Energies Marines
Christophe Clergeau : « Les Pays de la Loire visent le leadership français sur les EMR »

Interview

Christophe Clergeau : « Les Pays de la Loire visent le leadership français sur les EMR »

Energies Marines

A l’occasion du salon Thetis EMR, qui se déroule cette semaine à Nantes, les Pays de la Loire, l’une des régions françaises les plus en pointe dans le domaine des énergies marines, ont dévoilé hier le West Atlantic Marine Energy Center. Il s’agit de la pierre angulaire d’un plan stratégique de 5 ans consacré à la recherche, la formation et l’innovation. Cette démarche regroupe les collectivités territoriales, les industriels, l’Université et l’Ecole Centrale de Nantes, ainsi que l’Institut de Recherche Technologique Jules Verne et le Pôle de Compétitivité EMC2.

Les Pays de la Loire, qui entendent prendre le leadership français sur l’éolien posé et accélérer le passage à l’éolien flottant, veulent aussi accentuer les efforts sur des technologies d’avenir moins mâtures, comme l’hydrolien, le houlomoteur et l’énergie thermique des mers. 

Christophe Clergeau, premier vice-président de la région des Pays de la Loire, revient avec nous sur ce nouvel outil et, plus globalement, sur la stratégie ligérienne en faveur du développement des EMR.

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MER ET MARINE : Vous vous êtes personnellement engagé, depuis plusieurs années, en faveur du soutien au développement de l’économie maritime, via notamment la diversification des industries traditionnelles vers de nouvelles activités, comme les énergies marines. C’est l’un des grands chevaux de bataille de la Région ?

CHRISTOPHE CLERGEAU : La Région s’est depuis plusieurs années dotée d’une stratégie globale sur les EMR. Elle comporte un axe industriel, un axe européen et international, mais aussi un volet consacré au développement des compétences, à la formation, à la recherche et aux sites d’essais. Sur ce dernier point, West Atlantic Marine Energy Center est né de la volonté de donner une structuration collective, une feuille de route et une visibilité beaucoup plus fortes dans le domaine des énergies marines renouvelables.

Pourquoi avoir créé cette nouvelle structure dédiée spécifiquement à la recherche, la formation et l’innovation?

Aujourd’hui, nous avons l’un des écosystèmes les plus riches d’Europe mais nous sommes assez dispersés, entre les forces de R&D privées, l’Université ou encore l’Ecole Centrale de Nantes. Il fallait donner une visibilité globale et une vraie stratégie pour former un véritable Institut de recherche, de formation et d’innovation consacré aux EMR. C’est aussi une opération d’attractivité et de communication à l’international. L’offre des Pays de la Loire dans le domaine des EMR doit être visible à l’échelle européenne et mondiale.

Concrètement, quelles actions vont être entreprises ?

Il faut des moyens supplémentaires pour animer le collectif et monter des opérations communes de rayonnement et de visibilité, mais aussi aller chercher les financements européens, notamment dans le cadre du programme Horizon 2020. La région va investir 4 millions d’euros sur 5 ans pour financer l’équipe d’animation et le ressourcement scientifique. Nous allons ainsi soutenir des paris sur l’avenir et faciliter l’exploration de nouvelles pistes en permettant  aux forces de R&D de se fortifier. En plus du soutien financier à l’innovation, grâce à la visibilité et l’attractivité que nous allons donner, nous comptons attirer des chercheurs et étudiants français comme internationaux de haut niveau. En renforçant l’ingénierie collective, on donnera aux laboratoires les moyens d’aller plus loin. Notre objectif, d’ici 2020, est de lancer des programmes de recherche mobilisant 20 à 30 millions d’euros de financements nationaux et européens.

Quelle est la feuille de route technologique ?

Notre feuille de route en matière de recherche, de formation et d’innovation est issue d’une expression de besoins à cinq ans des industriels, notamment Alstom, DCNS et STX France. Elle est axée sur l’éolien posé et la transition vers l’éolien flottant, mais aussi d’autres technologies d’avenir, comme l’hydrolien. Autour du socle constitué par les grands donneurs d’ordres présents sur le territoire, nous allons mobiliser les PME, les laboratoires et mutualiser des moyens d’essais.

Ces moyens d’essais sont d’ailleurs l’une des grandes ambitions de la stratégie régionale en faveur des EMR. Vous entendez notamment soutenir le développement du SEM-REV au Croisic ?

Le SEM-REV a été historiquement créé par l’Ecole Centrale comme site d’essais houlomoteur. Cela reste une technologie d’avenir et le SEM-REV accueillera des essais de ce type, mais elle n’est pas encore mâture. Dans le même temps, les industriels ont des besoins plus pressants, notamment sur l’éolien flottant. On peut accueillir sur le site des machines d’une puissance de 2 à 3 MW, mais il y a des réflexions sur des démonstrateurs plus puissants.

Et il y a aussi et surtout des besoins sur l’éolien posé…

En effet, il y avait un projet de site d’essais pour l’éolien fixe au large du Havre mais il a été abandonné. Or, il y a des besoins aussi bien chez Areva que chez Alstom et leurs partenaires, désireux de pouvoir tester en mer des éoliennes fixes de nouvelle génération.  Nous avons donc relancé le projet visant à faire du SEM-REV un site multi-technologies, qui sera d’ailleurs le seul en France. Nous avons là une originalité et, avec d’autres moyens d’essais, comme le site Alstom du Carnet et les laboratoires ligériens, dont le bassin d’essais des carènes de l’Ecole Centrale, la force de frappe des Pays de la Loire est unique dans l’Hexagone.

La France a pris du retard par rapport à d’autres pays européens sur l’éolien posé mais les premiers parcs tricolores vont voir le jour dans les toutes prochaines années. Dans ces conditions, il peut paraître étonnant que cette technologie demeure une priorité en matière de recherche et d’essais… Ne faudrait-il pas mieux axer la R&D sur des technologies prometteuses mais qui ne sont pas encore matures ?

L’un n’empêche pas l’autre et, pour l’heure, c’est dans le secteur de l’éolien fixe que le potentiel de développement à court terme est le plus fort. La France a il est vrai été plus tardive que d’autres pays européens pour développer ses premiers parcs. Mais la compétition demeure plus que jamais ouverte sur les performances des machines. Car l’enjeu majeur, aujourd’hui, est de produire à moindre coût pour faire baisser le prix de l’électricité et il faut pour cela innover sur l’ensemble de la chaine de valeur.

Vous plaidez d’ailleurs pour que l’Etat revoie sa politique sur le prix de rachat de l’électricité des machines implantées sur les sites d’essais...

C’est essentiel et 2015 doit être non seulement l’année où l’Etat fixe des prix de rachat sur les futurs parcs, mais aussi sur les sites pilotes et les centres d’essais. De ce point de vue, les montants sont trop faibles et il n’est pas normal que la France soit aussi en retard sur le sujet par rapport à d’autres pays, comme le Royaume-Uni.

Pour vous, augmenter les tarifs de rachat permettra de faire à terme des économies…

C’est mécanique. Mettre un bon prix de rachat sur les sites d’essais et les fermes pilotes permet de tester plus de technologies et d’aller plus loin dans les développements. Ainsi, au moment où l’on passe à l’exploitation, les technologies sont plus performantes et les prix de revient plus faibles. Cela ne vaut d’ailleurs pas que pour les machines. Les performances économiques dépendent aussi des conditions d’installation et de maintenance, des fondations utilisées, de la connexion avec la terre… Il faut déterminer en amont la meilleure rentabilité sur le cycle de vie des EMR et, pour cela, les sites d’essais sont cruciaux. Car ils permettent de fédérer tous les acteurs et de tester dans la durée tous les facteurs concourant à l’économie du projet. C’est une approche globale.

Dans le domaine de l’éolien flottant, le SEM-REV ne risque-t-il pas d’être un concurrent du site breton de Groix ?

Absolument pas. Pour les projets éoliens flottants de grande puissance, les machines rejoindront directement les fermes pilotes, ce que ne sera pas le SEM-REV, contrairement à Groix, que nous soutenons au même titre que le site pilote devant être implanté en Méditerranée. Au Croisic, nous allons développer un site d’essais multi-technologies destiné à accueillir des prototypes et sur lequel nous garantissons aux industriels une égalité d’accès et de traitement. 

Quelles machines pourraient être testées dans les prochaines années au large du Croisic ?

Il y a le démonstrateur d’éolienne flottante Floatgen  qui est prévu et, pour l’éolien fixe, on peut par exemple imaginer qu’Areva pourrait être intéressé pour sa future machine de 8 MW, le site doit par ailleurs rester ouvert aux autres industriels dont Alstom.

Une extension du site dédié au SEM-REV est-elle à l’ordre du jour ?

Le site s’étend aujourd’hui sur un kilomètre carré seulement, avec quatre slots disponibles. Il ne faut pas agrandir pour le plaisir, mais au regard des besoins industriels la taille du SEM-REV sera probablement insuffisante. Des réflexions sont en cours pour un éventuel aménagement, sachant que l’emprise, même plus grande, resterait limitée. Les conditions de réalisation de cette éventuelle extension dépendront, en outre, de l’accord qui pourra être conclu avec les usagers de la mer, à commencer par les pêcheurs.

Quel est l’investissement prévu aujourd’hui pour les moyens d’essais ligériens ?

70 à 80 millions d’euros devraient être mobilisés pour le renforcement des moyens d’essais. Sachant que certains investissements sont déjà programmés, comme l’agrandissement du bassin d’essais de l’Ecole Centrale, inscrit au contrat de plan Etat-Région. 

Dans le domaine de l’hydrolien, les Pays de la Loire semblent également avoir de solides ambitions. Pour autant, des démonstrateurs sont, ou vont, être testés en Bretagne et, pour les futurs parcs installés en mer, il parait aujourd’hui clair que les usines de production d’hydroliennes seront implantées en Normandie…

La technologie hydrolienne continue d’avancer mais le potentiel n’est pas aussi massif que pour l’éolien. Nous n’avons pas l’intention de concurrencer d’autres régions et nous avons d’ailleurs un accord avec la Basse-Normandie. Nantes accueille avec Alstom un centre de R&D sur l’hydrolien et s’il faut produire quelques machines pilotes, cela pourrait éventuellement se faire à Montoir. Mais il est clair qu’ensuite l’industrialisation se fera à Cherbourg.

On attend le lancement d’un troisième appel d’offres sur l’éolien posé, avec de nouveaux sites potentiels au large des côtes ligériennes, où vont déjà voir le jour deux parcs, l’un près de Guérande et l’autre entre Noirmoutier et l’île d’Yeu. Quelle est votre position sur le sujet ?

Il y a un débat sur le troisième appel d’offres et je regrette que des cartes d’emplacements possibles aient été publiées car cela a déclenché des positionnements très démagogiques, notamment de la part de certaines collectivités vendéennes. Les industriels, la région, la majeure partie des collectivités et les pêcheurs ont la même vision des choses : Il y aura probablement des développements futurs mais ce n’est pas maintenant qu’il faut ouvrir de nouvelles perspectives. Nous devons d’abord nous concentrer sur la réussite des deux premiers parcs. Il nous faut un retour d’expérience avant d’aller plus loin et préserver le consensus qui existe en Pays de la Loire.

On imagine que vous avez le même positionnement au sujet de l’éolien flottant, appelé lui-aussi à s’installer devant les côtes françaises…

Il faut aller plus vite sur le développement de cette technologie et je me félicite notamment du partenariat conclu entre Alstom et DCNS, qui va permettre d’installer une turbine existante sur un flotteur à créer. Accélérer sur cette nouvelle technologie est stratégique mais il ne faut pas non plus se précipiter. Dans les cinq ans qui viennent, nous verrons comment se déroule l’implantation d’une ferme pilote à Groix et, en fonction des résultats, il sera temps de se poser la question sur l’implantation des futurs champs.

Il y a moins de 10 ans, l’industrie des EMR en France était inexistante. Aujourd’hui, elle est en plein développement, foisonne de projets et lance ses premiers chantiers. La région des Pays de la Loire, qui a soutenu très tôt l’émergence de cette  nouvelle filière, est aujourd’hui reconnue comme très active dans le domaine. Le succès semble aujourd’hui au rendez-vous. Comment l’expliquez-vous ?

Nous avons réussi pour plusieurs raisons. D’abord, nous avions des savoir-faire industriels existants. D’ailleurs, je plaide beaucoup au niveau européen pour  la création d’activités nouvelles à partir de bases déjà présentes. Notre rôle est d’accompagner les chantiers et les PME dans leur diversification vers les EMR ; dans ce domaine, STX France, la CCI, et le cluster Neopolia ont joué un rôle majeur. Dans cette perspective, nous avons su tous nous mobiliser et unir nos efforts dans une même direction. Et c’est la même chose pour la recherche et l’innovation, pour lesquelles les Pays de la Loire offrent un environnement industriel et académique structuré et de grande qualité. Cela nous a permis de démontrer à de grands donneurs d’ordres que s’ils venaient s’implanter en Pays de la Loire, ils ne seraient pas isolés mais bénéficieraient de tout un écosystème. Cette démarche a été couronnée de succès et cet été sera bien confirmée la localisation à Nantes du siège mondial de la division énergies marines renouvelables issue du rapprochement de General Electric et Alstom. C’est la preuve que c’est bien ici que ça se passe.

Vous présentez les Pays de la Loire comme « la région de la nouvelle économie maritime ». Votre ambition est d’en faire le leader français des EMR ?

Nantes Saint-Nazaire a toujours été un leader dans la navale et la région l’est aussi dans la plaisance. Nous observons un renouveau des industries maritimes et des opportunités au travers desquelles les Pays de la Loire, du fait de leur socle historique de compétences, visent logiquement le leadership français, notamment sur les EMR. Toutes les conditions sont réunies : alors que la filière industrielle monte en puissance, le lancement de West Atlantic Marine Energy Center constitue clairement une prise de leadership en matière de formation, de recherche et d’essais.

De quoi rivaliser au niveau de l’Europe ?

Bien entendu et l’objectif final est, d’ailleurs, de devenir avec l’Ecosse et Bremerhaven l’un des trois grands sites européens spécialisés dans les énergies marines. Cette stratégie, nous devons la développer en réseau avec d’autres régions et avoir des accords intelligents pour que tout le monde bénéficie des retombées de cette activité.

Des retombées qui seront notamment fortes en matière d’emploi…

En effet, d’ici trois ans, pour les seuls Pays de la Loire, auront été créés 1000 emplois directs en production et 1000 autres en R&D. A cela s’ajoutent progressivement les emplois indirects soit, en tout,  4000 à 5000 emplois nouveaux.

Aujourd’hui, les Pays de la Loire et la Normandie s’imposent clairement comme les deux grands pôles français en matière d’EMR. La Bretagne, au milieu, affiche toujours sa volonté de se développer sur ce secteur et souhaite prendre une part du gâteau. Comment gérer cette concurrence ?

Lorsque l’heure était à la structuration d’une filière en vue du développement des premiers projets de parcs éoliens, il y a eu une concurrence naturelle entre régions. Aujourd’hui cette phase est terminée car les grands industriels ont tranché en choisissant de s’implanter en Normandie et dans les Pays de la Loire. Le débat n’est donc plus celui-là. L’objectif est maintenant de faire grossir le gâteau et que tous en profitent. Face à la croissance de l’activité, nous ne pourrons pas nous limiter à Nantes - Saint-Nazaire, Cherbourg et Le Havre. Il faudra développer d’autres capacités logistiques et industrielles, mais aussi mobiliser les compétences et savoir-faire. C’est pourquoi nous devons embarquer la Bretagne, et notamment Brest, dans une dynamique d’ensemble pour que tout le monde bénéficie des retombées de cette nouvelle filière.

Une coopération entre les régions de la façade atlantique a d’ailleurs été initiée en 2014. Où en sont les travaux ?

Le rôle des régions est de structurer le développement de la filière. Depuis un an, cinq régions de la façade atlantique travaillent en effet ensemble. Nous avons poussé la création d’un groupe EMR au sein de l’Association des Régions de France et, surtout, nous sommes en train de finaliser une base données communes portant sur la formation et les PME. Il s’agit d’un travail de mise en réseau intelligente des compétences disponibles sur nos territoires.

France Energie Marine, l’institut d’excellence en énergies décarbonnées dédié aux EMR a rencontré des difficultés ces derniers mois. Où en est-on ?

Le travail interrégional a notamment permis de relancer FEM qui, malgré les difficultés, continue et va pouvoir lancer son premier appel d’offres pour financer des projets de recherche avec l’ANR dans les semaines qui viennent.

France Energie Marine, qui a été repris en main par les industriels, doit être un outil au service des industriels et des territoires. C’est un bras armé collectif devant faciliter le travail de lobbying européen, la consolidation des nouvelles technologies, l’impulsion de programmes de recherche et la capitalisation des compétences.

On a parfois l’impression qu’il y a une démultiplication et une superposition des structures impliquées dans le développement des activités maritimes. La création du West Atlantic Marine Energy Center, par exemple, n’est elle pas redondante avec l’action du Pôle Mer Bretagne Atlantique ?

Non car le Pôle Mer a une approche beaucoup plus large, il ne se limite pas aux EMR, et n’a pas vocation à structurer la filière depuis la formation jusqu’à l’export. Il sera néanmoins impliqué, comme EMC2,  dans la gouvernance de West Atlantic Marine Energy Center.

Ne pourrait-on quand même pas réduire le nombre d’entités ?

La vraie question est la suivante : est-ce que ça marche ? Il faut toujours se méfier de la grande structure qui fait tout, ce n’est pas forcément le système le plus efficace.

Il y a un certain nombre d’acteurs et il faut éviter les doublons. Nous avons en outre intérêt à aborder de manière plus collective l’international. Néanmoins, tout cela est encore récent et, à la lumière des retours d’expérience que nous aurons dans la durée, il y aura peut-être des rapprochements. Il ne faut pas forcer le rythme, c’est aux industriels et aux régions de voir s’il est préférable, à un moment donné, d’initier des regroupements. Nous avons l’exemple en Pays de la Loire, où nous sommes en train de fédérer l’écosystème de l’industrie du futur, qui compte notamment l’IRT Jules Verne et le Pôle EMC2, au sein de la Jules Verne Manufacturing Valley. 

Au niveau européen, quels projets de coopération sont en cours ?  

Nous montons actuellement plusieurs programmes Interrégionaux. CLIPPER va par exemple fédérer 10 régions européennes de la Baltique, de la mer du Nord, de l’Atlantique et de la Méditerranée autour des enjeux des industries maritimes. L’objectif est de développer des projets européens visant à coordonner les différentes stratégies, les bonnes pratiques, et favoriser la coopération quand cela est possible.

Nous travaillons également sur deux programmes directement liés aux EMR. Le premier, qui couvre la mer du Nord et l’Atlantique nord-est, est piloté par le Land allemand du Schleswig-Holstein, avec lequel la région des Pays de la Loire est jumelée. Il met notamment l’accent sur les réseaux, les régions du nord poussant la création d’un « super-grid » reliant les différents pays autour de la mer du Nord. Il s’agit de mettre en place un réseau interconnecté de manière à mieux structurer le marché de l’électricité. C’est un chantier considérable mais stratégique que nous suivons avec beaucoup d’intérêt.

Le second programme EMR auquel nous participons et qui nous concerne géographiquement plus directement est Atlantic Power Cluster 2, qui couvre la façade atlantique. Alors que le premier programme avait surtout consisté en du benchmarking, l’objectif est cette fois plus opérationnel. Il s’agit de faire travailler ensemble les industries, notamment françaises, espagnoles et portugaises.

Cette collaboration européenne parait parfois un peu théorique, pleine de bonnes intentions mais ne se traduisant pas beaucoup par du concret sur le plan économique. Est-elle vraiment nécessaire ?

Oui, l’arc atlantique notamment est une piste d’avenir, nous devons impérativement travailler ensemble sur de nombreuses questions, notamment l’impact environnemental, l’aménagement spatial, la simplification des procédures administratives ou encore l’acceptabilité des projets. Il y aura, de plus, inévitablement des mouvements de consolidation dans l’industrie européenne, ce que nous avons déjà vu avec le rapprochement entre Areva et l’Espagnol Gamesa. Nous devons donc dès aujourd’hui évoluer au sein d’un réseau européen et aborder de manière commune les enjeux futurs.

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Interview réalisée par Vincent Groizeleau © Mer et Marine, mai 2015

 

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