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Chantiers de l'Atlantique: la construction d'un premier paquebot GNL débute
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Chantiers de l'Atlantique: la construction d'un premier paquebot GNL débute

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Premier d’une nouvelle génération de paquebots géants commandés par l’armateur italo-suisse MSC Cruises, le futur MSC Europa, tête de série du projet World Class, a vu sa construction officiellement débuter le 31 octobre aux Chantiers de l’Atlantique. Le « W34 », comme on l’appelle dans l’estuaire de la Loire, doit être mis à l’eau en juillet 2021 et être livré en mai 2022. Ce navire et ses sisterships seront les plus gros paquebots du monde après les unités de la classe Oasis de la compagnie américaine Royal Caribbean International, également réalisés par les chantiers nazairiens.

 

Cérémonie de découpe de la première tôle du MSC Europa (© IVAN SARFATTI)

Cérémonie de découpe de la première tôle du MSC Europa (© IVAN SARFATTI)

Pierfrancesco Vago, président de MSC Cruises, et Laurent Castaing, patron des Chantiers de l'Atlantique (© IVAN SARFATTI)

Pierfrancesco Vago, président de MSC Cruises, et Laurent Castaing, patron des Chantiers de l'Atlantique (© IVAN SARFATTI)

Cérémonie de découpe de la première tôle du MSC Europa (© BERNARD BIGER)

Cérémonie de découpe de la première tôle du MSC Europa (© BERNARD BIGER)

Vue du futur MSC Europa (© CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE)

Vue du futur MSC Europa (© CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE)

 

 

Long de 333.3 mètres pour une largeur de 47 mètres et une hauteur de 68 mètres, le MSC Europa affichera une jauge de 205.700 GT. Dotés de 2632 cabines et suites, il aura une capacité maximale de 6761 passagers (5264 en base double), servis par 2139 membres d’équipage. Ses deux premiers sisterships, le X34 et Y34, doivent entrer en flotte au printemps 2025 puis au printemps 2026. Quant au quatrième (Z34), sa mise en service, initialement annoncée en 2026, a été reportée à 2027. 

La livraison du quatrième décalée pour prendre de nouvelles commandes

Vraisemblablement pour permettre au chantier, dont le carnet de commandes est à un niveau historiquement élevé et donc les places dans les cales très limitées, de placer au moins un bateau supplémentaire pour un autre armateur (la commande d’une à deux nouvelles séries de paquebots est espérée rapidement pour des livraisons à partir de 2024). L'autre hypothèse était que MSC, ce qui a déjà été le cas, décide d’allonger une de ses séries. Mais ce n'est à ce stade pas le cas, assure une source bien informée. L'armateur a en effet, pour le moment, suffisamment de bateaux déjà en commande. Après la livraison du MSC Grandiosa (331.4 mètres, 181.500 GT, 2440 cabines) jeudi dernier, celle de son sistership, le MSC Virtuosa, suivra en octobre 2020. Puis viendra en 2023 une cinquième unité de cette série, la première équipée d’une propulsion GNL (pour MSC, la construction de ses cinq premiers paquebots GNL représente un investissement de 5 milliards d'euros, dont près de 4.5 pour les quatre World Class). L’armateur italo-suisse a, de plus, d’autres bateaux en commande chez Fincantieri, en Italie : deux paquebots de la classe Seaside EVO (169.400 GT, 2270 cabines) livrables en 2021 et 2023, ainsi que quatre unités de luxe de 64.000 GT et 500 cabines prévues entre 2022 et 2026 (leur design doit être révélé en avril prochain a indiqué jeudi à Mer et Marine le patron de MSC).

Pour Saint-Nazaire, World Class est un projet crucial, non seulement par l’ampleur de la charge apportée par chaque bateau de cette classe (10 millions d’heures de travail), mais aussi parce que le MSC Europa sera le premier paquebot doté d’une propulsion fonctionnant au gaz naturel liquéfié construit en France. Un carburant qui permet selon l’armateur de réduire de 99% les émissions d’oxyde de soufre (SOx), jusqu’à 85% les rejets d’oxyde d’azote (NOx), de 20% les émissions de dioxyde de carbone (CO2) mais aussi de manière significative les particules fines. A l’heure où la croisière est de plus en plus attaquée pour son impact environnemental, le GNL constitue donc une réponse majeure pour les années qui viennent.

Avec World Class, Saint-Nazaire peut se lancer enfin sur ce marché très porteur des paquebots fonctionnant au gaz, après le faux départ qu’avait représenté le projet Pegasis de Brittany Ferries, tombé à l’eau en 2014. Ce rattrapage est d’autant plus important que d’autres chantiers concurrents se sont entretemps lancés sur les paquebots GNL, à commencer par le constructeur allemand Meyer Werft et sa filiale finlandaise de Turku, qui ont livré le premier navire du genre, l’AIDAnova, en décembre 2018, et en achèvent actuellement un second, le Costa Smeralda, qui doit entrer en service en décembre avec cependant deux mois de retard (voir notre article à ce sujet). Le groupe Meyer a par ailleurs déjà 13 autres navires de croisière au GNL en commande : 2 AIDA, 1 Costa, 2 Carnival Cruise Line, 2 P&O Cruise, 3 Disney, 3 Royal Caribbean (un 4ème est prévu). Quant à Fincantieri, il a reçu la commande de deux paquebots propulsés au gaz pour Princess Cruises (livrables en 2023 et 2025) ainsi que deux autres pour TUI Cruises (2024 et 2026). Mais le groupe italien, via sa filiale Vard, livrera en fait son premier bateau de croisière propulsé au gaz dès 2021, avec le brise-glace de Ponant.

Concernant les World Class, Saint-Nazaire et MSC vont faire appel à Wärtsilä pour la fourniture de la partie gaz. Les navires seront dotés de deux cuves pouvant contenir chacune 2200 m3 de GNL. Elles alimenteront cinq moteurs dual-fuel, les navires n’étant pas dotés de pods (moteurs électriques placés dans des nacelles orientables) mais selon le souhait de l’armateur d’une architecture traditionnelle sur deux lignes d’arbres, avec pour les manœuvres des propulseurs en tunnel à l’avant et à l’arrière. La puissance totale installée sera d’environ 80 MW, dont 50 pour la propulsion.

Le MSC Europa va, de plus, expérimenter un démonstrateur de pile à combustible développée par le CEA Tech. Ce sera la première à fonctionner au GNL. Une technologie qui doit permettre à terme de réduire de 30% les émissions de gaz à effet de serre, s’ajoutant aux 20% de gains déjà obtenus avec la propulsion au gaz. Ce ne sera pas encore le cas avec le MSC Europa, dont le démonstrateur sera de petite puissance (50 kW) mais les Chantiers de l’Atlantique espèrent, si l’opération est concluante, rapidement passer à des puissances plus élevées : 1, 5, puis 10 MW, ce que ne permettent pas aujourd’hui les piles à combustible existantes fonctionnant à l’hydrogène.

MSC Cruises Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France)