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Clemenceau : L'Inde dit non et le commissaire au gouvernement recommande la suspension du transfert

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Clemenceau : L'Inde dit non et le commissaire au gouvernement recommande la suspension du transfert

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L’affaire du ferraillage de l’ancien porte-avions français prend des allures de véritable bourbier politique pour le gouvernement et l’armée. Hier, l’Etat a subi deux ondes de choc. La première est venue de New Delhi. La Cour suprême indienne, chargée de statuer sur la légalité du transfert du navire vers les plages d’Alang, a réclamé une nouvelle expertise pour déterminer la quantité exacte d’amiante contenue dans le bâtiment. Les données varient de 45 tonnes, selon le ministère de la Défense, à 500 ou 1000 tonnes selon Greenpeace. Pour en rajouter à cette bataille de chiffres, l’Hôtel de Brienne a perdu la trace de 30 tonnes de produits toxiques. Sur les 115 tonnes officiellement extraites du navire pendant son désamiantage partiel à Toulon, seules 85 tonnes ont été répertoriées au centre d’enfouissement de Bellegarde (Gard). L’affaire a été révélée dimanche par la publication d’extraits d’une note du chef d’Etat Major de la marine. C’est là qu’intervient l’association écologiste Robin des Bois, qui est l’une des rares à soutenir le principe d’une filière contrôlée de destruction des navires amiantés. Après l’annonce de la disparition d’une partie des déchets, Robin des Bois a appelé au contrôle des soutes anciennement dédiées au carburant aviation. L’association affirme avoir « été destinataire il y a quelques semaines d'informations orales selon lesquelles de l'amiante retiré des structures de l'ex porte-avions Clemenceau aurait été emballé et dissimulé par des entreprises chargées du chantier et/ou par la marine nationale dans une soute carburant aviation du navire ». Jugées farfelues dans un premier temps, ces informations « sont aujourd'hui consolidées par la note du chef d'état major de la marine et les commentaires du porte-parole du ministère de la Défense (qui) a évoqué une absence de documents administratifs ou un détournement d'amiante entre Toulon et le site de stockage de Bellegarde ».

Après la Cour suprême, le Conseil d’Etat

Alors qu’en Inde, partisans et détracteur du ferraillage du « Clem » s’affrontent à coup de manifestations et de tribunes politiques, les associations anti-amiante poursuivent la bataille, en France, sur le terrain judiciaire. Selon elles, le gouvernement viole la Convention de Bâle sur l’exportation des déchets toxiques. Saisi du dossier, le Conseil d’Etat doit se prononcer dans la semaine, mais la journée d’hier a été marquée par un premier indicateur défavorable. Le commissaire au gouvernement du conseil d'Etat a recommandé la suspension de la décision de transférer le Clemenceau en Inde, jusqu'à ce que le tribunal administratif de Paris juge le dossier sur le fond. Jusqu’ici, tous les tribunaux devant lesquels les associations ont tenté d’empêcher le départ du navire se sont déclarés incompétents, la coque étant considérée comme matériel de guerre et non comme un déchet. Greenpeace s’est félicitée de cette position, qui n’est toutefois que consultative : « Une à une, les portes se referment devant le ministère de la Défense français qui s’entête et s’isole du reste du gouvernement, affirme Yannick Jadot, directeur des campagnes de Greenpeace France : « Seule une issue demeure : le rapatriement du Clemenceau en France ». Politiquement inimaginable, le retour du Q 790 en France poserait quand même un problème à la mesure de sa taille: En Europe, il n’existe aucun chantier de démolition capable de traiter un navire de 25.000 tonnes. Les associations craignent que la visite officielle du président de la République fasse finalement pencher la balance en faveur du ferraillage. Jacques Chirac est attendu en Inde les 19 et 20 février. En attendant une décision de la Cour suprême, le vieux porte-avions et son remorqueur ont interdiction de pénétrer dans les eaux territoriales indiennes.

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