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Ces marines qui font l'erreur de négliger la lutte anti-sous-marine

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Ces marines qui font l'erreur de négliger la lutte anti-sous-marine

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Un destroyer de 10.000 tonnes flambant neuf démuni face à un sous-marin inconnu... Cela s'est passé mi-septembre dans les eaux territoriales japonaises. A seulement 1000 mètres, des officiers du destroyer Atago ont eu la mauvaise surprise d'apercevoir un périscope de sous-marin. Si l'Atago est parvenu à confirmer la présence d'un bâtiment inconnu grâce à une émission de son sonar de coque, la faiblesse de ses moyens de détection l'a empêché de pister l'intrus, qui a été perdu 90 minutes après le premier contact. Destroyer lance-missiles équipé du système américain Aegis et d'un arsenal de quelques 104 missiles, l'Atago n'embarque pas de sonar remorqué ni d'antenne passive, moyens qui auraient pu lui permettre de traquer le sous-marin. Arrivés trop tard, les avions de patrouille maritime P 3-C Orion, malgré 50 heures de recherches, n'ont pas obtenu plus de résultats.
En temps de paix, cette faiblesse se solde par une blessure d'orgueil pour les Japonais. Mais, en temps de guerre, un bâtiment de cette catégorie, si puissant soit-il, aurait pu être coulé avant même de se rendre compte de la présence d'un sous-marin. Cette expérience lui interdit, par voie de conséquence, tout déploiement dans une zone de crise sans escorte rapprochée de navires de lutte anti-sous-marine.

Explosion d'une torpille sur une frégate (© : ROYAL AUSTRALIAN NAVY)
Explosion d'une torpille sur une frégate (© : ROYAL AUSTRALIAN NAVY)

La menace sous-marine n'a jamais été aussi importante

Dans le cas du Japon, cette lacune n'est pas gravissime, dans la mesure où le pays dispose d'une flotte conséquente (47 destroyers et 8 frégates, dont 34 équipés d'antennes remorquées). En revanche, au niveau mondial, on observe une très nette tendance des marines à négliger la menace sous-marine pour axer l'équipement de leurs nouveaux bateaux sur la lutte antiaérienne. Ces choix semblent d'autant plus discutables que de nombreux pays, confrontés à des contraintes budgétaires importantes, réduisent considérablement le format de leurs marines. Ceci implique que les navires se déplaceront la plupart du temps seuls et, sans protection ASM appropriée, feraient office de cibles rêvées pour les sous-mariniers. L'exemple type des conséquences que peut faire peser l'arme sous-marine reste celui de la guerre des Malouines, en 1982. Le simple torpillage du croiseur Belgrano par le sous-marin britannique HMS Conqueror a cloué dans ses ports toute la flotte argentine, une marine dépourvue de moyens ASM modernes et donc très vulnérable au large.
Vingt-six ans plus tard, le contexte a-t-il changé ? Manifestement pas, et même bien au contraire. S'il est vrai que ce qui se passe au dessus de la mer est plus visible, la menace venant des fonds n'a jamais été aussi importante. Jamais autant de sous-marins n'ont en effet été vendus et, faut-il le rappeler, une simple torpille suffit à pulvériser une unité de 4000 ou 5000 tonnes, dégâts que ne provoquera jamais un missile antinavire. On notera par ailleurs que la prolifération des sous-marins dans tous les océans s'accompagne de la vente sur le marché international d'armes toujours plus dangereuses. C'est le cas par exemple des torpilles russes à remontée de sillage.

FREMM proposée à la Grèce (© : DCNS)
FREMM proposée à la Grèce (© : DCNS)

L'émergence de bâtiments réellement polyvalents

Dans ce contexte et pour répondre aux impératifs budgétaires de leurs clients potentiels, les industriels misent de plus en plus sur des plateformes multi-missions. Il ne s'agit pas seulement d'installer sur des bâtiments antiaériens quelques équipements de base, comme un sonar de coque, des tubes lance-torpilles et éventuellement un hélicoptère, mais bien de concevoir des plateformes à même de répondre efficacement à toute menace, quelque soit le théâtre d'opération. La France et l'Italie ont ouvert la voie avec la Frégate Européenne Multi-Missions (FREMM), qui se décline en plusieurs variantes suivant l'emploi souhaité. Pour l'heure, l'exemple de polyvalence le plus abouti de cette famille est sans doute le modèle proposé à la Grèce. Long de 142 mètres pour un déplacement de 6000 tonnes, ce bâtiment offre une palette d'armement et d'équipements sans équivalent pour une unité de ce tonnage. La frégate est conçue pour embarquer 16 missiles surface-air Aster 30 (70 kilomètres de portée) et 24 missiles surface-air à courte portée Mica VL (20 kilomètres). Avec le radar multifonctions Herakles et de solides moyens de guerre électronique, elle est donc capable d'assurer son autodéfense et d'offrir un « parapluie » antiaérien à un groupe de navires. A cela, s'ajoutent 8 missiles antinavires Exocet et, dans le domaine de l'action vers la terre, 16 missiles Scalp Naval (1000 km de portée) et une pièce de 127 mm pouvant tirer contre buts terrestres. Malgré ces capacités imposantes, la FREMM proposée à la marine hellénique n'est pas dépourvue de moyens ASM, loin s'en faut. Elle dispose d'un sonar de coque, d'un sonar remorqué actif à très basse fréquence (CAPTAS UMS 4229), es torpilles légères MU90 et d'un hélicoptère. Il est également possible d'installer sur cette plateforme des lance-leurres anti-torpilles. En somme, de quoi réagir si un sous-marin venait à pointer son périscope à quelques encablures...

FREMM proposée à la Grèce (© : DCNS)
FREMM proposée à la Grèce (© : DCNS)