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Cherbourg : La déconstruction des vieux SNLE débute

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Mardi 11 septembre, Naval Group a lancé officiellement, à Cherbourg, son programme de déconstruction des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins de première génération. Une première en France et en Europe qui va marquer l'ultime étape de la fin de vie de cinq SNLE du service actif entre 1991 et 2008. Un chantier inédit qui va s'étendre jusqu'en 2027.

C'est le bout de la route pour les cinq frères du Redoutable, transformé en musée à la Cité de la Mer de Cherbourg. L'entrée de l’ancien Tonnant dans la cale n°5 de Naval Group a marqué, hier, le lancement du programme déconstruction des SNLE de première génération.

 

(© : NAVAL GROUP)

 

18 mois de chantier

En service de 1980 à 1999 avec 55 patrouilles au sein de la Force océanique stratégique, le SNLE va vivre ses derniers instants dans cette forme aménagée par Naval Group après avoir passé plusieurs années dans les bassins de la base navale de Cherbourg. Un chantier qui devrait durer près de 18 mois et mobiliser une soixantaine de personnes. Pour mener à bien cette mission, Naval Group, seul maître d’œuvre, pourra compter sur deux partenaires industriels : Véolia pour la valorisation des déchets et Néom, une filiale de Vinci, pour tout ce qui concerne le désamiantage.

Près de deux ans auront été nécessaires depuis la notification de déconstruction par la Direction Générale de l'Armement (DGA) le 24 octobre 2016, pour préparer les installations classées au titre de la protection de l’environnement permettant cette déconstruction. 

 

Le transfert du Tonnant hier à Cherbourg (© : BENOIT MERLET)

Le transfert du Tonnant hier à Cherbourg (© : BENOIT MERLET)

Le transfert du Tonnant hier à Cherbourg (© : BENOIT MERLET)

Le transfert du Tonnant hier à Cherbourg (© : BENOIT MERLET)

 

87% des 6000 tonnes de la coque valorisés

« On ne déconstruit pas un sous-marin de la même manière qu'un bâtiment de surface où l'on a la possibilité d'intervenir sur l'ensemble de la structure. Ici, il va falloir procéder par étapes successives », explique Thierry Tesson, directeur de l'opération de déconstruction des SNLE pour la DGA. La coque de 130 mètres de long va être découpée en strates horizontales. Sur les 6000 tonnes que pèse l’ancien bâtiment de la Marine nationale, déjà amputé de sa tranche réacteur,  près de 87% de la masse solide, soit environ 5300 tonnes, seront valorisés. 1500 tonnes d’acier de coque, 2000 tonnes d’acier ferreux, 1000 tonnes d’aciers non ferreux de cuivre et inox ainsi que 800 tonnes de plomb seront traitées puis vendus pour être refondus.

Les parties amiantées, principalement concentrées dans les peintures de coques, devraient représenter près de 210 tonnes, déchets induits compris. Une fois découpées, ces pièces seront transportées par une grue vers « une salle blanche » située à quelques mètres du bassin et traitées par le personnel de Néom.

Des enseignements pour les futurs sous-marins

Ce chantier est l'occasion pour Naval Group de maîtriser l'ensemble du cycle de vie des SNLE allant de la conception, la réalisation, l'entretien, le démantèlement et maintenant la déconstruction. « Un vrai travail d'ingénierie est nécessaire pour mener à bien cette dernière mission car la déconstruction n'était pas prise en compte lorsque ces bâtiments ont été lancés. Ce retour d'expérience servira pour les chantiers à venir, mais aussi pour la conception des futurs sous-marins », indiquait Thierry Tesson.

Après Le Tonnant, suivront Le Terrible, le Foudroyant, l'Indomptable et l'Inflexible dans un ordre qui reste à définir. Un chantier dont le budget avoisine dans son ensemble les 120 millions d'euros.

Une activité sur le long terme

C’est en tous cas une filière industrielle pérenne qui est en train de se mettre en place puisqu’après ces cinq bâtiments, il faudra faire de même pour les six sous-marins nucléaires d’attaque du type Rubis, dont un premier exemplaire (le Saphir) sera retiré du service cette année. Les autres suivront d’ici 2029, remplacés par les nouveaux SNA du type Suffren construits par Naval Group à Cherbourg. Puis viendront les quatre SNLE de seconde génération (Le Triomphant, Le Téméraire, Le Vigilant et Le Terrible), dont les successeurs commenceront à prendre la relève au début des années 2030.  

Personne n'évoque encore la déconstruction des sous-marins nucléaires d'attaque de classe Rubis. Encore en activité, ils seront remplacés par la nouvelle génération « Barracuda » dont le premier exemplaire, Le Suffren, est en cours d'achèvement.

Correspondance à Cherbourg de Benoît Merlet

 

Naval Group (ex-DCNS) Marine nationale