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Chantiers de l'Atlantique : la livraison du MSC Virtuosa repoussée de plusieurs mois
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Chantiers de l'Atlantique : la livraison du MSC Virtuosa repoussée de plusieurs mois

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Les Chantiers de l’Atlantique n’échappent pas aux soubresauts de la crise du coronavirus, qui secoue durement l’industrie de la croisière. Avec, pour commencer, un report de livraison du paquebot le plus avancé de ceux en construction à Saint-Nazaire. Il s’agit du MSC Virtuosa (H34), navire de 331 mètres de long pour 43 mètres de large, 181.500 GT de jauge et 2440 cabines. Sistership du MSC Grandiosa (G34), livré en octobre 2019, ce navire, mis à l’eau le 29 novembre dernier, devait entrer en flotte en octobre prochain. Mais, a appris Mer et Marine, son armateur, MSC Cruises, et les Chantiers de l’Atlantique, se seraient entendus pour repousser sa livraison à début 2021. D’ici là, tout le monde espère que l’industrie du tourisme aura sinon retrouvé une activité normale, ce à quoi personne ne croit vraiment à cette échéance, du moins repris quelques couleurs et amorcé son redressement. Et cela laissera le temps au constructeur de rattraper le retard pris pendant la période de confinement et la remontée en puissance de son activité, entamée le 27 avril et qui demeure encore ralentie.

 

Le MSC Grandiosa (© JEAN-CLAUDE BELLONNE)

Le MSC Grandiosa (© JEAN-CLAUDE BELLONNE)

 

MSC veut maintenir son plan de développement

Le report de la livraison du MSC Virtuosa ne sera sans doute pas le seul changement dans le carnet de commandes du chantier français. Bonne nouvelle pour eux, MSC Cruises semble résolu à vouloir maintenir son plan de développement, l’armateur familial espérant certainement profiter de la crise pour consolider ses positions face à ses principaux concurrents  américains, malmenés sur les marchés boursiers ces dernières semaines. Mais le groupe italo-suisse doit lui aussi composer avec la crise et ses répercussions financières. Des adaptations techniques dans les futurs projets devraient par ailleurs intervenir, à la lumière des enseignements sanitaires du Covid-19, en particulier les épidémies subies par un certain nombre de paquebots (un seul des siens a été touché au mois de mars, le MSC Opera). Pour l’heure, après le MSC Virtuosa, un dernier paquebot de la classe Meraviglia+ reste à construire, le V34, attendu en 2023 et qui sera le premier de cette série équipé d’une propulsion fonctionnant au gaz naturel liquéfié.

 

Vue du futur MSC Europa (© CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE)

Vue du futur MSC Europa (© CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE)

 

Avant cela, Saint-Nazaire doit sortir le premier des quatre géants à propulsion GNL du programme World Class, le W34, futur MSC Europa (333 mètres, 205.700 GT, 2630 cabines) dont la construction a débuté le 31 octobre. Sa livraison reste à ce stade programmée en 2022. Normalement, ses sisterships doivent suivre en 2024, 2025 et 2027. Pour la suite, MSC Cruises avait annoncé en janvier deux nouveaux projets prévus entre 2025 et 2030. Ils portent pour l’un sur des voiliers de croisière Silenseas (deux à quatre) et pour l’autre sur une nouvelle génération de quatre paquebots géants (Ultimate). Des projets qui restent pour l’heure des projets, l’urgence pour l’armateur et le chantier étant d’abord de sécuriser les commandes en cours, ce qui n’est déjà pas une mince affaire dans le contexte actuel.

Plus d’inquiétudes avec RCCL

Concernant le second client majeur de Saint-Nazaire sur le marché des paquebots, le groupe américain RCCL, les choses semblent plus complexes. Il faut dire que le numéro 2 mondial du secteur se retrouve avec la crise du coronavirus dans une situation financière très délicate. Ce fut d’ailleurs le premier de l’industrie a annoncé dès le mois dernier un plan social de grande ampleur avec le licenciement de 20% de ses salariés aux Etats-Unis. Pour l’heure, RCCL a en commande à Saint-Nazaire, pour sa filiale Royal Caribbean International, les deux prochains plus gros paquebots du monde, des mastodontes de 362 mètres, 231.000 GT et 2759 cabines. Le premier, nommé Wonder of the Seas (C34), est en cours d’assemblage et sa mise à l’eau, prévue initialement début juillet, sera logiquement retardée, du fait notamment que les travaux ont cessé à bord pendant plus d’un mois. Prévu pour être exploité sur le marché chinois, au départ de Shanghai, il doit être livré au printemps 2021. Un autre navire de ce type, le A35, qui sera le sixième de la classe Oasis, a déjà été commandé pour une livraison en 2023. En revanche, le septième de la série (B35), que Saint-Nazaire espérait voir confirmé cette année pour une mise en service en 2026, ne le sera pas dans l’immédiat, voire jamais.

 

Vue du futur Wonder of the Seas (© RCI)

Vue du futur Wonder of the Seas (© RCI)

 

Evidemment, les yeux se tournent aussi vers Celebrity Cruises, autre filiale de RCCL qui fait réaliser ses nouveaux paquebots à Saint-Nazaire. Après le Celebrity Edge (J34) en 2018, son sistership, le Celebrity Apex (K34) a été livré en mars. Après ces deux navires de 306 mètres, 130.800 GT et 1467 cabines, trois autres (L34, M34, N34) doivent être produits. Il s’agit d’unités plus imposantes, dites « Edge Jumbo », auxquelles une nouvelle section est ajoutée pour porter la longueur à 327 mètres, la jauge à 140.600 GT et le nombre de cabines à 1650. La construction du L34, futur Celebrity Beyond, a débuté fin janvier, sa livraison étant initialement prévue à l’automne 2021. Mais selon certaines sources le projet serait retardé de quatre mois, ce qui pourrait renvoyer la sortie du L34 à début 2022. On ne sait pas encore si ce glissement se répercutera aussi sur les M34 et N34, prévus à ce stade pour entrer en service à l’automne 2022 et en 2024. On notera que le cinquième paquebot de cette série, tout comme le sixième Oasis (A35), faisaient l’objet d’options aux contrats initiaux, options qui ont été confirmées par RCCL en 2019.

 

Le Celebrity Apex (© MER ET MARINE)

Le Celebrity Apex (© MER ET MARINE)

 

Grosses incertitudes après 2024

Pour faire « simple », sauf catastrophe majeure dans les mois qui viennent, ce qui reste possible dans le contexte actuel, les commandes de Saint-Nazaire devraient être assurées jusqu’en 2024, moyennant sans doute des adaptations dans les calendriers. Ce qui constitue un exercice très compliqué pour le chantier tant la production et l’organisation y sont calibrés au plus juste pour optimiser l’outil industriel et parvenir à faire travailler de concert des centaines de fournisseurs et d’entreprises sous-traitantes. On doit donc probablement s’arracher les cheveux en ce moment sur les bords de Loire, d’autant que cette période de fortes turbulences pourrait être suivie d’une phase de très grand calme. Car au-delà de 2024, les choses paraissent bien plus incertaines. Même si de ce chamboulement peuvent aussi émerger des opportunités, par exemple sur le marché des navires de croisière de taille moyenne, délaissé ces dernières années et qui pourrait reprendre de la vigueur, ou encore en matière d’innovations environnementales.

 

La future sous-station du champ éolien de Saint-Nazaire/Guérande (© CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE)

La future sous-station du champ éolien de Saint-Nazaire/Guérande (© CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE)

 

Les énergies marines et navires militaires

En attendant, le chantier a heureusement d’autres fers au feu, même s’ils ne sauraient représenter une charge de travail équivalente à celle des paquebots. Il y a d’abord la sous-station électrique (S34) commandée par EDF et destinée au futur champ éolien offshore de Guérande. Sa réalisation a débuté en janvier en vue d’une livraison en 2021. Deux autres sous-stations doivent suivre en 2022 et 2023 pour les parcs de Fécamp et Courseulles-sur-Mer. Saint-Nazaire espère de plus de nouvelles commandes à l’export sur ce segment des énergies marines.

 

Vue des futurs BRF de la marine française (© CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE)

Vue des futurs BRF de la marine française (© CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE)

 

Il y a également les bâtiments militaires, pour lesquels le chantier est engagé dans plusieurs grands programmes. Avec pour commencer les quatre nouveaux bâtiments ravitailleurs de forces (BRF) de la Marine nationale, dont la tête de série (C35) doit voir sa construction prochainement débuter en vue d’une mise en service d’ici 2023. Les autres sont prévus en 2025 (D35), 2027 (E35) et 2029 (F35). Et puis il y a surtout le ou les futurs porte-avions français, pour lesquels une décision est attendue cette année et qui pourrai(en)t apporter une précieuse charge de travail après 2025 si le marché de la croisière se tasse, comme beaucoup le craignent.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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