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Ciudad de Cadiz : « M51 on board »

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En plus de ses activités au profit d’Airbus, le roulier Ciudad de Cadiz sert désormais de porte-missiles balistiques pour le compte de l’armée française. Habituellement, le navire est chargé du transport des pièces d’avions produites par les différentes usines européennes d’Airbus jusqu’à Pauillac, au fond de la Gironde, d’où les éléments partent ensuite vers site d’assemblage de Toulouse-Blagnac. Or, sur le chemin, se trouve Bordeaux et, non loin de là, les principaux industriels chargés de la conception et de la réalisation des missiles balistiques équipant les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) de la Marine nationale. Il s’agit notamment d’Airbus Defense & Space (ex-Astrium) et de Safran, implantés à Saint-Médard-en-Jalles, considéré comme le berceau historique des systèmes balistiques de la force de dissuasion française. Les industriels y produisent notamment les étages à propergols solides (le carburant des missiles), les systèmes de rentrée atmosphérique ou encore les protections thermiques. Autant d’éléments, dont certains de grandes dimensions, qui étaient jusque là acheminés par la route vers la pointe Bretagne. Direction l’Ile Longue, la base des SNLE située face à Brest, où les différents éléments sont assemblés pour constituer les missiles, dont les têtes nucléaires arrivent d’une autre manière.  

 

 

La base de l'Ile Longue (© : MARINE NATIONALE)

La base de l'Ile Longue (© : MARINE NATIONALE)

 

 

La voie maritime, une solution plus sûre et flexible

 

 

La proximité des sites girondins avec la mer a incité le ministère de la Défense à étudier la possibilité de mettre en place un mode de transport alternatif, profitant du fait que le groupe Airbus soit à la fois en charge industriellement du programme des nouveaux missiles balistiques M51 et, pour son activité d’avionneur civil, utilisateur d’une flotte de navires rouliers.

La voie maritime présente de nombreux avantages. Elle se révèle plus sûre et facilement contrôlable du fait du court transit à réaliser en cabotage entre Bordeaux et Brest. Sa sécurité peut être aisément assurée avec une équipe de protection embarquée et, éventuellement, une escorte nautique doublée d’une surveillance aérienne (sans compter le réseau de surveillance côtier). Le bateau permet, de plus, de s’affranchir des contraintes de mise en place d’un convoi exceptionnel routier. Et, alors que le M51 est plus volumineux que son prédécesseur, le M45, la solution maritime offre une meilleure flexibilité en termes de poids et de gabarit pour les colis à transporter.  

 

 

Test effectué à Brest en 2011 (© : LE TELEGRAMME)

Test effectué à Brest en 2011 (© : LE TELEGRAMME)

 

 

Premier test en 2011 et réalisation d’une passerelle ro-ro à l’Ile Longue

 

 

Un premier essai avait été réalisé en octobre 2011, lorsque le Ciudad de Cadiz, à l’occasion d’une rotation entre la Gironde et le site Airbus d’Hambourg, avait fait escale au poste roulier du port de Brest pour acheminer un mystérieux colis. Le navire en avait profité pour réaliser des essais de passerelle. Cette expérimentation a semble-t-il été concluante puisque le ministère de la Défense a, depuis, réalisé un appontement roulier, appelé « port tertiaire de l’Ile Longue ». Une passerelle à laquelle est justement venu s’amarrer pour la première fois, lundi, le Ciudad de Cadiz. En provenance de Bordeaux, le navire est venu débarquer sa première cargaison « secrète ». En dehors des éléments constituant le M51, les acheminements pourront également concerner du matériel industriel de grande taille en lien avec l’activité de la base de l’Ile Longue. Nos confrères du Télégramme évoquent aussi la possibilité que les anciens M45, qui devraient être retirés du service en 2015/2016, quittent également  l’Ile Longue par bateau, en vue d’être démantelés par Airbus.

L’opération de transport a évidemment été classée « confidentiel défense » mais l’arrivée du Ciudad de Cadiz devant la presqu’île de Crozon et son escale au nouvel appontement situé à proximité du terrier des SNLE français n’a trompé personne. Surtout que le navire blanc et bleu, avec son énorme « Airbus on board » peint sur chaque bord, est tout sauf discret.  

 

 

Le Ciudad de Cadiz au port tertiaire de l'Ile Longue (© : LE TELEGRAMME)

Le Ciudad de Cadiz au port tertiaire de l'Ile Longue (© : LE TELEGRAMME)

 

 

Le M51, nouveau fer de lance de la dissuasion française

 

 

Le M51 est entré en service en 2010 avec Le Terrible, quatrième et dernier SNLE du type Le Triomphant. Ses trois prédécesseurs, initialement dotés du M45, sont progressivement mis au même standard technologique  et dotés du M51 au fil de leur passage en IPER (indisponibilité périodique pour entretien et réparations, grand arrêt technique intervenant tous les 7/8 ans). Alors que Le Vigilant est sorti de refonte en 2013, le chantier du Triomphant est en cours chez DCNS à Brest, le retour du sous-marin au sein de la Force océanique stratégique (FOST) étant prévu en 2015. Le dernier SNLE équipé de M45, Le Téméraire, pourra alors être modernisé.

 

 

Un SNLE français (© : MICHEL FLOCH)

Un SNLE français (© : MICHEL FLOCH)

 

Tir de M51 depuis Le Terrible (© : DGA)

Tir de M51 depuis Le Terrible (© : DGA)

 

Missile M51 (© : DGA)

Missile M51 (© : DGA)

 

 

Chaque sous-marin, long de 138 mètres pour un déplacement de 14.300 tonnes en plongée, compte 16 silos verticaux conçus pour abriter autant de missiles. Long de 12 mètres, avec un diamètre de 1.9 mètre, le M51 présente une masse de 56 tonnes et peut embarquer jusqu’à six têtes nucléaires. La portée maximale de l’arme est donnée à 9000 kilomètres, ce qui en fait le premier missile intercontinental français.

Complétée par les missiles aéroportés ASMP-A mis en oeuvre par les Forces aériennes stratégiques (FAS) de l’armée de l’Air et la Force aéronavale nucléaire (FANU) embarquée sur le porte-avions Charles de Gaulle, la FOST constitue le socle de la dissuasion nucléaire du pays. Pour assurer cette mission, elle dispose en permanence d’au moins un SNLE en patrouille.

 

 

Les rouliers d’Airbus

 

 

Long de 123 mètres pour une largeur de 20 mètres, le Ciudad de Cadiz, qui bat pavillon français, a été livré en 2009 par le chantier ST Marine de Singapour, qui avait achevé l'année précédente son sistership, le City of Hamburg. Ces navires ont été spécialement conçus pour le transport des pièces d’avions fabriquées par Airbus, leur immense garage étant dimensionné pour pouvoir accueillir les ailes ou le fuselage d’un A380 (avec un système d’atmosphère contrôlée et un dispositif destiné à éviter les effets des mouvements de plateforme sur les pièces transportées). Tout comme le Ville de Bordeaux, qui fut en 2005 le premier roulier utilisé par Airbus, les City of Hamburg et Ciudad de Cadiz font la navette entre les différents sites de l’avionneur (Hambourg, Mostyn, Saint-Nazaire, Cadix, Toulouse -via Pauillac-, Tunis et Naples). Ces trois navires français sont la propriété de Louis Dreyfus Armateurs et Leif Hoegh, leur exploitation étant assurée par LDA. Un quatrième navire, le Bore Sea (immatriculé en Finlande), est affrété depuis 2012 pour compléter la flotte. 

 

 

Le City of Hamburg (© : MICHEL FLOCH)

Le City of Hamburg (© : MICHEL FLOCH)

 

Le City of Hamburg (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le City of Hamburg (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le garage du City of Hamburg (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le garage du City of Hamburg (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Cockpit d'A380 dans le garage du City of Hamburg (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

Cockpit d'A380 dans le garage du City of Hamburg (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)