts disent que le fret va connaître une progression de 5% par an dans les dix prochaines années. Il faudra bien l'absorber et ce n'est pas choquant que Boulogne, qui avait déjà une activité transmanche, se positionne sur cette croissance. De plus, je persiste à penser que plus il y a de services, plus on génère du trafic », affirme le patron de LD Lines. Pourtant, chez SeaFrance, l'arrivée d'un nouveau concurrent dans le détroit n'est pas saluée avec un enthousiasme débordant. A la tête de la compagnie calaisienne, on critique les investissements publics réalisés au profit d'opérateurs privés, et on craint que Boulogne mette en place une tarification très avantageuse pour attirer le fret passant habituellement par Calais. « Il n'y a pas de subvention. Si la région, qui est également propriétaire de Calais, décide d'investir à Boulogne, n'importe qui peut venir, que ce soit LD Lines ou quelqu'un d'autre. Par ailleurs, chaque port a sa tarification et il y a des négociations avec les opérateurs. Pour ce qui nous concerne, on paye plus cher au Havre qu'à Caen ou à Cherbourg. C'est aussi plus onéreux à Newhaven qu'à Portsmouth. Et on ne s'en est pourtant jamais plaint ouvertement. Dans le cas de Boulogne, je ne peux pas imaginer que la différence tarifaire sera énorme », affirme Pierre Géhanne.

Présentation du projet, vendredi à Boulogne  (© : MER ET MARINE)
Présentation du projet, vendredi à Boulogne (© : MER ET MARINE)

Comment développer le fret à 30 kilomètres de Calais ?

Historiquement, Boulogne a toujours été bien situé pour accueillir le trafic passagers, notamment celui des Anglais souhaitant venir au plus vite en France. SpeedFerries, avec un seul bateau, transporte d'ailleurs 750.000 personnes par an, ce qui constitue une belle performance. De prime abord, la position de Boulogne sur le fret parait moins évidente, d'autant que le port n'est situé qu'à une trentaine de kilomètres de Calais. « Pour traverser, on pense toujours au détroit. C'est le chemin naturel en tunnel ou en navette au départ de Calais. Mais le port est un peu saturé et on constate que les transporteurs routiers attendent parfois 3 ou 4 heures pour embarquer. A Boulogne, on veut assurer un service plus personnalisé et où le temps d'attente à l'embarquement est inférieur. Il s'agit de proposer un service supplémentaire dans un port nouveau et doté d'installations modernes. Mais je ne pense pas que cela va enlever du trafic à Calais », explique Pierre Géhanne. LD Lines mise beaucoup sur le potentiel local de Boulogne, mais compte aussi capter une partie du trafic remontant de la péninsule ibérique. « L'hinterland de Boulogne est important. Beaucoup d'industries locales sont obligées d'aller à Calais et puis il y a le marché des transporteurs espagnols et portugais. Pour tous ces clients potentiels, Boulogne est plus proche. Avec le prix actuel du pétrole, 60 kilomètres économisés, c'est toujours bon à prendre »

 Le port de Calais (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)
Le port de Calais (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

Louis Dreyfus Armateurs