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Centrale Nantes : Plus cher que prévu, le projet d'extension du bassin de houle retardé
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Centrale Nantes : Plus cher que prévu, le projet d'extension du bassin de houle retardé

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L’extension du bassin de houle de l’Ecole Centrale de Nantes, qui devait débuter cette année, coûte beaucoup plus cher que prévu. Alors que l’établissement avait budgété 8 millions d’euros pour ce chantier, qui doit voir la longueur du bassin passer de 50 à 90 mètres, cette estimation s’est révélée très en deçà du coût réel de l’opération. Après passage du maître d’œuvre, la facture des travaux a été réévaluée, au point d’être doublée, pour atteindre 16 millions d’euros.

Obtenir le label Très Grande Infrastructure de Recherche

« A partir de là, nous avions trois possibilités. Soit faire moins grand, soit arrêter le projet ou bien chercher de nouveaux financements. C’est la troisième solution que nous avons choisie », explique Bertrand Alessandrini, directeur du développement de Centrale Nantes. L’Etat aurait notamment donné des « signes » encourageants en ce sens, alors que l’école, qui travaille aussi avec l’Ifremer sur ce projet, va également tenter de boucler son budget avec des fonds européens. Car l’objectif est désormais de faire du bassin de houle agrandi une « très grande infrastructure de recherche (TGIR), que la France proposera à l’Europe de labelliser. Cela permettrait d’obtenir différentes aides, intégrer un réseau européen d’installations majeures dans le domaine de la recherche et participer à différents programmes. Mais ce statut, qui contribuerait à solutionner l’équation économique sur le moyen terme, ne peut être obtenu qu’après la mise en service de la nouvelle infrastructure. Il faut donc d’abord trouver, par d’autres biais, les 8 millions manquants pour réaliser les travaux. « Nous y travaillons avec pour objectif de redémarrer le projet pour septembre 2018 ».

Le bassin de houle fait pour mémoire partie du Laboratoire de recherche en hydrodynamique, énergétique et environnement atmosphérique (LHEEA) de Centrale Nantes, dont les moyens d’essais servent à des programmes de recherche et sont loués à des opérateurs privés. Construit en 2000, il mesure actuellement 50 mètres de long pour une largeur de 30 mètres et une profondeur de 5 à 10 mètres. Cet équipement est aujourd’hui capable de reproduire différents effets de mer, des conditions classiques de navigation ou de production jusqu’aux situations extrêmes, voire de survie. Ainsi, cette grande piscine peut passer rapidement d’un état calme à une eau tumultueuse, avec une « méchante » houle croisée et même une vague scélérate équivalente à un mur d’eau de 40 mètres dans la réalité (près de 2 mètres dans le bassin). Cela, de façon parfaitement maîtrisée grâce à 48 volets pilotés indépendamment. Agissant comme des batteurs, ils permettent de contrôler la masse liquide et lui donnent la forme souhaitée. Installée en 2012, une soufflerie peut quant à elle reproduire différentes conditions de vent, afin par exemple d’étudier le comportement d’une éolienne flottante.

Ajout de la courantologie et s’adapter aux projets côtiers

Avec son extension de 40 mètres, le futur bassin, prévu pour s’étendre sur 90 mètres, doit être doté d’un nouveau système de génération de vent, alors que la partie nouvelle disposera d’un « faux plancher » avec des pompes permettant de créer une courantologie. Il sera dès lors possible de cumuler toutes les contraintes naturelles (mer, vent, courants) pour déterminer le plus finement possible le comportement d’un bateau ou d’une structure offshore, via les tests effectués en bassin sur des maquettes instrumentées et autopropulsées. Des tests qui concernent les structures en elles-mêmes, mais aussi leur interaction avec d’autres éléments, par exemple un navire immergeant une structure sous-marine.

La partie allongée doit également proposer des profondeurs variables, allant jusqu’à moins de 1.5 mètre. Comme la possibilité de générer du courant, il s’agit là de répondre à un besoin croissant de tester des structures côtières, pour lesquelles la profondeur actuelle est trop importante pour reproduire les effets naturels.

La concurrence de la simulation numérique

Ces dernières années, le développement des outils numériques a offert des avancées considérables pour l’optimisation des carènes, permettant de tester des designs très innovants, d’étudier de multiples formes pour retenir les meilleures et, ainsi, dégrossir les recherches au maximum avant de valider les performances en bassin. Il a, ainsi, été possible de tester, virtuellement, beaucoup plus de modèles sans augmenter le nombre de maquettes fabriquées, ces dernières étant très coûteuses (parfois plus de 100.000 euros). La simulation numérique a donc grandement fait avancer l’architecture navale et les outils continuent de progresser rapidement, avec une précision qui permet désormais, pour certains projets, de s’affranchir complètement des tests en bassins. C’est le cas par exemple pour les calculs de résistance à l’avancement, habituellement réalisés dans les bassins de traction.

Cependant, les bassins de houle demeurent encore une valeur sûre pour déterminer le comportement des structures dans un environnement complexe. Malgré les progrès du numérique, les essais réels sur des modèles réduits restent en effet indispensables dans de nombreux cas, tant certains phénomènes sont compliqués et qu’il est difficile, voire impossible en l’état actuel de la technologie, de les reproduire. De nombreux opérateurs souhaitent, de plus, toujours disposer d’une confirmation physique.

Dans ce contexte, l’avenir des bassins, à l’image du projet de Centrale Nantes, est donc clairement aux outils polyvalents de grande dimensions, à même de reproduire des conditions variées, en haute mer et en côtier, de cumuler les contraintes et de travailler aussi bien avec des modèles de navires que des structures fixes et engins flottants, y compris des fermes aquacoles.