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Cherbourg : L'impact environnemental du transbordement de charbon en question

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Cherbourg : L'impact environnemental du transbordement de charbon en question

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L'enquête publique portant sur le projet de terminal charbonnier à Cherbourg vient de s'achever. Menée sous la houlette de la préfecture de la Manche, cette enquête ne porte que sur l'aspect portuaire, c'est-à-dire terrestre, du dossier. Or, le coeur du projet, emmené par la Chambre de Commerce et d'Industrie et Louis Dreyfus Armateurs (qui assurent la gestion du port depuis janvier), est maritime. LDA et la CCI souhaitent, en effet, créer un pôle de transbordement au large, à quelques milles du port, grâce à une ou plusieurs grues flottantes. Pour des raisons de sécurité évidentes, le site serait situé à distance du "rail" des Casquets, où naviguent les navires de commerce transitant en Manche. Les gros vraquiers en provenance de Colombie ou d'Afrique du sud, et dont le tirant d'eau est trop important pour Cherbourg, viendraient y décharger une partie de leur cargaison de charbon. Cette marchandise, soit 3 à 4 millions de tonnes par an, serait ensuite acheminée, par barges, jusqu'à une aire de stockage portuaire puis rembarquée sur de petits navires vers d'autres ports, essentiellement anglais, afin d'alimenter les centrales thermiques. Ce concept, s'il est nouveau pour la France, n'a rien de révolutionnaire. LDA, par exemple, exploite depuis des années des structures de ce type en Indonésie, Inde ou Colombie. Ainsi, le groupe français assure, via des grues flottantes, le transbordement de 30 millions de tonnes de charbon par an.

« On ne va pas faire n'importe quoi »

Alors que l'enquête publique s'est achevée, Robin des Bois regrette que l'impact des activités en mer ne soit pas abordé. L'association s'interroge sur l'impact du charbon pouvant tomber à l'eau lors de la manutention, par les grues, entre les gros vraquiers et les barges. « Il n'y a pas de quantification des pertes lors de la rupture de charge, ni d'évaluation des effets sur les gisements de coquilles Saint-Jacques et d'huîtres de pleine mer. L'étude d'impact de la dispersion du charbon sur les fonds marins et des poussières dans la colonne d'eau est donc manquante. Le fait que le charbon soit un élément naturel ne l'exempte pas de contenir en éléments-traces des métaux lourds assimilables par les organismes marins », affirme l'association. Du côté des promoteurs du projet, on indique que « des études d'impact sont évidemment réalisées dans ce type de dossiers ». Selon Pierre Géhanne, de LDA : « Cela a déjà été étudié là où cela se fait et ça le sera également à Cherbourg. L'impact est étudié en fonction des courants, des marées ou encore des vents. C'est normal que les gens se posent des questions et, bien sûr, on ne va pas faire n'importe quoi sous le simple prétexte que l'on va développer l'emploi dans la région. Tout cela est encadré ».
Le directeur général du groupe maritime français, Cherbourgeois d'origine, rappelle que le transbordement de charbon en mer est une activité éprouvée et maîtrisée. Fort de son expérience dans le domaine, LDA se dit d'ailleurs prêt, dans le cadre de la procédure en cours, à répondre à toutes les questions, notamment sur les opérations en mer. Le groupe maritime français est d'autant plus « à l'aise » que le projet cherbourgeois n'est pas vital pour lui. On imagine donc mal LDA prendre des risques, en France, avec un dossier qui ne serait pas « bordé » sur un sujet aussi sensible.
Au niveau du planning, le projet ne pourra être lancé qu'avec l'accord des autorités. Initialement envisagé pour début 2009, l'entrée en exploitation du futur terminal ne pourrait aujourd'hui intervenir, au mieux, qu'au second semestre.

Louis Dreyfus Armateurs