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Marine Marchande

Reportage

CMA CGM baptise le Saint-Exupéry au Havre

Marine Marchande
Vie Portuaire

Alors que son premier sistership a été livré en mai et que le second doit entrer en flotte ce mois-ci, le CMA CGM Antoine de Saint-Exupéry a été inauguré hier au Havre. Un évènement patronné par deux ministres, Bruno Lemaire (Economie) et Elisabeth Borne (Transports), dans la ville du chef du gouvernement français, Edouard Philippe, qui n’était cependant pas présent.

 

(© FABIEN MONTREUIL)

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(© FABIEN MONTREUIL)

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Rodolphe Saadé et Bruno Lemaire hier, juste après le lancement de la bouteille (© CMA CGM)

Rodolphe Saadé et Bruno Lemaire hier, juste après le lancement de la bouteille (© CMA CGM)

(© CMA CGM)

(© CMA CGM)

Le navire est floqué en l'honneur des 40 ans du groupe, fondé en 1978 par Jacques Saadé (© CMA CGM)

Le navire est floqué en l'honneur des 40 ans du groupe, fondé en 1978 par Jacques Saadé (© CMA CGM)

Le CMA CGM Antoine de Saint-Exupéry a été inauguré à Port 2000 (© HAROPA PORT DU HAVRE)

 

Livré le 26 janvier dernier par le chantier philippin Hanjin Heavy Industries & Construction Philippines de Subic Bay, le CMA CGM Antoine de Saint-Exupéry est l’un des plus gros porte-conteneurs au monde et le plus grand armé sous pavillon français (RIF). Un titre pris au CMA CGM Bougainville, unité de 17.720 EVP (équivalent vingt pieds, taille standard du conteneur) sortie en 2015 des chantiers coréens Samsung. Comptant 26 membres d'équipage et commandé par Pierre Jaspard, qui a débuté sa carrière comme stagiaire à la Compagnie Générale Transatlantique, le nouveau navire amiral de CMA CGM mesure 400 mètres pour une largeur de 59 et un tirant d'eau maximal de 16 mètres, sa capacité atteignant 20.600 EVP. Premier d’une série de trois géants commandés à HHIC PHIL, il est suivi par le CMA CGM Jean Mermoz, livré le 26 mai dernier par le chantier philippin, qui remettra ce mois-ci à l’armateur français son troisième porte-conteneurs de ce type, le CMA CGM Louis Blériot, mis à l’eau le 21 avril dernier. Des mastodontes destinés, comme tous les plus gros navires de la compagnie, aux liaisons maritimes entre l’Asie et l’Europe, avec une exploitation sur le FAL 1, service emblématique du groupe français.

 

 

(© FABIEN MONTREUIL)

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La passerelle du CMA CGM Antoine de Saint-Exupéry (© FABIEN MONTREUIL)

La passerelle du CMA CGM Antoine de Saint-Exupéry (© FABIEN MONTREUIL)

 

Le navire peut aussi accueillir des passagers pour les fameux voyages en cargo (© FABIEN MONTREUIL)

 

La salon du CMA CGM Antoine de Saint-Exupéry (© FABIEN MONTREUIL)

La salon du CMA CGM Antoine de Saint-Exupéry (© FABIEN MONTREUIL)

 

« Un symbole de la croissance de notre entreprise »

Pour CMA CGM, le Saint-Exupéry symbolise le dynamisme des échanges mondiaux, au sein desquels le transport maritime joue un rôle crucial puisque 90% des marchandises transitant sur la planète passent à un moment ou un autre par la mer. C’est d’ailleurs en surfant sur la mondialisation et la massification des flux ces quarante dernières années que CMA CGM, est devenu un empire et l’un des leaders mondiaux du transport maritime conteneurisé.  « Ce navire est un symbole de la croissance de notre entreprise, une entreprise française, et fière de l’être, qui célèbrera dans une semaine exactement son 40ème anniversaire. Partis du Liban, un pays auquel nous sommes toujours très attachés, c’est en 1978 que Jacques Saadé lance depuis Marseille la première ligne maritime. Il anticipe le rôle du conteneur et de la Chine dans la mondialisation. Entrepreneur hors norme, visionnaire, il a construit en 40 ans un leader mondial reconnu, continuant ainsi à faire de la France une grande nation maritime. Avec CMA CGM, la France est une référence dans le domaine du transport maritime international, qui joue un rôle clef dans le développement économique de tout pays », a déclaré hier Rodolphe Saadé, président de CMA CGM. Le groupe rappelle d’ailleurs que ses bateaux sont « le premier vecteur des exportations de produits français ». Viande de bœuf et de porc, fruits et légumes, produits laitiers, vins et spiritueux, huiles et lubrifiants pour l’automobile, l’aéronautique ou le maritime, parfums, bateaux de plaisance ou encore ballots de lin… Vers la Chine, le Moyen-Orient, le bassin méditerranéen, le continent américain ou encore l’Afrique, les navires de CMA CGM transportent chaque année  6 millions de tonnes de produits fabriqués en France, réalisant près de 3000 escales dans 10 ports tricolores, avec des connexions dans 160 pays, om sont implantées 755 agences.

 

Le pont rempli de conteneurs du CMA CGM Antoine de Saint-Exupéry (© FABIEN MONTREUIL)

Le pont rempli de conteneurs du CMA CGM Antoine de Saint-Exupéry (© FABIEN MONTREUIL)

 

Signature d’une convention avec Business France en faveur des PME

Un réseau international qui représente un potentiel majeur pour les entreprises françaises, non seulement les grands groupes, mais aussi les PME, y compris dans le domaine de l’innovation. L’inauguration d’hier a d’ailleurs été l’occasion pour CMA CGM de signer une ambitieuse convention avec Business France.  « La convention signée entre Rodolphe Saadé et Christophe Lecourtier (directeur général de Business France, ndlr) a pour objectif d’identifier, d’accompagner et de promouvoir les PME françaises des secteurs des transports, de la logistique, de la mobilité et de l’industrie à l’international. Le partenariat permettra également d’attirer des start-ups françaises et internationales à fort potentiel au sein du dispositif ZeBox, l’incubateur et accélérateur de start-ups lancé par CMA CGM cette année », explique le groupe, qui entend via cet incubateur profiter des opportunités de la révolution numérique pour créer des services à haute valeur ajoutée.  Dans le cadre de la convention signée avec Business France, CMA CGM mettra concrètement à disposition des PME identifiées son réseau d’agences dans l’Hexagone comme à l’étranger ainsi que ses contacts professionnels et pourra héberger des volontaires internationaux de ces PME dans ses locaux à travers le monde.

 

Signature de la convention avec Business France (© CMA CGM)

Signature de la convention avec Business France (© CMA CGM)

 

Résister à la montée en puissance asiatique

Car c’est bien au niveau international que la compagnie joue, dans un secteur très dynamique mais aussi versatile, soumis aux soubresauts géopolitiques et hyperconcurrentiel. Une industrie maritime qui voit notamment des acteurs asiatiques, fortements soutenus par leurs Etats, venir contester le leadership historique des armateurs européens. Ainsi, la compagnie chinoise Cosco, en bouclant cette année la reprise de l’armement Orient Overseas Container Line (OOCL) de Hong-Kong, est venue ravir la place de numéro 3 mondial du secteur à CMA CGM, les deux leaders du conteneur demeurant pour le moment le danois Maersk et le suisse  Mediterranean Shipping Company (MSC).

Prêt pour une nouvelle acquisition majeure

Face à cette situation, inimaginable il y a quelques années encore, et dans un environnement marqué par un mouvement de consolidation des acteurs du secteur, l’armement français entend continuer de grossir pour ne pas se laisser distancer. Après l'intégration de Neptune Orient Lines en 2016, CMA CGM a récemment acquis plusieurs compagnies régionales : Mercosul au Brésil, Sofrana dans les îles du Pacifique et Containerships en Europe du Nord. Le groupe regarde maintenant, pour maintenir ses positions face à la concurrence asiatique, à s’offrir un nouveau gros morceau. C’est ce qu’a confirmé au journal Le Monde Rodolphe Saadé : « On regarde beaucoup de possibilités. Nous sommes très ouverts. Le groupe est prêt à une nouvelle grande acquisition. Dès qu’il y aura une possibilité qui crée vraiment de la valeur, on la saisira ». Ce ne sera en tous cas pas l’allemand Hapag-Lloyd, avec lequel les discussions ont échoué cet été. En attendant, comme le patron de CMA CGM l'a rappelé pendant son discours hier, le groupe se renforce dans la logistique :« Nous souhaitons proposer à nos clients une offre complète de services, allant du transport jusqu’à la livraison du dernier kilomètre incluant la gestion de leurs entrepôts. Notre récent investissement dans la société CEVA est à ce titre une étape importante dans l’avenir du groupe ». Rodolphe Saadé a également souligner l'importance de la transformation numérique : « Cette stratégie de développement est aussi digitale. Nous sommes convaincus que la digitalisation peut être à la fois un levier de croissance, de différentiation et de performance. Nous menons donc actuellement de nombreux projets, dans les domaines du Big Data, de l’internet des objets, de la blockchain ou encore de l’intelligence artificielle. Cela nous permettra d’offrir à nos clients une meilleure visibilité, un service et une information toujours plus fiables, et des processus toujours plus simplifiés ». 

Accroissement de la flotte et premiers porte-conteneurs GNL

Parallèlement, CMA CGM va poursuivre le développement de ses moyens. Fort de 494 navires, l’armement, qui compte plus de 30.000 collaborateurs, dessert 420 ports dans le monde et a transporté en 2017 près de 19 millions d’EVP, a enrichi sa flotte d’une demi-douzaine d’unités depuis janvier et va continuer de recevoir des navires neufs dans les années qui viennent. Parmi eux, pas moins de 9 mastodontes de 22.000 EVP, encore plus gros donc que les Saint-Exupéry, Mermoz et Blériot. Des navires qui, au-delà de leur taille, se distingueront surtout par une avancée majeure en matière de propulsion avec l’adoption de moteurs fonctionnant au gaz naturel liquéfié, permettant de réduire significativement les émissions polluantes. Ces porte-conteneurs seront construits en Chine par CSSC en vue d’une mise en service à partir de 2020. Trois d'entre eux seront immatriculés au RIF, l’armateur ayant décidé dans le cadre de la réorganisation de ses équipages françaisd’augmenter de 22 à 27 le nombre de ses porte-conteneurs battant pavillon tricolore.

Esquisse du futur navire avec le réservoir GNL à l'avant (DROITS RESERVES)

Esquisse du futur navire avec le réservoir GNL à l'avant (DROITS RESERVES)

 

Réduire de 30% les émissions de CO2 d'ici 2025

Ces navires, si vertueux soient-ils, ne représenteront toutefois qu’une partie de la flotte, dont l’essentiel continuera, pour longtemps encore, à fonctionner avec des carburants traditionnels. Le groupe poursuit donc ses efforts pour limiter les rejets de ses navires. La réduction de la vitesse née de la crise économique de 2008 et qui s’est ensuite institutionnalisée y avait déjà participé, contribuant à la réduction de 50% des émissions de CO2 qu’a connue la compagnie entre 2005 et 2015. Le durcissement des règlementations sur la pollution maritime a également eu un impact positif dans ce domaine, et sa généralisation à partir de 2020 accentuera encore les progrès, même s’il se traduira par d’importants surcoûts pour les armateurs. Ceux-ci agissent donc sous la contrainte légale et l’intérêt économique, mais aussi, assure Rodolphe Saadé, « par conviction ». D’où la commande des premiers porte-conteneurs au GNL. Le président de CMA CGM a en tous cas annoncé hier que l’objectif du groupe était désormais de réduire de 30% supplémentaires ses émissions de CO2 d’ici 2025.

Consolidation, digitalisation, logistique, expertise… « Avec cette stratégie, nous sommes confiants dans l’avenir. Même si les tensions géopolitiques actuelles peuvent fragiliser la bonne santé de l’économie mondiale. Même si nous devons faire face à une concurrence intense, avec des compagnies maritimes qui bénéficient pour certaines d’un soutien financier très fort de leur état actionnaire ».

 

CMA CGM Port du Havre