Marine Marchande
Ce que LD Lines souhaite faire avec SeaFrance

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Ce que LD Lines souhaite faire avec SeaFrance

Marine Marchande

Appliquer un plan de restructuration prévoyant 650 suppressions de postes ou accepter un mariage avec LD Lines, qui affirme pouvoir sauver de nombreux emplois menacés. C'est le choix que devra faire prochainement la SNCF, maison mère de SeaFrance. Filiale de Louis Dreyfus Armateurs, LD Lines a présenté une « offre formelle et engageante » sur la compagnie maritime calaisienne, confrontée actuellement à une situation très difficile. SeaFrance est touchée de plein fouet par la crise, enregistrant une chute de 20% de son activité sur le fret. Selon la direction, après avoir cumulé un déficit de 20 millions d'euros en 2008, l'armement français perd, depuis le mois d'octobre, quelques 3 millions d'euros par mois. Une situation « intenable » pour ses dirigeants, qui ont présenté en Comité d'Entreprise, le 17 février, un plan de restructuration drastique. Celui-ci prévoit la réduction de la flotte à seulement 3 navires (contre 5) et la suppression de 650 emplois, soit 40% des effectifs.
L'annonce a fait l'effet d'un coup de tonnerre à Calais et dans sa région, où SeaFrance est le premier employeur privé. Aussitôt, les élus locaux sont montés au créneau pour trouver des solutions alternatives permettant d' « adoucir » le plan de restructuration. Et c'est Daniel Percheron, président de la région Nord-Pas-de-Calais, qui a évoqué le premier le projet de mariage avec LD Lines.

« Fusionner les activités ferries de SeaFrance et LD Lines »

La filiale de LDA, qui n'a jamais caché son intérêt pour le détroit, a confirmé avoir présenté une offre à la SNCF. « Le projet est de sauvegarder de l'emploi en faisant jouer les synergies entre LD Lines et SeaFrance. C'est une lourde tâche mais le jeu en vaut la chandelle », estime Pierre Géhanne, Directeur général de Louis Dreyfus Armateurs. Ce dernier ne précise toutefois pas la nature exacte du montage, dans lequel la SNCF ne serait pas forcément exclue. « L'objectif est de faire un Grand SeaFrance en regardant comment fusionner les activités ferries de SeaFrance et LD Lines sous la marque SeaFrance. Nous pourrions alors construire un leader européen du marché transmanche, dont le siège serait à Calais ». Les ferries exploités par LD Lines sur les liaisons Le Havre - Portsmouth et Le Havre - Rosslare passeraient alors sous l'étiquette SeaFrance (mais resteraient sous pavillon britannique) et, en cas d'accord avec la SNCF, le déploiement de nouveaux ferries à Boulogne n'aurait sans doute pas lieu. C'est précisément là que plusieurs centaines d'emplois et un à deux ferries de SeaFrance pourraient être maintenus. En effet, à l'été 2009, LD Lines prévoyait de déployer un, puis deux ferries, sur une nouvelle liaison entre Boulogne et Douvres. Ces bateaux auraient alors constitué une concurrence supplémentaire pour SeaFrance et son unique liaison Calais-Douvres. « Cela a un sens évident d'avoir un opérateur unique à Calais et Boulogne. Calais conservera les gros volumes, mais Boulogne peut être une soupape et préparera la remontée en puissance du marché car, s'il y a actuellement la crise, cela redémarrera. Plutôt que de déployer un ou deux navires sous pavillon britannique, nous pourrions positionner à Boulogne un ou deux bateaux de SeaFrance sous pavillon français », précise Pierre Géhanne.

La CFDT ne veut pas que la compagnie soit bradée

Du côté des syndicats de SeaFrance, la CFDT a dénoncé le plan de restructuration, estimant que le tableau n'est pas « aussi noir » que veut bien le dire la direction. La CFDT des marins reconnaît que la trésorerie est mauvaise mais impute cette situation non seulement à la crise, mais aussi à la fin du processus d'achat du ferry Rodin (mis en service en 2003), au surcoût de la refonte du Molière (acquis l'an dernier) et à la hausse du prix du carburant. Pour la CFDT, les « fondamentaux de l'entreprise sont bons » et le fait que le groupe Louis Dreyfus s'y intéresse en est une preuve supplémentaire. Le syndicat réclame que la compagnie publique ne soit pas « bradée » à un opérateur privé et propose que les collectivités territoriales puissent intégrer le futur montage. La CGT estime également que la « crise à bon dos ». Rappelant que la SNCF souhaite se développer sur le transport multimodal, le syndicat réclame à l'entreprise publique un plan de relance de SeaFrance, avec une « perspective neuve » et des « diversifications d'activités ». Pour faire la lumière sur les mauvais chiffres présentés par la direction et contestés par les syndicats, une expertise comptable a été demandée par le comité d'entreprise de la compagnie.
En parallèle, LDA poursuit ses discussions avec la SNCF, la direction de SeaFrance, l'Etat et les collectivités locales. L'offre de la compagnie privée, qui a déjà reçu un avis favorable de la région, séduirait également le gouvernement. Rien n'est encore joué mais une réponse, positive ou négative, est attendue d'ici la fin du moins.

« Si tout le monde y met du sien »

Synergies commerciales et sauvegarde de l'emploi sont le fer de lance du projet de LDA, qui veut avancer vite sur ce dossier. « Je ne dis pas qu'on préservera tous les emplois car nous n'avons pas de baguette magique. Mais plusieurs centaines peuvent sans doute être sauvées. Dans cette affaire, il ne faut pas oublier cette dimension sociale car 650 suppressions de postes sur un effectif de 1700, cela touche toute la région de Calais. C'est énorme et il y a actuellement de nombreux salariés et des familles entières qui attendent dans l'inquiétude. Avant de mettre les gens dehors, il faut donc étudier les solutions possibles et le faire rapidement. Dans le mois qui vient, une décision doit intervenir », souligne Pierre Géhanne. Pour le Directeur général de LDA : « Nous faisons une offre mesurée et réfléchie. Il ne doit pas y avoir de dogmatisme. Si tout le monde y met du sien, je suis persuadé que l'on peut y arriver. Dans un contexte de crise comme celui que nous connaissons, quand les gros opérateurs ont faim, les petits meurent. Donc, plus on sera gros, mieux ça sera. Avec SeaFrance, nous pouvons construire un leader européen compétitif. Il faut se mettre en ordre de marche et nous arriverons ensemble à prendre des parts de marché et à préparer l'avenir ».

L'exemple social de Transmanche Ferries

Comme c'est souvent le cas dans des processus de privatisation, certains, au sein de la compagnie publique, agitent le chiffon rouge de la menace sur les acquis sociaux. « Nous ne sommes pas des esclavagistes et je rappelle que nous sommes le premier employeur d'officiers français. Cela fait 120 ans que nous sommes armateurs et les marins ont bénéficié d'avantages qu'ils n'auraient pas eu si LDA ne s'était pas battu pour. Ce fut notamment le cas pour la défiscalisation, que l'on doit à Philippe Louis-Dreyfus », rétorque Pierre Géhanne. Ce dernier met également en avant l'exemple de Transmanche Ferries, compagnie dont la Conseil général de Seine-Maritime a confié, en 2006, la gestion à LDA. « Nous sommes très contents de la manière dont cela se passe avec LD Transmanche et, pourtant, cela n'était pas gagné d'avance. L'objectif est donc, socialement, de faire avec SeaFrance ce que nous avons réussi à Dieppe ». Interrogé sur les relations avec Louis Dreyfus depuis l'attribution de la délégation de service public au groupe privé, Paul Golain, du syndicat maritime CFDT de Normandie, ne regrette pas le choix fait à l'époque. « Nous avions soutenu Louis-Dreyfus pour être délégataire, plutôt que Veolia. Nous avons obtenu que les deux navires soient sous pavillon français et 180 emplois ont été créés entre les navigants et les sédentaires. Au bout de deux ans d'exploitation, la barre a été significativement redressée tant au niveau du service que de l'entreprise. LDA est une boite sérieuse et compétente sur le sujet. On a travaillé en bonne intelligence et les promesses ont été tenues ». Dans la perspective d'une éventuelle fusion entre LD Lines et SeaFrance, la CFDT normande demande toutefois que les autres lignes, comme celles du Havre et de Dieppe, ne soient pas remises en cause. Ce ne sera pas le cas, répond-t-on chez LDA. « LD Transmanche est une société à part, qui gardera son indépendance et son particularisme, ce qui n'empêche pas les synergies », note Pierre Géhanne. En revanche, ce dernier n'est pas favorable à l'idée de la CFDT, qui suggère de profiter de l'opération avec SeaFrance pour passer les Norman Spirit et Normand Voyager sous pavillon français. « Ils resteront sous pavillon britannique. Il n'y a pas de raison de changer ».

Louis Dreyfus Armateurs My Ferry Link (ex-SeaFrance)