Marine Marchande
CMA CGM fait contourner l'Afrique à ses porte-conteneurs

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CMA CGM fait contourner l'Afrique à ses porte-conteneurs

Marine Marchande

Exit Suez pour rallier l'Asie et l'Europe... CMA CGM et son partenaire China Shipping ont décidé de faire contourner l'Afrique à leurs porte-conteneurs affectés au service FAL 2. Pour justifier cette reconfiguration, les armateurs mettent en avant les coûts de passage du canal de Suez. « Les frais de passage du canal de Suez sont en effet extrêmement élevés, soit 600.000 dollars pour un navire de 9400 EVP (Equivalent Vingt Pieds, taille standard du conteneur, ndlr) et le détournement de ce service permet à CMA CGM de réaliser des économies considérables », explique-t-on au siège du groupe français, à Marseille. Impensable il y a encore un an, le contournement de l'Afrique est rendu possible par l'effondrement des taux de fret et du prix du pétrole, qui ont considérablement réduit les coûts des navires. Les compagnies peuvent donc se permettre de rallonger les trajets, ce qui représente dans le cas présent 7 jours supplémentaires en empruntant le cap de Bonne Espérance plutôt que le canal de Suez.

Sept jours et un navire de plus

Afin de compenser le temps de transit plus élevé et maintenir la fréquence des escales, un neuvième navire a été ajouté aux 8 déjà affectés sur le FAL 2. Il s'agit du CMA CGM Butterfly, une unité flambante neuve de 9700 EVP. Alors que le ralentissement de l'économie contraint certains groupes à désarmer des navires, cela permet, au passage, d'absorber une partie de la capacité déployée sur les liaisons Asie - Europe. En effet, le CMA CGM Butterfly et ses trois sisterships avaient été, initialement, affectés au service FAL 4, lancé en juillet dernier mais suspendu en décembre en raison du contexte économique.

17 millions de dollars d'économies potentielles

On notera également qu'en détournant ses bateaux, CMA CGM évite les contraintes d'un transit dans le golfe d'Aden, région où sévissent les pirates. Si les grands porte-conteneurs, rapides et disposant d'un important franc bord, sont relativement à l'abri des attaques, le passage dans cette zone représente un important surcoût pour la compagnie. Les salaires des marins y sont en effet doublés et les bateaux font l'objet de surprimes d'assurance. En faisant le tour du continent africain, les gains escomptés par voyage sont de l'ordre de 330.000 dollars, soit une économie potentielle de 17 millions de dollars par an.

D'autres services pourraient être déviés


En dehors du FAL 2, pour lequel deux porte-conteneurs sont déjà passés par Bonne Espérance, CMA CGM étudie des solutions alternatives au canal de Suez pour d'autres lignes. « Le Groupe envisage d'étendre cette mesure au-delà de la période du nouvel an chinois. Nous n'excluons pas de dévier d'autres services ». Ainsi, NEMO, entre l'Europe et l'Australie, ainsi que le service EPIC, entre l'Europe, l'Inde et le Pakistan, pourraient eux aussi éviter de passer par la case Suez. Emboitant le pas à d'autres armements, le groupe français, numéro 3 mondial du transport maritime conteneurisé, espère sans doute que les autorités égyptiennes sauront réagir, par exemple en baissant les frais de passage du canal.

CMA CGM