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Clemenceau : Les adieux à Brest du vieux porte-avions

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Clemenceau : Les adieux à Brest du vieux porte-avions

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Nous vous proposons une superbe série de clichés réalisés hier, à Brest, lors du départ de l'ex-porte-avions Clemenceau pour la Grande-Bretagne. A la mi-journée, l'ancien fleuron de la Marine nationale a été pris en charge par le remorqueur britannique Anglian Earl, chargé de le conduire vers les chantiers Able Uk, au nord-est de l'Angleterre. C'est là que la vielle coque sera démantelée, ses dernières tôles devant être découpées dans un an.
Malgré les ultimes recours en justice des opposants au départ, le Q790 a bel et bien fait ses adieux à la Bretagne et plus particulièrement à Brest, où il fut lancé en décembre 1957. Dans la fraîcheur hivernale, ils étaient venus nombreux assister au départ du porte-avions, dont le pont s'était couvert de neige la veille. « La mer d'Iroise a salué à sa façon le départ : à hauteur du Toulinguet, les deux navires disparaissaient dans les grains de grêle mais à hauteur de Saint-Mathieu, ciel bleu et beau soleil pour saluer une dernière fois ce navire brestois qui est sorti doucement de la grisaille. Doigts gelés mais spectacle magnifique avec beaucoup de spectateurs émus », témoigne ainsi Roger Coguiec, qui a eu la gentillesse de nous envoyer ses clichés, complétant ainsi les très belles images réalisées par les services de la Préfecture maritime de l'Atlantique (en milieu et fin d'article).

 (© : MARINE NATIONALE - MP TONARD)
(© : MARINE NATIONALE - MP TONARD)

 (© : MARINE NATIONALE - MP TONARD)
(© : MARINE NATIONALE - MP TONARD)

 (© : MARINE NATIONALE - Johann Guiavarch)
(© : MARINE NATIONALE - Johann Guiavarch)

 (© : MARINE NATIONALE - Johann Guiavarch)
(© : MARINE NATIONALE - Johann Guiavarch)

 (© : MARINE NATIONALE - Johann Guiavarch)
(© : MARINE NATIONALE - Johann Guiavarch)

 (© : MARINE NATIONALE - Maël Prigent)
(© : MARINE NATIONALE - Maël Prigent)

 (© : MARINE NATIONALE - Maël Prigent)
(© : MARINE NATIONALE - Maël Prigent)

 (© : MARINE NATIONALE - Maël Prigent)
(© : MARINE NATIONALE - Maël Prigent)

 (© : MARINE NATIONALE - Maël Prigent)
(© : MARINE NATIONALE - Maël Prigent) .

Une dernière sortie très encadrée

Une fois achevés les derniers préparatifs d'appareillage, c'est donc en fin de matinée que l'ex-Clemenceau s'est lentement éloigné des épis porte-avions, où il était stationné depuis mai 2006. Aidée par 8 remorqueurs de la base navale, la longue coque de 265 mètres et 26.000 tonnes a franchi une dernière fois les passes. L'Anglian Earl, arrivé de Southampton vendredi dernier, a alors passé sa remorque afin de commencer à tracter le Q790. Le convoi a pris la passe Nord du goulet, escorté par le remorqueur Malabar et deux vedettes de la Gendarmerie maritime. L'Abeille Bourbon, positionnée à Camaret, a suivi le « Clem » et son remorqueur une fois les deux bateaux sortis du goulet. Quant aux deux bateaux des gendarmes, ils ont fait demi-tour après le passage du phare du Minou, relevés par un patrouilleur de service public (PSP) du type Pluvier. Après Berthaume, le Malabar se positionnait sur bâbord du convoi et la Bourbon sur l'arrière, le PSP ouvrant la marche.
Placé sous la responsabilité d'Able UK, qui a remporté en juin dernier l'appel d'offres pour le démantèlement du Q790, le remorquage devrait durer quatre à cinq jours.

 (© : MARINE NATIONALE - Julie Barthelemy)
(© : MARINE NATIONALE - Julie Barthelemy)

La fin d'un interminable feuilleton

Le départ de l'ancien Clemenceau vers les chantiers de démolition marque la fin d'un incroyable et parfois surréaliste feuilleton, démarré en 1997 avec le désarmement du navire. En 2003, le bateau est vendu à une société espagnole mais, après son départ de Toulon, on le repère faisant route vers la Turquie. Le « Tigre » est ramené dans le Var sous bonne escorte. Sous la pression des associations écologistes, un désamiantage partiel de la coque est entrepris. Le ministère de la Défense souhaite expédier le Q790 en Inde mais les associations s'y opposent et l'affaire se transforme en guérilla juridique. Le 31 décembre 2005, le gouvernement donne son feu vert au départ vers les chantiers indiens. Pris en remorque, le Clemenceau quitte une seconde fois Toulon. Abordé au large de Suez par Greenpeace, il parvient à franchir le canal, non sans que les autorités égyptiennes en profitent pour faire payer le passage au prix fort (1.5 million de dollars).
A Paris, à Bruxelles et en Inde, les écologistes battent le rappel et les manifestations s'enchainent, notamment à New Delhi, pour empêcher la démolition sur les plages d'Alang. Sensible à la pression médiatique et sans doute aussi pour des raisons de politique intérieure, les autorités indiennes interdisent l'accès à leurs eaux territoriales. En France, où les media se sont emparés d'une affaire qui tourne au grotesque, le Conseil d'Etat est saisi. Le couperet tombe le 15 février 2006, lorsque celui-ci suspend finalement le transfert du Clemenceau. Dans la foulée, Jacques Chirac ordonne le retour du Q790 en France et demande au gouvernement de travailler à la mise en place d'une filière de démantèlement nationale et européenne.
Contraint de rentrer par le cap de Bonne Espérance, le convoi ne rejoindra Brest le 17 mai.
Après une expertise de la coque, destinée notamment à connaître la quantité exacte de matériaux amiantés contenus à bord, un appel d'offres est lancé par le ministère de la Défense. Plusieurs groupes sont en lice, dont les Français Veolia et Suez, le franco-belge Galloo et le Britannique Able UK. L'offre de ce dernier est finalement retenue en juin 2008. Dès lors, les préparatifs de départ commencent mais le chantier anglais doit faire face, de l'autre côté de la Manche, à la levée de boucliers des associations, qui dénoncent les risques sanitaires et environnementaux que représente le chantier. En France aussi, le combat pour empêcher le départ se poursuit. Lundi encore, le tribunal administratif de Rennes rejetait deux requêtes déposées en référé par l'association bretonne Agir pour l'environnement et pour le développement durable (AE2D). Celle-ci réclamait la suspension du départ et, devant le rejet du juge rennais, avait annoncé lundi qu'elle se tournerait vers le Conseil d'Etat. Toutefois, le pourvoi ne pouvait être rédigé avant que le vieux Clem ne largue ses amarres, en toute légalité.

 (© : MARINE NATIONALE - Mikael Mazella)
(© : MARINE NATIONALE - Mikael Mazella)

Une carrière qui mérite le respect

Avant de conclure cet article, il convient de rappeler que le Clemenceau a constitué l'un des fers de lances des armées françaises pendant plus de 30 ans. Admis au service actif en 1961 (deux ans avant son frère le Foch, vendu en 2000 au Brésil), le R98 a cumulé plus de 3000 jours de mer et réalisé l'équivalent de 48 tours du globe. Pouvant embarquer une quarantaine d'avions et d'hélicoptères, il était servi par 1338 marins. Malgré un déplacement de 32.700 tonnes en charge, il pouvait, grâce à une puissance propulsive de 126.000 cv, atteindre la vitesse de 32 noeuds. D'abord affecté à l'escadre de l'Atlantique, avec le Foch, il fut déployé dans le Pacifique en 1968 puis en océan Indien entre 1974 et 1977 (accession à l'indépendance de Djibouti). A partir de 1982, on le verra en Méditerranée orientale lors de la guerre civile au Liban. En 1987 et 1988, en plein conflit entre l'Iran et l'Irak, il participe à l'opération Prométhée. Deux ans plus tard, il retrouve cette région durant les préparatifs de l'opération Tempête du Désert. La guerre du Golfe va éclater et le Clemenceau, escorté du croiseur Colbert, est chargé de transporter 40 hélicoptères de l'Armée de Terre pour compléter la division Daguet. Enfin, le Clemenceau participera aux engagements en ex-Yougoslavie lors de l'opération Balbuzard, en 1993. Etendard, Super Etendard, Crusader, Alizé... En tout, ses deux catapultes à vapeur effectueront 70.000 catapultages d'avions. Un palmarès et une carrière qui inspirent le respect, plus que la dérision. Les milliers de marins qui ont servi à son bord le savent mieux que personne.

 (© : ROGER COGUIEC)
(© : ROGER COGUIEC)

 (© : ROGER COGUIEC)
(© : ROGER COGUIEC)

 (© : ROGER COGUIEC)
(© : ROGER COGUIEC)

 (© : ROGER COGUIEC)
(© : ROGER COGUIEC)

 (© : ROGER COGUIEC)
(© : ROGER COGUIEC)

 (© : ROGER COGUIEC)
(© : ROGER COGUIEC)

 (© : ROGER COGUIEC)
(© : ROGER COGUIEC)

 (© : ROGER COGUIEC)
(© : ROGER COGUIEC)

 (© : ROGER COGUIEC)
(© : ROGER COGUIEC)

 (© : ROGER COGUIEC)
(© : ROGER COGUIEC)

 (© : ROGER COGUIEC)
(© : ROGER COGUIEC)

Marine nationale Clemenceau