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Charles de Gaulle : un groupe aérien embarqué plutôt réduit
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Charles de Gaulle : un groupe aérien embarqué plutôt réduit

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Après avoir appareillé de Toulon mardi, le porte-avions français a officiellement débuté son nouveau déploiement en recevant hier, à son bord, Edouard Philippe, qui doit repartir ce jeudi. Le premier ministre va notamment assister aux manœuvres du groupe aérien embarqué (GAé), qui est finalement moins important que prévu. Dans un premier temps, on évoquait pour cette mission baptisée Foch la présence sur le Charles de Gaulle de vingt avions de combat Rafale Marine, deux avions de guet aérien embarqué Hawkeye et trois hélicoptères (deux Dauphin Pedro et un Caïman Marine). Mais finalement, il n’y aurait que seize  Rafale pour débuter la mission (des renforts étant prévus à certains moments du déploiement). C’est l'un des plus petits nombres d’avions de combat embarqués lors d’un déploiement opérationnel du Charles de Gaulle depuis sa mise en service en 2001. Ce format est cependant proche de celui de la mission Clemenceau en 2019, où 18 Rafale étaient engagés, mais bien moindre que les 24 qui étaient à bord lorsque le porte-avions était engagé au large de la Syrie fin 2016. Et encore plus éloigné de la capacité maximale du bâtiment, qui peut atteindre 40 aéronefs, dont 30 à 35 Rafale.

 

Le Charles de Gaulle début 2019 avec 34 aéronefs sur le pont, dont 30 Rafale (© MARINE NATIONALE - LISA BESSODES

Le Charles de Gaulle début 2019 avec 34 aéronefs sur le pont, dont 30 Rafale (© MARINE NATIONALE - LISA BESSODES)

 

Aucune raison particulière n’est avancée par la Marine nationale quant à ce nombre à priori réduit d’avions de combat mobilisés pour la mission Foch. On peut cependant imaginer qu’avec la transformation en cours des trois flottilles de chasse de l’aéronautique navale au standard F-3R du Rafale, les disponibilités sont actuellement plus réduites alors que cette évolution nécessite non seulement l’adaptation des appareils (donc des durées d’arrêts techniques plus longues que d’habitude) mais aussi la nécessité de qualifier des pilotes au sein d’un vivier qui demeure restreint. Pour le moment, seule la flottille 11F a vu sa première capacité opérationnelle déclarée sur le standard F3-R, le 29 novembre dernier. La transformation de la 17F étant prévue cette année et celle de la 12F en 2021.

Quoiqu’il en soit, un GAé comptant 16 avions de combat constitue déjà une force de frappe significative. Il n’est à ce titre pas inutile de rappeler qu’au-delà d’être bien plus polyvalent, le Rafale Marine dispose de capacités d’emport entre deux et trois fois supérieures à celles de l’ancien avion d’assaut Super Etendard Modernisé, retiré du service en 2016. Le Charles de Gaulle emporte donc actuellement l’« équivalent bombes » d’une quarantaine de SEM, ce que le bâtiment n’a jamais embarqué pendant ses 15 premières années de vie opérationnelle, pas plus d’ailleurs que ses prédécesseurs les Clemenceau et Foch.

 

Rafale Marine et SEM sur le Charles de Gaulle en 2009 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Rafale Marine et SEM sur le Charles de Gaulle en 2009 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

De plus, la situation en Méditerranée orientale, où le porte-avions va débuter son déploiement dans le cadre de la lutte contre Daech, nécessite bien moins de capacités militaires que fin 2016, lorsque l’armée irakienne, soutenue par la coalition internationale à laquelle participe la France, entreprenait son offensive pour reprendre Mossoul aux terroristes. Leurs principaux bastions en Syrie et en Irak sont aujourd’hui tombés et bien que la résurgence de groupes islamistes oblige à maintenir des capacités de combat sur zone, les objectifs à traiter (et donc les moyens à déployer) sont moindres.

Un GAé tel que dimensionné est donc suffisant, d'autant que la marine et l'état-major des armées ont, cette fois, choisi de faire embarquer sur le Charles de Gaulle quelques avions supplémentaires pour les phases les plus actives de la mission Foch (il devrait y avoir par moments 18 à 20 Rafale à bord, voire plus). Il convient en effet de souligner que le GAé peut être rapidement musclé en fonction des besoins en dépêchant des renforts depuis la métropole. Enfin, cette mission Foch présente la particularité de se dérouler non seulement en Méditerranée orientale, mais aussi, dans une seconde partie, en Atlantique et mer du Nord. A cette occasion, le porte-avions sera amené à passer devant la Bretagne, voire à faire une escale à Brest, tout près de la base des flottilles de chasse de l’aéronautique navale, stationnées à Landivisiau. Pour mémoire, la Marine nationale compte un total de 41 Rafale en parc. Ils sont répartis au sein des flottilles 11F, 12F et 17F, basées à Landivisiau, dans le Finistère, quelques appareils étant affectés à l’escadron de transformation de Saint-Dizier, commun avec l'armée de l'Air.  

Prévu pour opérer jusqu’en avril, le groupe aéronaval est constitué du porte-avions et d’une solide escorte. Celle-ci comprend pour le début de cette mission un sous-marin nucléaire d’attaque, la frégate de défense aérienne (FDA) Chevalier Paul, la frégate multi-missions (FREMM) Auvergne, la frégate grecque Spetsai, un avions de patrouille maritime Atlantique couvrant la flotte depuis la terre et le bâtiment de commandement et de ravitaillement (BCR) Var pour le soutien logistique. En cours de mission, le GAN intègrera d’autres unités en remplacement ou en complément de celles entourant déjà le porte-avions. Sont ainsi annoncées côté Marine nationale les FREMM Bretagne et Normandie, la frégate anti-sous-marine La Motte-Picquet et la frégate Surcouf, ainsi que les BCR Somme et Marne. Doivent s’y ajouter des frégates d’autres pays européens : les Leopold I (Belgique), Lübeck (Allemagne), Evertsen (Pays-Bas) et Corte Real (Portugal).

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