Construction Navale
Chantiers de l’Atlantique : FO va plaider à Bercy le rejet d'un rachat italien

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Chantiers de l’Atlantique : FO va plaider à Bercy le rejet d'un rachat italien

Construction Navale

Alors que la France semble prête à offrir sur un plateau le gros de son industrie navale à l’Italie, certains ne désarment pas. C’est le cas à Saint-Nazaire, où Force Ouvrière est toujours vent debout contre la prise de contrôle des Chantiers de l’Atlantique par Fincantieri. Le projet en est actuellement au stade de l’examen approfondi par les autorités européennes de la concurrence. Celles-ci devraient statuer sur le dossier d’ici le mois de décembre et, si Bruxelles donne son feu vert, les accords conclus en 2017 par la France et l’Italie devraient entrer en vigueur. Dans ce cadre, l’Etat, qui a depuis plus de deux ans repris les parts anciennement détenues par le groupe sud-coréen STX, devrait vendre 50% du capital des chantiers nazairiens à Fincantieri, et lui prêter 1% afin de lui permettre de détenir le contrôle opérationnel de l’entreprise. Force Ouvrière, opposée depuis le début à cette opération et qui en voit d’autant moins la pertinence aujourd’hui compte tenu du plan de charge historiquement élevé de Saint-Nazaire, avec des commandes jusqu'en 2029, met en avant ce qu’elle considère comme les dangers d’une reprise malgré les nombreux engagements pris de l’autre côté des Alpes. Le syndicat pointe toujours la coopération développée avec la Chine par les Italiens sur la construction de paquebots, ou encore une perte d’autonomie et de gouvernance du chantier avec à terme, selon lui, de potentielles conséquences néfastes sur l’emploi direct et la sous-traitance. « Notre chantier a la capacité de décrocher des commandes sans être adossé à un grand groupe et la capacité de les financer à des taux plus intéressants que ceux dont bénéficie Fincantieri. La section FO ne veut pas pour les salariés de notre entreprise d’un scénario façon Alstom Energie, Arcelor Mittal et tant d’autres », affirme le syndicat, qui doit être reçu à ce sujet jeudi 17 septembre au ministère de l'Economie. Pour FO, « tant qu’une solution française ne sera pas trouvée, il est indispensable de maintenir la nationalisation du dernier grand chantier naval du pays ».

Pendant ce temps, Fincantieri continue de travailler avec Naval Group sur le second volet du rapprochement de la navale franco-italienne, cette fois dans le domaine militaire. C’est le projet Poséidon, qui a fait l’objet de la signature d’un accord entre les deux industriels en juin dernier et doit voir la naissance prochaine d’une société commune. Alors que sur le plan commercial cela n’a pas entrainé de « cessez-le-feu » entre Fincantieri et Naval Group, qui se livrent toujours une bataille féroce sur le marché export, ce projet de rapprochement, considéré comme stratégique par Hervé Guillou, le patron de Naval Group, ne fait toujours pas l’unanimité dans l’Hexagone. On trouve des réticences un peu partout, que ce soit au niveau étatique, chez l'actionnaire industriel de référence de Naval Group, Thales (qui a beaucoup à perdre dans l'opération) mais aussi en interne et chez les grands partenaires de l’industriel français. L’un d’eux, interrogé par Mer et Marine il y a quelques jours sur cette question, estimait, dans un langage fleuri ayant le mérite de la clarté, qu’il s’agissait là d’une « énorme connerie » et posait une question pleine d’ironie : « Cette alliance c’est un mariage entre des polytechniciens et des marchands de tapis. A votre avis qui va avoir la peau de l'autre ? »

 

Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France)