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Clemenceau : Un retour réglé avec la précision d'une horloge

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Clemenceau : Un retour réglé avec la précision d'une horloge

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A la minute près, le Q 790 est rentré, hier, à Brest. A 7 H 15, le navire passait devant le phare du Petit Minou et, deux heures plus tard, doublait les passes de la base navale. Après un périple de près de 6 mois et 18.000 kilomètres parcourus, le vieux « Clem » a retrouvé son berceau. Il y a cinquante ans tout justes, le navire n’était encore qu’un amas de tôles, dont la première avait été posée en novembre 1955. Malgré l’impression de gâchis qui règne autour de cette affaire, nombre de Brestois se sont sentis émus, hier. Sous le traditionnel crachin breton, l’évènement ne manquait pas de solennité. « C’est un moment d’émotion. J’ai pensé à tous les marins qui ont servi sur le bateaux et, pour eux, il fallait que ce soit bien fait », explique le vice-amiral d’escadre Laurent Mérer, préfet maritime de l’Atlantique. Au terme de son 49ème tour du monde, l’ancien porte-avions reste imposant, certains diront même, au moment de son arrivée, « majestueux ». Ancien fer de lance de la marine française, le Clemenceau n’est, toutefois, que l’ombre de son passé. Sa coque rouillée témoigne d’une usure importante, alors que, sur les chaînes de la remorque, des mas d’algues se balancent. A bâbord, sur l’encorbellement arrière, le télépointeur montre, quant à lui, que le convoi a traversé du gros temps avant de toucher Brest. Celui qui dirigeait jadis le tir des pièces de 100 mm est aujourd’hui à demi couché sur le côté. L’arrivée du navire dans le port militaire s’est faite dans un silence respectueux, « dans la dignité », dira l’amiral Mérer. Seule un furtif coup de corne de brume, puis un second, échappés du quai des flottilles, viendront rendre hommage au « Clem » et à ce que cette coque, aujourd’hui brocardée, a représenté pendant 36 ans pour la France.

Sous haute surveillance

Pour ce dernier acte de l’incroyable périple du Q 790, via la Méditerranée, la mer Rouge, l’océan Indien et l’Atlantique, le ministère de la Défense voulait une matinée sans accroc. Dès sa remontée du golfe de Gascogne, le « Clem », à la remorque du Sable Cape, a été escorté par la frégate de surveillance Germinal. Devant le goulet, un patrouilleur et plusieurs embarcations de commandos marine ont pris en charge la sécurité nautique. A bord de l’ancien porte-avions, outre une équipe de lamanage, des hommes du Groupement d’Intervention Régional (GIR), avaient pris place, gardant méthodiquement tous les accès. Bénéficiant d’une mer clémente et de peu de vent, la manœuvre a été accomplie dans les temps. Faute de conditions favorables, en raison du coefficient de marée, le Q 790 aurait été contraint d’attendre plusieurs jours, si ce n’est une semaine, face à Brest, avec les conséquences facilement imaginables en terme d’image. Il n’en fut donc rien et l’ex-Tigre a été plaqué contre l’épi porte-avions n°4 par cinq pousseurs. Le secteur étant balayé par les vents, la coque doit être solidement amarrée, sur le quai bien entendu, mais également à trois coffres, qui seront disposés sur l’arrière. En tout, les manœuvres d’embossage prendront deux jours. S’en suivra une mise en sécurité du bateau, dépourvu d’énergie électrique, avec balisage des accès et des coursives, installation de 800 mètres linéaires d’éclairage, ventilation, extraction éventuelle de l’air vicié…

En attendant le rapport d’expertise

La mise en sécurité de l’ex-Clemenceau prendra deux semaines. A cette date, les visiteurs pourront montre à bord pour débuter l’état des lieux de la coque. Le ministère de la Défense, qui a lancé un appel d’offres en vue de déterminer la quantité réelle de produits toxiques encore présente à bord, annoncera le nom de la société retenue en juillet. Celle-ci devra rendre ses conclusions et des préconisations pour démanteler le navire en octobre. A la même date, le rapport d’information parlementaire de la député du Finistère, Margueritte Lamour, doit être déposé à l’Assemblée nationale. C’est également en octobre que la mission interministérielle, qui planche sur la problématique de la déconstruction des navires en fin de vie, doit rendre son rapport d’étape. Pour l’heure, aucune décision n’aurait été prise quant au lieu éventuel du chantier. Hier, le maire de Brest, François Cuillandre, a déclaré qu’il souhaitait que le ferraillage soit opéré à Brest. La CCI de la ville s’oppose, toutefois, à l’utilisation des bassins du port de commerce. En dehors du Finistère, Dunkerque, Le Havre, mais aussi Cherbourg sont évoqués. Selon Michèle Alliot-Marie, qui souhaite la création d’une filière européenne, une décision doit être prise en 2007. Reste à savoir si cette décision interviendra avant, ou après l’élection présidentielle et avec quel argent créer de toute pièce une telle activité.
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Ecouter l'Interview de l'amiral Mérer, préfet maritime de l'Atlantique

Ecouter l'interview du CV Riou, commandant de la base navale de Brest

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