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CGG : La flotte française confiée au Norvégien Eidesvik

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Marine Marchande

C’est l’épilogue d’une longue histoire qui pourrait se solder par la disparition définitive de la filière sismique française. Hier, CGG a annoncé avoir conclu un accord avec l'armement norvégien Eidesvik et ses créanciers nordiques pour la création d’une nouvelle société commune. Celle-ci détiendra les Geo Coral, Geo Caribbean, Geo Celtic, CGG Alizé et Oceanic Challenger, navires auparavant exploités sous pavillon français par GeofieLD, co-société de CGG et Louis Dreyfus Armateurs, qui va donc disparaitre.

Un secteur dans la tourmente

Pour mémoire, la crise de l’offshore, liée à l’effondrement du prix du pétrole, a entrainé une réduction drastique des investissements d'exploration des majors pétrolières, au premier rang desquelles les campagnes sismiques. Il en a résulté une importante surcapacité et le désarmement de nombreux navires. CGG, l’un des leaders du secteur, pour le compte duquel jusqu’à 23 navires sillonnaient les mers du globe, s’est retrouvé en grande difficulté. Il décida fin 2015 de désarmer toute sa flotte en propriété, sous pavillon français et opérée par GeofieLD, plutôt que de payer de lourdes pénalités en rompant les chartes parties le liant le groupe à Eidesvik, son autre gestionnaire nautique, auprès duquel il affrétait ses autres navires (voir notre article détaillé).

CGG, dont la situation financière ne donne pas encore de signe de reprise notable, a donc finalement décidé dans le cadre de son programme de « maîtrise des coûts opérationnels et financiers », de désormais s'allier exclusivement avec Eidesvik. Ce dernier, qui a lui aussi beaucoup souffert de la crise du pétrole en perdant d’importants actifs sur le marché offshore, conforte ainsi une activité cruciale et élargit sa flotte à des conditions probablement avantageuses. Il va donc devenir l'unique opérateur de la flotte de CGG. 

Côté français, la décision de mettre sous cocon les navires tricolores a provoqué d’importants remous car le risque majeur, sans ces unités, est de perdre rapidement un précieux savoir-faire. Celui-ci, acquis depuis les années 90 par les équipages de LDA nécessite de l’expérience, ainsi que de nombreuses qualifications, entretenues par des embarquements réguliers. Malgré les appels au gouvernement et les différentes initiatives lancées par les acteurs du dossier, aucune solution n’a pu être trouvée.

Taux d'affrètement renégociés

Prévue pour être opérationnelle rapidement, la nouvelle société détenue à parts égales par Eidesvik et CGG possèdera donc les cinq anciens navires français, ainsi que l’Oceanic Sirius et Oceanic Vega. Tous les financements liés à ces navires y sont transférés. « CGG continuera à affréter auprès de la nouvelle société l’Oceanic Vega et l’Oceanic Sirius, puis affrétera les navires Geo Coral (dès le deuxième trimestre 2017), Geo Caribbean et Geo Celtic à l’expiration des contrats d’affrètement des autres navires aujourd’hui opérés. CGG continuera donc à opérer une flotte de 5 navires sismiques 3D avec un management opérationnel maritime et sismique identique », explique le groupe de géophysique. En plus de la réorganisation de la flotte, CGG s’est aussi entendu avec son partenaire et les banques norvégiennes pour renégocier les taux d’affrètement afin de réduire les coûts d’exploitation et donc sa compétitivité. « Les nouveaux taux journaliers d’affrètement tels que prévus dans le nouveau dispositif, associé à la modification de celui de l’Oceanic Champion annoncé le 14 mars dernier, permettront à CGG de réduire très significativement ses coûts d’affrètement. Ces nouvelles conditions contractuelles ont été obtenues principalement à travers le rééchelonnement dans le temps du remboursement des dettes attachées aux navires, couplé à une extension de la durée des engagements d’affrètement », détaille le groupe.

 

Les navires désarmés à Dunkerque (© FABIEN MONTREUIL)

« Un immense gâchis »

Avec la disparition de la flotte française de CGG, la filière hexagonale d’exploitation de navires sismiques est, pour beaucoup, éteinte ou en passe de l'être. Chez LDA, où cette activité regroupait 82 officiers, il a fallu en passer par un plan de sauvegarde de l’emploi, qui s’est traduit, selon la CFDT, par un plan de départs volontaires, quelques reclassements, des non renouvellements de CDD et un licenciement. « C’est un immense gâchis pour la filière française et, si l’on peut comprendre les raisons économiques et le problème des contrats d’affrètement avec Eidesvik qui ont conduit CGG à désarmer ses navires français, on peut regretter qu’il ne se soit rien passé lorsque l’activité a commencé à redémarrer (avec la remise en service d'un premier navire, le Geo Coral en décembre dernier, ndlr). C’est d’autant plus regrettable qu’il faut rappeler que la France, via la BPI et l’IFP, a contribué à la recapitalisation de CGG, qui restructure donc aujourd’hui sa flotte avec les Norvégiens », explique un responsable syndical. Et de déplorer « le manque de volonté politique du gouvernement français » malgré les rencontres intervenues dans les ministères, la dernière en décembre dernier. « Nous avions interpellé le gouvernement quand nous avons appris que CGG commençait à remobiliser la flotte désarmée. Il y avait sans doute encore quelque chose à jouer ».

Pour la CFDT, l'expertise française n’est pas encore totalement morte, mais si l’on veut le préserver, il va falloir agir très vite : « Ce savoir-faire existe encore car nous avons encore des officiers qui ont travaillé à la sismique il y a moins d’un an, donc avec des certificats à jour. LDA a, de plus, décroché au Vietnam un contrat avec l’Amadeus. Même si le bateau a été re-pavillonné localement et que cette mission n’est prévue pour le moment que pour quelques mois, nous avons des officiers français à bord. Et puis il y a la question de la flotte stratégique et les décisions qui pourront être prises quand la loi sera entrée en vigueur ». Ce responsable syndical en convient, les chances de sauver la filière sont sans doute minces, surtout sans le poids lourd national qu’est CGG. « Mais il n’est pas encore trop tard ».

 

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