Croisières et Voyages
Cedric Rivoire-Perrochat : « Le cap du million de croisiéristes français sera atteint d'ici 2020 »

Interview

Cedric Rivoire-Perrochat : « Le cap du million de croisiéristes français sera atteint d'ici 2020 »

Croisières et Voyages

Evènement incontournable pour le milieu français de la croisière, le salon Top Cruise, organisé par le Club de la Croisière Marseille Provence, se déroule ce mardi dans la cité phocéenne. Pour cette 14ème édition, près de 200 agents de voyages et 300 participants professionnels sont attendus, dont 27 marques de croisière, les ports du Var, de Corse et de Marseille.

Alors que la croisière connait une croissance sans précédent dans l’Hexagone, le nombre de passagers français devrait doubler d’ici 2020. Un succès porté par des compagnies et des ports très dynamiques, qui parviennent à séduire une clientèle de plus en plus en large grâce à une offre sans cesse élargie et désormais accessible au plus grand nombre.

Décryptage de ce marché en pleine évolution avec Cédric Rivoire-Perrochat, directeur général pour la France de CLIA, l’association internationale des compagnies de croisières.

 

MER ET MARINE : Top Cruise est le grand rendez-vous annuel des acteurs français de la croisière. En quoi consiste cette convention ?  

 

CEDRIC-RIVOIRE-PERROCHAT : Top Cruise, qui en est à sa 14ème édition, est le premier évènement dédié à la croisière en France. Organisé sous le haut patronage du Club de la Croisière Marseille Provence, il rassemble les professionnels du secteur, notamment toutes les compagnies qui travaillent sur le marché français. Cette convention permet aux acteurs de se rencontrer et d’échanger, tout en faisant un premier bilan de la saison qui s’achève.

 

Comment, justement, se porte le marché de la croisière en France ?

 

Il se porte bien et connait une croissance importante, qui a été de 11% en moyenne sur les cinq dernières années. Même pendant la crise, le marché s’est montré très résilient et a continué de progresser. En 2013, nous avons dépassé le cap du demi-million de passagers, avec 522.000 croisiéristes en France, ce qui porte notre pays au quatrième rang européen, derrière le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Italie, et pour la première fois devant l’Espagne.

 

Quelles sont les prévisions de trafic pour cette année ?

 

La tendance semble bonne pour 2014. Pour Marseille par exemple, qui est le premier port de croisière français, Jacques Truau, président du Club de la Croisière Marseille Provence, a annoncé s’attendre à un nouveau record de trafic cette année, avec 1.34 million de passagers. Pour l’ensemble du pays, nous aurons une première estimation de la croissance en janvier et les chiffres définitifs seront publiés en mars.

 

Comment expliquez-vous le succès de la croisière dans l’Hexagone ?

 

Le marché français est très compétitif, avec une augmentation des départs depuis les ports nationaux.  Il y a par exemple eu, cette année, le positionnement du Zenith de Croisières de France à Calais, alors que Costa proposait des départs de Boulogne et que MSC partait du Havre, complétant les embarquements depuis les ports méditerranéens. Louis Cruises, via son affréteur Rivages du Monde, embarque aussi des passagers en France, de même que Ponant, le Club Med ou encore Star Clippers. Il ya donc plus de têtes de lignes et des embarquements de proximité qui permettent de soutenir le développement du marché.

 

Quelles sont les destinations préférées des Français ?

 

Le bassin méditerranéen demeure la première destination, puisqu’il concentre 69% des passagers français. Viennent ensuite les Caraïbes et les Antilles, pour 14%, puis l’Europe du nord avec 9%. On constate aussi un développement du segment du luxe, ainsi que des croisières de niche. Ainsi, les croisières vers les régions polaires ont fortement augmenté sous l’impulsion du Ponant et d’Hurtigruten, dont les offres sont devenues conséquentes sur ces destinations.  

 

La diversité de l’offre s’est énormément développée ces dernières années, permettant d’attirer une clientèle désormais très large…

 

En effet, et la diversité du marché est clairement l’un des grands facteurs contribuant au développement de la croisière, qui touche aujourd’hui tout type de clientèle. Il y a une croisière pour chacun, en fonction de ses envies et de ses moyens. Il y a des formules club, du luxe, de l’expédition, des petits bateaux, des voiliers et de grands paquebots… Il y a en a pour tous les goûts et pour tous les budgets.

 

Jusqu’où peut progresser le marché français ?

 

Les prévisions sont de 800.000 passagers en 2017 et le cap du million de croisiéristes français sera atteint d'ici 2020. Le potentiel de croissance en France est très important car le taux de pénétration est encore faible, soit seulement 0.8% de la population française. En comparaison, le taux de pénétration en Australie est de 3.3%, aux Etats-Unis de 3.2%, au Royaume-Uni de 2.7% et en Allemagne de 1.8%.

Dans ce contexte, la hausse des capacités et le développement des infrastructures portuaires vont, mécaniquement, entrainer une progression du marché français car l’offre tire la demande.

 

Les jeunes commencent-ils à être séduits par ce type de vacances ?

 

Oui, nous assistons à un rajeunissement extraordinaire de la clientèle du fait de l’inventivité des compagnies à imaginer des navires adaptés à tous, notamment aux familles. Aujourd’hui, la moyenne d’âge sur les navires, toutes destinations confondues, n’est plus que de 42 ans, et cette tendance devrait se poursuivre.

 

La croisière a longtemps été perçue comme un mode de voyage plutôt élitiste, réservé aux anciens et coûteux, sans oublier la crainte du mal de mer. Cette image évolue-t-elle au sein du public ?

 

L’image change très nettement dans les mentalités et les jeunes actifs sont aujourd’hui beaucoup plus enclins à partir en croisière, du fait notamment de l’évolution des navires et des offres proposées par les compagnies à destination des familles, y compris monoparentales, ou encore des individuels, qui permettent au produit d’évoluer avec la société. Les objections et craintes que l’on rencontrait il y a 15 ans tombent et les media eux-mêmes ont changé leur vision de  la croisière, ce qui permet d’offrir une nouvelle image de ce mode de vacances et de mieux le faire connaître auprès du grand public. La meilleure preuve de l’évolution du marché est que la proportion de primo-croisiéristes sur les navires est de plus en plus importante.

 

La croisière bénéficie-t-elle également des problèmes sécuritaires et sanitaires qui surviennent actuellement dans de nombreux pays du monde ?

 

La situation géopolitique et parfois certaines épidémies pèsent lourdement sur le secteur du tourisme dans les pays concernés. Or, face à ces situations, la croisière a une grande force : elle peut en cas de besoin repositionner ses navires hors des zones à risques et, ainsi, proposer des vacances en toute sécurité.

 

De nombreux ports ont compris l’intérêt de cette activité, qui génère d’importantes retombées économiques. Comment les autorités portuaires s’inscrivent dans cette dynamique ?

 

L’action des ports est fondamentale pour le développement du marché et les ports français s’impliquent fortement sur le sujet afin de développer des têtes de ligne et des escales de transit. En effet, l’essor de cette activité engendre des retombées conséquentes, économiques bien sûr, mais aussi en termes d’image pour la France. Car il ne faut pas oublier qu’en plus des 522.000 Français réalisant chaque année une croisière, dont plus de 220.000 au départ de l’Hexagone, 2.2 millions de passagers venus du monde entier font escale dans les ports français.

 

Quelles sont les retombées financières et en termes d’emplois de la croisière dans le monde, en Europe et en France ?

 

La contribution économique de la croisière dans le monde est estimée à 117 milliards d’euros par an, l’industrie générant près de 900.000 emplois. En Europe, les retombées annuelles sont évaluées à plus de 32 milliards d’euros, dont 15.5 de retombées directes. Pour la France, le secteur représentait 15.000 emplois et 1.1 milliards d’euros en 2013, la construction navale, et notamment les chantiers de Saint-Nazaire, pesant pour 25% dans ce chiffre.

 

En dehors de la construction navale, quels types d’emplois sont générés ?

 

Ils sont très nombreux. Il y a en plus des emplois industriels ceux liés aux services portuaires, au tourisme, aux commerces et bien entendu les salariés des compagnies et des opérateurs.

 

Une flotte énorme est entrée en services ces 15 dernières années et le carnet de commandes des chantiers est encore très conséquent, avec une trentaine d’unités, en grande partie de gros paquebots, attendues d’ici 2019. Ne risque-t-on pas une surcapacité ?

 

Les armateurs ont appris à maîtriser leur croissance en fonction de l’évolution du marché. Ils ont des plans de construction en adéquation avec leurs projections de croissance sur 10 ans. Le groupe américain Carnival, leader mondial de la croisière, a par exemple énormément construit dans les années 2000 mais puis a ralenti afin de calibrer sa flotte à la demande du marché. De manière générale, le rythme de croissance reste soutenu, notamment en Europe, et il y a des marchés émergeants représentant un potentiel très important. C’est le cas notamment de l’Asie, et plus particulièrement la Chine, qui va devenir un marché majeur dans les années à venir. C’est pourquoi les compagnies y développent leur activité et y positionnent de plus en plus de navires. Ainsi, Costa aura un troisième navire Chine en 2015, alors que Royal Caribbean va baser à Shanghai, dès le printemps prochain, son nouveau fleuron, le Quantum of the Seas, qui sera le premier navire neuf et  le plus gros paquebot exploité jusqu’ici sur le marché chinois. 

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