Construction Navale
Chantiers de l'Atlantique : Pourquoi le rapprochement avec Aker Yards prend du retard

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Chantiers de l'Atlantique : Pourquoi le rapprochement avec Aker Yards prend du retard

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Prévue le 31 mars, l’officialisation du rapprochement entre la branche marine d’Alstom et Aker Yards a finalement été repoussée. La semaine dernière, le groupe norvégien a indiqué espérer une signature « fin avril », une date que certaines sources jugent optimiste. Plus rien ne semble pourtant devoir s’opposer à l’alliance des deux industriels. L’audit de l’entreprise française est achevé depuis janvier et, le 27 mars, la Commission européenne a donné son aval au regroupement, préalable indispensable à l’opération. A l’initiative du plan Leadership 2015, qui vise à fortifier la construction navale européenne grâce, notamment, à des fusions et acquisitions, Bruxelles estime que « le projet n'entraver(a) pas de façon significative une concurrence effective dans l'Espace économique européen ou dans une partie substantielle de celui-ci ». Toutes les conditions étaient donc réunies pour une signature rapide de l’accord entre Alstom et Aker Yards. Seulement voilà, « les directions veulent, parfois, aller plus vite que la musique », estime un cadre de l’entreprise. L’une des principales raisons de ce contretemps semble administrative. Le projet n’est, en effet, pas un véritable rachat, mais la création d’une nouvelle entité juridique. Aker Yards possèdera 75% du capital de cette société et Alstom 25%, jusqu’en 2010, date à laquelle le Français pourra décider de céder ses parts. L’ensemble des documents administratifs, comme les contrats de travail, y sont progressivement transférés. Il en va de même pour les contrats, les actes hypothécaires et toutes les formalités inhérentes aux commandes de navires, qu’il faut soumettre aux armateurs. Ces démarches représentent un travail colossal, par définition très long, d’autant que certains clients ne se priveraient pas pour tenter, en marge du transfert, de renégocier certains points. Administrativement, les Chantiers de l’Atlantique ne seront donc pas prêts immédiatement et peut être pas, selon certaines sources, avant la fin du printemps. Il n’y a, toutefois, rien d’alarmant aux yeux de la direction, qui préfère retenir le feu vert de la Commssion européenne, considérée comme « une étape décisive dans le déroulement de l’opération. Elle permet d’espérer une conclusion dans les prochaines semaines ».

Un nouveau système de garanties pour le financement des navires

Un autre problème a peut être entraîné un retard de l’opération. Il s’agit de l’élaboration d’un nouveau système de garanties pour le financement des bateaux. Traditionnellement, les chantiers ne perçoivent, à la signature du contrat, que 20% du prix du navire. Pour des paquebots, dont le coût s’élève à plusieurs centaines de millions d’euros, les constructeurs sont obligés d’avancer des sommes particulièrement importantes. Entre le temps nécessaire aux études, les marchés passés aux sous-traitants, la fabrication et les essais, l’avance de trésorerie peut durer deux à trois ans, avant la livraison du navire et donc, le paiement du solde par le client. Or, les armateurs réclament des garanties bancaires pour les avances réalisées pendant la construction. Jusqu’ici, Alstom faisait office de caution, une situation d’autant plus logique qu’il n’y a qu’une seule banque pour le groupe, les filiales injectant leur argent dans ce « pot commun » (sur lequel les Chantiers de l’Atlantique vont récupérer les fameux 300 millions d’euros qu'Alstom versera dans la nouvelle société, sous contrôle norvégien). Depuis quelques années, Bruxelles incite les pays possédant une activité de construction navale à mettre en place un système de garanties. Un modèle commun, à l’échelle de l’Union, n’ayant pas encore vu le jour, semble-t-il freiné par la Banque centrale européenne, chaque pays instaure progressivement son propre dispositif. Dans les derniers jours de décembre 2005, la France a déposé, devant la Commission européenne, un dossier visant à créer un nouveau système de garanties, largement inspiré des dispositifs allemand et néerlandais, validés par Bruxelles en 2003 et 2005. Dans ces cas, le schéma de garanties est mis en place par l’Etat. Des primes, qui sont calculées en fonction des risques liés aux prêts, sont facturées. Le niveau de ces primes couvre les risques de paiement et les coûts administratifs générés par le régime. Le système s’autofinance, évitant ainsi les désormais proscrites aides d’Etat. Une variante de ce dispositif est en vigueur en Finlande, pays où Aker Yards réalise des paquebots. La Chambre Syndicale des Constructeurs de Navires (CSCN), qui milite pour une harmonisation européenne, espère que le dossier français sera validé par la Commission dans les prochaines semaines.

Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France)