Science et Environnement
CHOF : Quels futurs moyens hydrographiques pour la marine ?
ABONNÉS

Focus

CHOF : Quels futurs moyens hydrographiques pour la marine ?

Science et Environnement
Défense

C’est l’une des bonnes surprises de la nouvelle loi de programmation militaire, qui entérine le renouvellement des plus anciennes unités hydrographiques de la Marine nationale. Il s’agit du programme CHOF (capacité hydrographique et océanographique future), qui doit voir la réalisation d’un à deux bâtiments hydrographique de nouvelle génération (BH NG), de quatre systèmes de drones et de nouveaux capteurs. Le lancement de la phase de réalisation est pour le moment prévu en 2023, avec une mise en service du premier BH NG d’ici la fin 2025.

Ces nouveaux moyens permettront de remplacer les La Pérouse, Borda et Laplace, bâtiments hydrographiques de 59 mètres et 980 tonnes en charge mis en service en 1988 pour les deux premiers et 1989 pour le troisième. Armés par 30 marins, ces bateaux peuvent accueillir une quinzaine de personnels du Service Hydrographique et Océanographique de la Marine (SHOM). Ceux-ci disposent à bord de locaux permettant d’analyser les données recueillies par les senseurs des bateaux et les moyens déployés par les deux vedettes hydrographiques que chacun embarque.

 

Le BH Borda (©  MICHEL FLOCH)

Le BH Borda (©  MICHEL FLOCH)

Vedette hydrographique embarquée sur BH (©  MARINE NATIONALE)

Vedette hydrographique embarquée sur BH (©  MARINE NATIONALE)

 

Les missions du SHOM

Les BH travaillent au profit du SHOM, établissement public et administratif placé sous la tutelle du ministère des Armées et devenu en 2007 opérateur de l’Etat. Héritier du premier service hydrographique officiel au monde, créé en 1720, et membre fondateur de l’Organisation Hydrographique Internationale (OHI), cet organisme réalise traditionnellement des cartes marines et établi les annuaires des marées pour les eaux sous juridiction française ou placées sous la responsabilité cartographique de la France. Depuis l’origine, il a pour mission de sécuriser les chenaux et routes maritimes empruntées par les navigateurs, en produisant et diffusant des cartes marines, ce qu’il est souvent le seul à faire à une telle échelle et avec un tel niveau de précision.

Mais ses missions se sont au fil du temps élargies. Le travail du SHOM est, ainsi, essentiel pour les opérations des forces navales françaises, par exemple les sous-marins, qui sont « aveugles » en immersion et doivent s’appuyer sur une connaissance précise des zones à travers lesquelles ils évoluent. Il en va de même pour les bâtiments de surface déployés à l’étranger, en particulier dans les zones côtières, le SHOM conduisant à cet effet des missions très régulières en océan Indien, en mer Rouge et dans le golfe Persique. Idem le long des côtes africaines, où des accords avec les pays riverains, qui bénéficient des travaux effectués, facilitent d’ailleurs la collecte de données. En marge du renseignement traditionnel, le SHOM, devenu un service d’intelligence de la donnée marine, apporte donc, grâce à son expertise, des informations cruciales pour les opérations militaires, avec des implications allant de la dissuasion à la guerre des mines, en passant par la surveillance maritime, la connaissance et l’anticipation sur la frange littorale, le soutien des projections amphibies et même des opérations spéciales, pour lesquelles le SHOM apporte son expertise aux commandos marine. Le service intervient aussi de plus en plus sur de nouvelles missions civiles, notamment en soutien des actions liées aux politiques publiques du littoral. Il participe par exemple à la meilleure connaissance du trait de côte dans le cadre de programmes de protection de l’environnement ou dans la perspective du développement d’activités en mer, à l’image des projets de parcs éoliens offshore.

 

Le BH Borda (©  MARINE NATIONALE)

Le BH Borda (©  MARINE NATIONALE)

Traitement des données (©  SHOM)

Traitement des données (©  SHOM)

 

« Il nous faut connaître 40 à 50 millions de km2 »

« Pour réaliser toutes ces missions, nous avons un bras armé à la mer, qui nous est d’ailleurs très envié par d’autres communautés. Ces moyens doivent permettre de couvrir de vastes zones maritimes, du littoral à la haute mer. Il ne s’agit pas seulement des 11 millions de km2 de zones économiques exclusives dont dispose la France à travers le monde. Si l’on y ajoute les besoins liés à la surveillance maritime, aux patrouilles, aux transits et au rayonnement des bâtiments de la Marine nationale, il nous faut connaître en réalité 40 à 50 millions de km2 », explique-t-on au SHOM. Il s’agit donc en premier lieu des eaux métropolitaines et des territoires français d’Outre-mer, mais aussi de l’océan Indien, de la Méditerranée et de l’Atlantique, ainsi que des mers adjacentes. Les moyens hydro-océanographiques français suivent d’ailleurs logiquement l’élargissement des théâtres d’opération de la Marine nationale et s’intéressent ainsi de plus en plus au Grand Nord. Demain, il faudra sans doute conduire plus de travaux dans la zone Asie-Pacifique, alors que les connaissances dans les territoires ultramarins demeurent clairement perfectibles. Plus généralement d’ailleurs, en dehors de secteurs non encore cartographiés ou de ceux qui l’ont été il y a longtemps, le besoin est partout régulier malgré toutes les campagnes déjà conduites. Car l’hydrographie a cela de particulier que ce n’est pas une science figée. En effet, l’environnement marin évolue de manière permanente, plus ou moins rapidement, obligeant le SHOM à remettre sans cesse le travail sur le métier. L’une des missions du service, qui bénéficie d’une connaissance unique basée sur trois siècles d’activité, est d’ailleurs de prévoir l’évolution des océans. Mais son activité est aussi liée à l’évolution du transport maritime, avec des navires de commerce toujours plus gros et présentant donc des tirants d’eau élevés, ou encore de plus en plus de bateaux de croisière naviguant dans des eaux jusqu’ici peu ou presque pas fréquentées.

 

Le BHO Beautemps-Beaupré (©  MARINE NATIONALE)

Le BHO Beautemps-Beaupré (©  MARINE

Marine nationale | Toute l’actualité de la marine française