Marine Marchande
CMA CGM : Jacques Saadé confie la présidence à son fils Rodolphe

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CMA CGM : Jacques Saadé confie la présidence à son fils Rodolphe

Marine Marchande

Le passage de témoin entre le père et le fils est achevé. Le Conseil d’administration de CMA CGM, réuni le 24 novembre, a nommé Rodolphe Saadé président du groupe, conformément au souhait exprimé par Jacques Saadé, qui a fondé l’armement il y a près de 40 ans. Cette succession familiale est l’ultime étape d’une ascension progressive du fils du fondateur de CMA CGM, qui avait pris la place de numéro 2 en début d’année. « Pour préparer l’avenir, j’avais décidé de nommer le 7 février dernier Rodolphe Saadé directeur général. Sa stratégie permet aujourd’hui d’enregistrer de très bons résultats opérationnels et financiers. Le groupe est solide et je suis très confiant sur son avenir. C’est pourquoi j’ai décidé de lui confier la présidence du groupe en complément de ses fonctions de directeur général. Il a le soutien du Conseil d’administration, de l’ensemble de l’équipe dirigeante et des 29.000 collaborateurs avec qui il poursuivra le développement de CMA CGM, auquel j’ai dédié toute ma vie », a déclaré Jacques Saadé.

Une aventure familiale débutée en 1978

Né au Liban en 1937, Jacques Saadé quitte le pays avec sa famille pendant la guerre civile et s'installe à Marseille. Il y lance le 13 septembre 1978 une ligne maritime reliant la cité phocéenne, Livourne (Italie), Lattaquié (Syrie) et Beyrouth (Liban). Avec un seul navire et une seule ligne, la Compagnie Maritime d’Affrètement (CMA) était née. S’en suivra un incroyable développement, basé sur la conviction de Jacques Saadé du développement des échanges internationaux et du rôle moteur que prendrait le conteneur dans le transport maritime mondial. Ainsi, dès 1983, il envoie ses premiers navires au-delà de la Méditerranée et leur fait traverser le canal de Suez. Trois ans plus tard, il lance une ligne qui relie le nord de l’Europe à l’Asie (Singapour, Corée du Sud, Japon). En 1992, il crée le premier bureau commercial de CMA en Chine, à Shanghai, persuadé que ce pays deviendrait l’usine du monde. Combinant une stratégie de croissance interne forte avec des acquisitions ciblées lui permettant de conquérir de nouveaux marchés, il réalise en 1996 un coup magistral. Cette année-là, CMA rachète pour une bouchée de pain la Compagnie Générale Maritime (issue de la fusion de la Transat et des Messageries maritimes), que l’Etat vient de renflouer à grands frais et que Jacques Chirac accepte de privatiser au profit du groupe de Jacques Saadé. CMA CGM voit le jour. D'autres compagnies sont ensuite rachetées, dont Delmas en 2005, ce qui permet au groupe de devenir dès l’année suivante le numéro 3 mondial du transport maritime conteneurisé. En 2008, la crise économique et financière provoque d’importantes turbulences et CMA CGM, frappé comme d’autres de plein fouet par l’effondrement des échanges commerciaux et l’explosion de la bulle spéculative sur la construction de navires, se retrouve dans une situation financière très difficile. L’Etat, appelé à la rescousse, aidera l’armement à ne pas sombrer. CMA CGM est contraint de se restructurer, y compris au niveau de sa gouvernance. Jacques Saadé, qu’un certain nombre d’acteurs tentent d’évincer, joue très habilement la partie et finit par reprendre la barre de sa société, qui se redresse à la faveur de la reprise économique mondiale, marquant le début d’une nouvelle phase de développement et d’acquisitions.   

« Je poursuivrai avec détermination le développement de ce groupe »

C’est dans ce contexte qu’à bientôt 81 ans, le patriarche a décidé de confier les rênes de l’entreprise familiale à son fils de 47 ans qui, après avoir créé une société de refroidisseurs d’eau au Moyen-Orient, a débuté sa carrière au sein de CMA CGM en 1994. Travaillant d’abord aux Etats-Unis, il rejoint ensuite Hong Kong puis revient à Marseille pour prendre la direction d’une ligne qui reliait le nord de la Chine au Japon. Il dirige plusieurs autres services dans les années qui suivent. Apprenant le métier aux côtés de son père et de Farid Salem, Rodolphe Saadé est avec eux en première ligne lorsque le groupe est menacé suite à la crise de 2008. Il prend alors en charge la restructuration financière de CMA CGM. Alors que l’armement, après plusieurs années difficiles, repart dans une phase de croissance, il mène avec succès, en 2015 et 2016, la reprise du singapourien NOL, ainsi que les discussions aboutissant à la création de l’Ocean Alliance, regroupant CMA CGM et trois compagnies asiatiques, OOCL, Cosco et Evergreen. Aujourd'hui, Rodolphe Saadé souhaite s'inscrire dans la continuité de l'oeuvre familiale : « La décision de mon père est une étape historique pour notre groupe, dont il a fait un acteur mondial. Jacques Saadé est à la fois un immense entrepreneur et un visionnaire. Je poursuivrai avec détermination le développement de ce groupe et renforcerai sa position de leader », dit-il. 

Alignant aujourd’hui une flotte de 489 navires, avec 420 ports desservis dans le monde et 15.6 millions d’EVP transportés l’an dernier, CMA CGM demeure le numéro 3 mondial du transport maritime conteneurisé, derrière le Danois Maersk Line et le Suisse MSC. En 2016, dans un contexte difficile pour les taux de fret, le groupe a affiché un chiffre d’affaires de 16 milliards de dollars, en hausse de près de 2% par rapport à 2015. L’année 2017 devrait être bien meilleure en activité et surtout concernant les performances financières.

 

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